La lutte contre l’inhumanité d’Elena Bonner et André Glucksmann

A la Librairie du Globe (librairie parisienne du livre russe) a eu lieu la présentation du livre Roman du Juif Universel.
Titre : Le Roman du Juif universel


 Auteur : Galina Ackermann

 Edition : Editions de la Collection Le Roman des

 Grands Destins dirigée par Vladimir Fédorovski 

 Prix: 21,90 €


L'interprète littéraire, essayiste et journaliste Galina Ackermann explique que l'idée d’écrire ce livre lui est venue quand elle a appris qu'Elena Bonner et André Glucskmann se connaissant très bien et, bien qu’éprouvant un respect mutuel, ne se sont jamais croisés dans la vraie vie. « J’étais intéressée par le fait de comparer l'Est et l'Ouest. D'une part Elena Bonner qui a lutté toute sa vie pour les droits de l'homme en Russie, et d'autre part, André Glucskmann, le militant infatigable aux côtés des dissidents ».

Une semaine durant, Elena et André se racontent l’un à l’autre sans suivre aucune chronologie biographique, se concentrant sur des sujets bien précis. Ils discutent beaucoup de la Russie, faisant un parallèle entre Staline et Poutine dans leur désir de moderniser le pays, sur l’importance du rôle moral des dissidents dans ce qui s'est passé dans le pays ce dernier quart du siècle. Le personnage qui anime tout particulièrement la conversation est Andreï Sakharov qui, selon André Glucskmann, en ayant contredit Gorbatchev a violé cette fermeté de l’image du leader, cette unité spirituelle et politique incarnée par une seule et même personne qui caractérise le despotisme du XXe siècle.

André Glucskmann avoue que l'exemple de Sakharov lui fait comprendre l'importance extrême de l'influence spirituelle de la dissidence sur l'état dans lequel se trouve la société russe. « L'opposition existe en Russie depuis plus de 300 ans déjà mais pas sous la forme habituelle d’une opposition structurée connue à l'ouest. Ici, le rôle des dissidents est sous estimé. En effet, quelques individus en Russie ont beaucoup plus d'influence face à  des mécontents de l'ouest », a souligné Glucskmann lors de sa rencontre avec les lecteurs à la Librairie du Globe.

L’un des sujets essentiels de la conversation sur lequel est basé le livre est le terrorisme et ses origines. Elena Bonner rappelle que les méthodes et les technologies modernes du terrorisme furent élaborées en Europe de l'Est dans un contexte de lutte pour l'influence dans le monde.

Dans la dernière partie du livre, les interlocuteurs s’interrogent sur l'antisémitisme moderne et tentent d'analyser sa nature. Mais le sujet du judaïsme est loin d’être le plus important dans la conversation – le titre du livre est donc assez déroutant. Sur le site de vente en ligne Amazon, le livre est classé comme dans les « études du judaïsme », ce qui ne correspond pas du tout à son propos.

Les deux interlocuteurs se sont probablement heurtés aux problèmes de l'antisémitisme mais ce n’est pas l’antisémitisme qui a déterminé leurs parcours respectifs : c’est l’acceptation et l’adaptation des valeurs universelles. D’après Glucskmann, ce n’est pas une lutte pour quelques idéaux concrets qui  unit  les dissidents mais au contraire leur absence de convictions religieuses et idéologiques. « Ce n'est pas une lutte pour l’homme parfait, mais contre l’inhumanité sous toutes les formes, et celle-ci n’est pas réservée aux Juifs ».

Le livre est en vente sur le site Amazon

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