La Russie, ce marché inexploité

Selon l’Agence Nationale pour les Etudes financières, 74% des Russes utilisent une carte bancaire, mais 92% de toutes les cartes émises sont des cartes salariales. Crédits photo : PhotoXPress

Selon l’Agence Nationale pour les Etudes financières, 74% des Russes utilisent une carte bancaire, mais 92% de toutes les cartes émises sont des cartes salariales. Crédits photo : PhotoXPress

Ivan Svitek, président du conseil de Home Credit Bank, déplorait récemment que seuls 24% des Russes contractent des prêts, et à peine 18% ont un dépôt, alors que la plupart des Européens utilisent entre deux à quatre produits financiers, parfois cinq ou six. M. Svitek estime que les banques de détail ont de l’avenir en Russie, mais qu’elles ont besoin de se développer davantage en régions, et surtout de ne pas bouder les nouvelles technologies.

Un optimisme qui n’est pas sans raison. Selon la Banque Mondiale, la Russie ne compte qu’un quart du nombre total moyen de succursales bancaires. Par ailleurs, les études du FMI montrent que l’endettement des ménages auprès des établissements de crédit en Russie ne représente que 9% du PIB. En comparaison, il est de 85% aux Etats-Unis. A cela s’ajoutent les 44% de Russes qui vivent dans des régions où il n’existe même pas de banques de détail.

Selon l’Agence Nationale pour les Etudes financières, 74% des Russes utilisent une carte bancaire, mais 92% de toutes les cartes émises sont des cartes salariales, c’est-à-dire émises à la demande de l’employeur pour le versement du salaire. L’agence rapporte qu’au premier septembre, l’endettement individuel par carte de crédit atteignait 8,3 milliards d’euros. A ce moment, on comptait 11 millions de cartes de crédit en circulation en Russie, qui compte 140 millions d’habitants.  

Le marché de détail des prêts et cartes de crédit en Russie a commencé à exploser dans le milieu des années 2000, quand les revenus ont commencé à croître. Le business a atteint un pic en 2008, juste avant la crise. Les banques les plus actives dans ce secteur étaient les banques commerciales et les filiales russes des banques internationales. Un marché particulièrement attractif car sous-développé, mais aussi très risqué, étant donné les nombreux revenus non officiels. La Banque Russky Standart utilisait ainsi une tactique très populaire consistant à envoyer des cartes de crédit par la poste, sans même en avoir reçu la demande du consommateur. Tout un chacun pouvait alors simplement décider d’activer ou non la carte, et de l’utiliser. La banque allait par la suite prélever jusqu’à 250% d’intérêts annuels, dont des commissions non divulguées. Nombreux sont les clients qui ont appris la nouvelle au moment du remboursement. Cette politique agressive, si controversée, a toutefois conféré à la banque Russky Standart une place de leader sur le marché des cartes de crédit. La banque en a émis plus de 32 millions,et, selon le cabinet Frank Research Group, la banque compte actuellement 18,5% de part de marché.

La crise de 2008 a entrainé en masse des impayés par cartes bancaires, obligeant les banques à changer leur stratégie. Les déficits des fonds disponibles et la diminution drastique des cartes de crédits émises ont dirigé les banques vers de sévères techniques de collecte. Les dettes impayables ont été revendues à des encaisseurs ayant recours à des méthodes illégales pour collecter l’argent, dont les menaces et la violence.

Après une série de règlementations bancaires entrées en vigueur en 2008, les banques ont commencé à s’adresser avec plus de prudence et de discrétion à leurs potentiels emprunteurs. Ils évaluent désormais la solvabilité de leurs clients. Et les conditions du marché aussi ont changé, avec des banques étatiques qui ont augmenté leur émission de cartes de crédit. Selon le Frank Research Group, deux principales banques d’Etat russes, Sberbank et VTB, occupent aujourd’hui la première et la seconde place sur le marché, avec des parts respectives de 13,3% et 10,1%.

Les banques d’Etat offrent un accès plus facile à l’argent, et peuvent se permettre de proposer des prêts à des taux annuels en dessous de la moyenne. Sberbank offre par exemple des prêts libellés en roubles à des taux de 17%, et de 5 à 6% pour les prêts accordés en liquide. Bien que de nombreux experts considèrent l’implication des banques étatiques comme ayant un impact négatif sur le développement du marché, les banques privées font actuellement état d’une recrudescence des émissions de cartes de crédits, qui représentent maintenant 13% du portefeuille d’activités de la Home Credit Bank, tandis qu’avec 52% de prêts dans son portefeuille, la Banque Russky Standart prévoit un bénéfice net de 127 millions d’euros pour 2011.

A l’heure actuelle, la plupart des banques proposent des cartes de crédits gratuites, bien que certaines prélèvent encore entre 50 et 80 euros de frais d’émission. Les taux d’intérêts sont plus élevés que ceux des prêts ordinaires, mais la carte peut être obtenue dans les 15 minutes. Les titulaires de la carte payent également des frais de service d’environ 15 euros par mois minimum. D’autres banques ne prélèvent aucune charge durant la première année. Mais toutes les banques perçoivent une commission (de 2,5% pour un prêt, ou un minimum de 6 euros pour un retrait depuis un distributeur).

L’expansion du marché des cartes de crédit a incité les détaillants à coopérer avec les banques. En conséquence, dans les grandes villes, il est désormais possible de vivre sans cash. « Les cartes de crédit sont principalement utilisées pour acheter à crédit en période de grâce, et de nombreuses transactions à crédits sont finalement effectuées à taux zéro », déclare Mikhaïl Loffe, vice-président et directeur général de la banque VTB24 à Saint-Pétersbourg.

Bien que l’anxiété causée par la crise de la dette au sein de la zone euro sape l’optimisme des banquiers, la croissance impressionnante des prêts à la consommation est difficilement à risque. Les banques russes ont promis de ne pas diminuer les prêts, contrairement à 2008, mais les coûts d’emprunt pourraient bien augmenter sensiblement.

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