Poutine-Medvedev 2012 : quels impacts sur l’investissement ?

 Crédits photo : Reuters / Vostock Photo

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Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, d’accord pour échanger leurs places : l’actuel Premier ministre se présentera aux prochaines élections présidentielles russes, et le Président brigue le poste de chef du gouvernement. Experts, investisseurs et économistes internationaux n’ont pas tous la même vision de l’impact que peut produire ce jeu de rôle politique.

 

Le retour de Poutine va décevoir les investisseurs


Vedomosti

Ioulia Bouchoueva, PDG de «Arbat Kapital»

 

Le retour de Poutine va décevoir les investisseurs, qui comptent sur la réalisation de réformes libérales dans les années à venir en Russie. Par conséquent, dans le court terme, le dynamisme de nos actions sera plus faible que celui des autres marchés émergents. Toutefois, cela créera des opportunités pour l’achat de titres de matières premières à bas prix, notamment pour ceux qui ont toujours spéculé sur la hausse des prix du pétrole en Russie.

 

Tout d’abord, pour nous Russes, tout est clair, alors que de nombreux investisseurs étrangers espéraient que Dmitri Medvedev se représenterait. Ils associent Medvedev à la modernisation, aux réformes et à la lutte contre la corruption. Le retour de Poutine est le signal qu’il ne faut pas s’attendre à des changements majeurs, dans les 12 prochaines années à venir, car le nouveau président pourra conserver son siège pendant encore deux mandats. Aux yeux des étrangers, nous retournons à « l’époque de stagnation », ce qui ne risque guère de les encourager à investir dans les actions russes. Dans un même temps, selon Citigroup, les investisseurs étrangers possèdent 75% des titres russes, ce qui différencie la Russie des autres marchés émergents, par exemple, du Brésil ou de la Turquie, où les investisseurs locaux sont beaucoup plus présents.

 

Deuxième point, on attendait de cette annonce plus de transparence et de stabilité, ce qui n’est pas le cas. La réaction des membres de l’équipe de Poutine, comme de Medvedev, montre que beaucoup d’entre eux ne resteront pas à leurs postes après les élections. Par exemple, le ministre des Finances, Alexeï Koudrine, a déclaré qu’il refusera de travailler dans le nouveau gouvernement, si celui-ci est dirigé par Dmitri Medvedev. Quant à l’assistant de l’actuel président, Arkadi Dvorkovitch, il a commenté la nouvelle du Congrès du parti Russie Unie sur Twitter ainsi : « Il n’y a aucune raison de se réjouir ». Une réaction qui montre que la décision du tandem est une mauvaise surprise, même pour les cercles proches. Ainsi, dans les six prochains mois, on trouvera à la tête du pays, et dans les cabinets ministériels, nombre de personnes démotivées, qui seront remplacées après les élections. Ce n’est pas la meilleure configuration sur fond de crise financière mondiale.

 

En ce qui concerne le nouveau gouvernement, pour l’instant, rien n’est clair. Qui y entrera ? Seront-ils assez compétents et libéraux pour permettre au pays de surmonter la crise et remettre la Russie sur la voie de la réforme ? Il est peu probable d’avoir des réponses dans les prochaines semaines. Et dans l’incertitude, les marchés pourraient bien prendre en considération la pire des hypothèses.

 

Seul réconfort, ces nouvelles sont apparues sur fond d’effondrement des marchés financiers à travers le monde et de la chute des prix du pétrole, alors que les actions russes, de toute façon, ne pouvaient pas monter. La limite la plus basse pour le marché russe, en tenant compte de la situation politique, me semble se situer autour des 1000 à 11000 points de l’indice RTS. Lorsque la poussière sera retombée, les investisseurs se souviendront à nouveau que les actions russes ne coûtent pas cher, et tenteront de trouver des titres gagnants, dans la nouvelle structure politique. Il s’agira avant tout d’actifs de matières premières, en particulier le pétrole. D’autant que Vladimir Poutine a toujours exprimé son soutien à ce secteur.

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Pourquoi les investisseurs doivent se réjouir du retour de Poutine?

 

The Moscow Times Editorial

 

La nouvelle d’un troisième mandat présidentiel pour Poutine est loin d’être sombre. Voici les raisons pour lesquelles les investisseurs étrangers doivent se réjouir de l’annonce de Vladimir Poutine lors du Congrès du parti Russie Unie, ainsi que ses remarques sur l’économie, un jour avant l’évènement.

 

L’incertitude prend fin. Bien que Poutine ait longtemps été considéré comme le capitaine à la barre du pays, le manque de lisibilité de la part du président Dmitri Medvedev et de son Premier ministre quant à leur possible candidature à la présidentielle a déconcerté les investisseurs pendant des mois, sinon des années. Les promesses répétées sur la continuation de la politique actuelle se sont heurtées à ce qui s’apparentait à des déclarations contradictoires de la part de Poutine et de Medvedev au sujet des réformes internes, de la politique étrangère, et même dans la vision du futur gouvernement.

 

 A seulement cinq mois de l’élection présidentielle, le mystère autour du candidat de 2012 a stoppé net les investissements entrants et semble embarrasser les investisseurs. Une situation qui contraste avec le développement des démocraties comme les Etats-Unis où l’opposition, pleine d’espoir, se bouscule déjà aux portes de la présidentielle, un peu plus d’un an avant le vote, pour remplacer Barack Obama.

 

Stabilité. Si Poutine a prouvé une chose durant ses 11 ans au pouvoir, c’est bien qu’il est un leader fort, qui souhaite apporter une stabilité à la Russie. Ses méthodes pour instaurer et maintenir la stabilité ont encouragé la corruption et ont soulevé des inquiétudes sur l’état de la démocratie et de la société civile. Mais dans un même temps, le climat des investissements a connu une nette amélioration depuis la période chaotique des années 1990, avec, entre autres, l’adoption de lois fondamentales et la régulation du marché, qui ont contribué à rendre le cadre juridique de travail, pourtant si souvent violé, plus compréhensible, ainsi que les efforts considérables des autorités pour aller à la rencontre des investisseurs et répondre à leurs préoccupations, et l’augmentation régulière du niveau de vie qui a entrainé une demande croissante des consommateurs.

 

L’espoir aussi grandit, en même temps que l’évolution du climat des investissements. Poutine a proposé que Medvedev et lui échangent leurs places l’année prochaine. Lui retournerait au poste de Président, et Medvedev prendrait le siège du Premier ministre.  Les experts se demandent si Medvedev fera un meilleur Premier ministre, ou peut-être deviendra-t-il président de la Cour constitutionnelle ou de la Douma ? Mais peu importe où se trouvera Medvedev. Les investisseurs peuvent espérer qu’il sera en mesure de promouvoir la modernisation et la lutte anti-corruption, qui font la marque de sa présidence. Plus important, Poutine a souligné lors du Congrès de Russie Unie qu’il superviserait le programme de modernisation et la campagne anti-corruption, en s’attachant, comme Medvedev, à réduire la dépendance de l’économie vis-à-vis des exportations énergétiques, et en s’attaquant aux principaux obstacles qui freinent les investissements, notamment la corruption et un système judiciaire faible.

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