La Russie influencée de l'extérieur

C'est la chute des investissements en comparaison avec la progression du PIB depuis le premier semestre 2008 . Crédits photo : RIA Novosti

C'est la chute des investissements en comparaison avec la progression du PIB depuis le premier semestre 2008 . Crédits photo : RIA Novosti

La Russie paraît, à première vue, en meilleure santé que bien des pays occidentaux. Mais le flux des investissements se tarit et il y a bien des raisons pour s'inquiéter.

Trois ans après le choc de 2008, la Russie n’a toujours pas retrouvé son niveau de PIB d’avant la crise. Au vu des résultats du premier semestre 2011, il manque 2%. Le taux de croissance reste assez faible (+ 3,7% par rapport au premier semestre 2010) et continue de ralentir (+ 4,1% au premier trimestre mais seulement + 3,4% au deuxième).

Les autres indicateurs macro-économiques inspirent des conclusions plus optimistes et permettent aux politiques de prétendre que la crise s'achèvera d’ici le début 2012. C’est ce qu’a laissé entendre Vladimir Poutine, lors du dernier meeting de son parti Russie unie à Tcherepovets, en annonçant, avec optimisme, que « la croissance du PIB cette année dépassera les 4% » et en promettant ainsi « qu’au début de 2012, notre économie sera entièrement sortie de la récession ».

À première vue, la Russie paraît en meilleure santé économique que bien d’autres pays. Les statistiques montrent que pour la période de janvier à juin 2011, le volume de production indus­trielle en Russie ne se différencie que de quelques dixièmes de pourcents du niveau d’avant la crise. La production d’électricité, de gaz et d’eau a atteint le même niveau. Tandis que le secteur primaire a connu une croissance de 4% , avec une hausse de la production pétrolière de 4,2%.

Une croissance basée sur les ressources naturelles


Le Centre de l’analyse macroéconomique et des prévisions à court terme note que « les bons résultats du secteur industriel sont portés par les ressources naturelles ». En effet, c’est le secteur primaire qui a permis à l’industrie de revenir aux volumes de production d’avant la crise, d’accroître les taux d’investissements et d'atteindre un rentabilité acceptable, bien que légèrement inférieure au niveau de 2008.

Les calculs du Centre de re­cherche structurelles de l’Institut d’économie et de droit de Moscou confirment ce résultat : au premier semestre 2011, le secteur primaire a dépassé de 4% son niveau de 2008, tandis que le secondaire est resté 10% en dessous. Mais même dans ce secteur, on note des exceptions. Notamment, les biens de consommation, le traitement des hydrocarbures et la construction automobile sont des segments qui se portent plutôt bien : les premiers parce qu’ils sont orientés vers le marché local, les seconds grâce à la croissance des volumes de production, les troisièmes grâce aux programmes de soutien du gouvernement. Selon l’experte Olga Berezinskaïa, « ces secteurs continueront, à l’avenir, à constituer les moteurs de la croissance » .

Dans le secondaire, les industries qui restent à la traîne sont les équipements, les matériaux de construction, la métallurgie. Comme le signale le directeur adjoint du Centre d’analyses macro-économiques, Vladimir Salnikov : « Ce sont surtout les segments nécessitant des investissements ». Il précise que « les investissements stratégiques, un indice essentiel pour les prévisions de la dyna­mique du développement économique, continuent de constituer le point noir » .
Selon les données, les investissements stratégiques du secteur secondaire sont inférieurs de 7,5% au niveau de 2008, le taux de rentabilité est d’un quart inférieur, et le retour sur investissement d’un tiers.

Difficultés venues de l'étranger


La Russie, comme de nombreux pays, est « soumise à la situation économique en Europe et aux États-Unis » , explique Salnikov. Si la situation dans ces régions empire ou dans le cas d’une chute de croissance en Chine, une correction des prix sur le marché des matières premières sera inévi­table. Ce serait un coup dur pour une économie russe très fortement dépendante du prix des hydrocarbures. Or, le pays n'a aucun moyen d'action sur cette influence.

Toutefois, Salnikov reste opti­miste : « Le potentiel de croissance dans les pays en développement est largement supérieur aux pays occidentaux. Et, c’est ce que les investisseurs regardent en premier. La Russie semble en bonne position. La seule condition en cas de crise internatio­nale est de pouvoir fournir des garanties de stabilité pouvant rassurer les investisseurs » .

Pour le moment, force est de constater que le flux des investissements s’est tari. Malgré une hausse nominale de 3,3 milliards de roubles (77 millions d’euros) au premier semestre 2008 à 3,6 milliards (84 millions d’euros) pour le premier semestre 2011, si l’on compare au volume du PIB, selon les calculs du journal économique Dengui , on observe une chute de 14%. « Cette régression se prolonge. Personne ne sait combien de temps il nous faudra pour revenir à une hausse des investissements stragétiques» , reconnaît Salnikov.

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