L'Ossétie du Sud, nouveau candidat sur la liste des révolutions

Crédits photo : Mikhaïl Mordassov

Crédits photo : Mikhaïl Mordassov

Plus d'une semaine s'est écoulée depuis l'élection présidentielle en Ossétie du Sud, mais dans la capitale, les actions de protestation se poursuivent. Les partisans de l'opposante Alla Djioïeva exigent que la justice la reconnaisse comme présidente. Le photographe Mikhaïl Mordassov a observé comment a évolué le « printemps caucasien ».

Photos de Mikhaïl Mordassov

« Photographiez, photographiez, mais seulement la vérité ! », « Pourquoi ne montrez-vous rien ? » De telles questions sont posées à chaque journaliste une dizaine de fois par jour par les partisans d'Alla Djioïeva. Que le journaliste ait un enregistreur vocal ou un appareil photo n'a aucune importance. Une autre approche populaire pour engager la conversation avec un correspondant est à l'opposé : « Arrêtez de photographier. De toute façon vous ne montrez jamais rien ».

Contexte

Les élections présidentielles en Ossétie du Sud ont eu lieu en deux tours. Au second, les électeurs avaient le choix entre le chef du Ministère des situations d'urgence Anatoli Bibilov, et Alla Djioïeva, candidate de l'opposition. Selon les données préliminaires, Djioïeva était en tête. Mais les électeurs n'ont jamais appris le résultat final : la Cour suprême d'Ossétie du Sud a invalidé les élections, motivant son verdict par les fraudes relevées. Outrée par l'annulation du vote, Djioïeva s'est déclarée présidente et a mis en place un conseil d'Etat censé assurer « le transfert constitutionnel du pouvoir ». L'actuel président d'Ossétie du Sud Edouard Kokoïty a comparé la situation dans la république à la « Révolution orange » d’Ukraine.

D'ailleurs, il n'y a rien à photographier. Depuis près d'une semaine, les gens allument des feux, font du thé et cuisent de la viande dans des chaudrons, montent des tentes, apportent du bois et des matelas, allument des générateurs pour avoir de la lumière et de la musique, et parfois dansent et chantent. Parfois, Alla Djioïeva ou les membres de son état-major font un discours, disent que tout doit être résolu pacifiquement et ne résolvent rien. Ni Moscou ni Kokoïty ne les écoute. On ne traite pas Djioïeva comme une politicienne, mais comme une femme caucasienne : elle doit connaître sa place et de ne pas s'immiscer dans les affaires des hommes.

Les gens qui campent sur la place ne s'en vont pas. Ils ont fait leur choix. Les militaires, qui se tiennent en face et veillent sur le bâtiment du gouvernement, ne ​​sont pas tombés du ciel. Ils vivent ici même, bavardent avec leurs amis et voisins, qui eux aussi veillent généralement sur ​​leur bien : le droit de choisir leurs dirigeants. Ils parlent avec les filles, saluent et donnent des accolades aux jeunes et aux hommes. Les hommes coupent du bois et les jettent dans les tonneaux pour pouvoir se chauffer la nuit (la température descend jusque -10°C à la tombée de la nuit).

Les filles renouvellent leur garde-robe : en ce moment, il est à la mode de porter plusieurs pantalons, une veste et des chaussures chaudes, avec un foulard ou une couverture par-dessus. Dans la soirée, on écoute l'accordéon et la guitare dans la rue ou on improvise une discothèque dans une tente. Les gens arrangent leur quotidien. Djioïeva semble ne pas très bien savoir quoi faire. Chaque jour, elle arrive avec quelque chose de nouveau, et on croirait que tout va s'arrêter. Chaque jour, les journalistes pensent qu'ils rentreront chez eux le lendemain. Et chaque matin, ils retournent sur la place.

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