Le renouvellement du tandem était inévitable (Experts)

Crédits photo : Reuters / Vostock Photo

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Les électeurs russes ont enfin eu la réponse à une question de taille : qui sera le prochain candidat à la présidence en 2012 ? Mais les experts divergent sur l’évaluation de l’impact de cette décision par le tandem Medvedev-Poutine.

« Je poursuis mon travail ». C’est ce qu’on pouvait lire, samedi, sur le compte Twitter de Dmitri Medvedev, à l’issue du congrès du parti Russie Unie, après avoir a annoncé qu’il ne se représentera pas à la présidentielle de 2012. Les politologues ont immédiatement comparé ce revirement à un « roque » aux échecs. Dmitri Medvedev a suggéré la candidature de Vladimir Poutine au poste de Président, et l’actuel chef du gouvernement a proposé son fauteuil de Premier ministre au président russe.

 

Dès la fin du Congrès, l’opposition a immédiatement déclaré que cet échange de rôles est « le pire scénario qui pouvait arriver ». Ce sont d’ailleurs les mots employés par Boris Nemtsov, co-fondateur du Parti de la Liberté du peuple. L’analyse des experts reste plus modérée. Le politologue russe Gleb Pavlovski est persuadé que cette décision annoncée lors du congrès préélectoral du parti n’est une surprise pour aucun des acteurs politiques russe majeurs. « Nous n’avons pas arrêté d’en parler toute l’année dernière, depuis le jour où Poutine a commencé à faire du lobbyisme pour sa candidature en 2012 », assure M. Pavlovski. Quant au président de l’Institut de la stratégie nationale, Mikhaïl Remizov, il estime que la décision de Poutine et de Medvedev était une nécessité politique, prise avec la perspective de « renforcer la stabilité du pouvoir ». Un point de vue que partagent de nombreux politologues russes.

 

Les élections parlementaires en Russie auront lieu en décembre 2011. Les présidentielles sont prévues pour mars prochain. A partir de 2012, le mandat présidentiel passera de quatre ans à six ans. Selon la loi russe, la fonction de président est limité à deux mandats successifs, soit 12 ans au total. Vladimir Poutine (maintenant âgé de 58 ans) a déjà dirigé le pays pendant deux mandats consécutifs, de 2000 à 2008. Dmitri Medvedev (46 ans) a remporté les élections de 2008.

« La reconstitution du tandem a été formulée à la suite des menaces économiques et politiques complexes auxquelles doit faire face la Fédération de Russie », explique l’analyste Alexandre Chatilov. « Les risques émergeants demandent, d’une part, un certain renforcement du pouvoir, et d’autre part, sa simplification ». Selon M. Chatilov, si en 2012 Poutine gagne la course à la présidentielle, Medvedev se contentera du rôle « d’adjoint » et « sa liberté de mouvement sera de plus en plus contenue ».

 

Le vice-président du Centre des sciences politiques Alexeï Makarkin contredit cette analyse. « Concernant les pouvoirs de Medvedev, je pense qu’ils seront plus étendus que ceux qu’un Premier ministre pouvait avoir auparavant», a-t-il confié lors d’une interview au journal russe Kommersant. Selon lui, le « roque » du tandem pourrait conduire à un renouvellement du gouvernement, qui ne se limiterait pas à une redistribution des portefeuilles ministériels mais constituerait bien un format politique neuf.

 

L’idée d’un renouvellement du pouvoir est également soutenue par l’Institut du développement moderne (IDM), qui se trouve sous l’égide du président russe. « Il y a, dans la société, des gens qui soutiennent Medvedev », a déclaré son président Igor Iourgens, convaincu qu’avec le temps, la configuration du tandem va évoluer. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, et l’ancienne équipe ne pourra résoudre seule toutes les questions liées à la modernisation et au développement du pays », a-t-il ajouté.

 

Si Dmitri Medvedev se retrouve à la tête du nouveau gouvernement russe, il se verra obligé de travailler dans des conditions très difficiles. Encore aujourd’hui, il est impossible de déterminer quelle est la position du ministre des Finances Alexeï Koudrine. Dimanche, il a déclaré aux journalistes qu’il « ne se voit pas dans le prochain gouvernement », et a affirmé que, sur les questions économiques, il existait des désaccords certains entre lui et Dmitri Medvedev. Cependant le lendemain, M. Koudrine a fait une déclaration totalement opposée, se disant « prêt à occuper n’importe quel poste, pour mener à bien la réforme ».

 

Toutefois, les experts soulignent un dernier problème sur la voie de la modernisation. Selon Gleb Pavlovski, en acceptant d’échanger leurs rôles, Dmitri Medvedev porte un sérieux coup à son autorité politique. « Medvedev compte quelques dizaines de millions de sympathisants dans le pays. En refusant de se battre pour le fauteuil présidentiel, il leur tourne le dos, sans explication. C’est un peu à l’image de Prokhorov et de son parti Juste Cause [dont il vient de se faire exclure alors qu’il était le candidat officiel pour l’élection de 2012, ndlr] mais à très grande échelle », estime M. Pavlovski.

 

 


Cet article a été rédigé à partir des publications de Kommersant, Vedomosti et RIA Novosti.

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