Ils ne sont pas là que pour jouer : la montée en puissance internationale des développeurs russes d'applications mobiles

La part de la population russe possédant un smartphone est toujours deux fois inférieure à celle de l’Europe ou des États-Unis. Crédits photo : Alamy / Legion media

La part de la population russe possédant un smartphone est toujours deux fois inférieure à celle de l’Europe ou des États-Unis. Crédits photo : Alamy / Legion media

Bientôt démodés, les Angry Birds du Finlandais Rovio ou les hits Doodle et Jump Zombieville d'outre-Atlantique ? : Les développeurs russes sont désormais bien présents sur le marché mondial, en plein boom, des applications et jeux mobiles.


Parmi ces acteurs émergents, on trouve des éditeurs d'applications ou de jeux mobiles traditionnels comme Dynamic Pixels, Herocraft et i-Free, ou encore Game Insight. À l’origine spécialisé dans les jeux pour les réseaux sociaux, Game Insight a sorti récemment Crime Story, ou chaque joueur peut devenir son propre chef de mafia en mettant en place un réseau criminel, en éliminant les rivaux et en élargissant ses activités.

Fondé à Moscou en 2005, G5 Entertainment, qui était à la base un simple studio de développement mobile, est devenue une entreprise internationale développant des jeux pour portables et PC à grande échelle (une nouveauté par semaine, d’après le site web du groupe), avec à la clé des succès mondiaux comme Stand O'Food, Virtual City Playground ou Supermarket Mania 2. La société possède désormais des bureaux à Moscou, Stockholm, San Francisco et en Ukraine.

Mais des dizaines de plus petites équipes se frayent également un chemin, tel Zeptolab, à Moscou, qui a conçu l'année dernière Cut The Rope, un jeu téléchargé depuis par des dizaines de millions de joueurs à travers le monde, mettant en scène un petit monstre se nourrissant de sucreries. Et l’informaticien moscovite Maxim Petrov a bâti presque seul une entreprise florissante avec Power Amp, considéré comme un des meilleurs lecteurs multimédias disponibles sur Android.

« L’industrie russe des contenus mobiles se développe depuis environ une décennie », explique Leonid Kovalev, directeur marketing de Dasuppa, société de jeux mobiles installée dans la capitale russe. « Mais ces dernières années, les jeux et applications mobiles de la dernière génération ont changé la donne. Grâce aux plateformes de téléchargement comme l’App Store d’Apple ou l’Android Market, les concepteurs russes peuvent désormais facilement vendre leurs produits partout dans le monde. Et ils ont dû adapter leurs objectifs et leurs méthodes à cette nouvelle situation ».

L'étroitesse du marché national a encouragé les Russes  à se développer à l'international. Selon une étude récente de TNS, les ventes de smartphones en Russie sont en hausse (elles ont plus que doublé entre 2010 et 2011), mais la part de la population possédant ce type de téléphones y est toujours deux fois inférieure à celle de l’Europe ou des États-Unis. Le nombre total de propriétaires d’iPhone et de smartphones équipés du système d’exploitation Android atteint à peine 1,5 et 5 millions respectivement, d’après les estimations récentes d’i-Free.

De plus, les paiements sont plus compliqués en Russie qu’ailleurs. « La plupart des utilisateurs russes sont prêts à payer pour de bons produits mobiles », estime Kirill Petrov, cofondateur d’i-Free. « Mais l’App store d’Apple et l’Android Market de Google n’acceptent quasiment que les paiements effectués par cartes bancaires. Or, les Russes sont réticents à les employer pour des paiements électroniques ».

Selon Petrov, la nouvelle génération d’applications et de jeux mobiles génèrent d’énormes revenus et rapporte des dizaines de millions de dollars aux concepteurs russes. Même si le marché russe des contenus mobiles traditionnels – comme les sonneries, les thèmes ou les jeux Java – génère toujours des centaines de millions de dollars, son déclin a été anticipé par un grand nombre de concepteurs qui s’adaptent aux tendances de la nouvelle génération.

Bien qu’elle propose encore plusieurs produits traditionnels (l’entreprise dégage 160 millions de revenus en Russie et à l’étranger), i-Free a créé en 2010 une division entière consacrée aux nouveaux jeux et applications. Jusqu’à ce jour, le plus grand succès international d’i-Free est Pocket Blonde. L’application, qui fournit une assistante virtuelle aussi jolie qu'intelligente, a été téléchargée plus d’un million de fois à partir de l’Android Market et d’autres plateformes Android depuis son lancement en mars 2011. La société i-Free a également créé un fonds pour investir dans des start-ups russes et étrangères, et ce afin de renforcer sa position à la pointe de l’innovation.

D’autres entreprises comme Dasuppa ont définitivement arrêté de développer des jeux traditionnels afin de consacrer toutes leurs ressources aux produits de la nouvelle génération.

La sous-traitance constitue une autre direction prometteuse. Alors que des développeurs offshore renommés tels qu’EPAM ou Data Art ont mis au point des départements consacrés à ce type d’applications, des douzaines de sociétés et d’équipes plus petites se lancent sur ce marché. « Cependant, elles ont du mal à répondre à la demande », précise Petrov. « Certaines sociétés russes ont dès lors déjà trouvé des équipes ou des sous-traitants supplémentaires au Bélarus, en Ukraine et dans les pays baltes ».


Adaptation en français d'un article paru en anglais dans East-West Digital News, le site d'information sur les technologies de l'information en Russie


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