Bogolyoubovo : un poème en pierre...

L’un des moments clés de l'histoire de la Russie a été la décision, au début du XIIe siècle, d'accélérer le développement des terres fertiles du nord de la Russie kiévienne...

Toutes les photos sont de William Brumfield

L’un des moments clés de l'histoire de la Russie a été la décision, au début du XIIe siècle, d'accélérer le développement des terres fertiles du nord de la Russie kiévienne. Le maître d’œuvre de ce tournant fut Vladimir Monomaque, grand-prince de Kiev de 1113 à 1125 et fondateur de la ville de Vladimir en 1108.Sous sa direction, la zone entourant Vladimir s’est rapidement convertie en un important centre de pouvoir politique et économique. Bien que la plupart de ce qui vit le jour au cours de cet âge d'or médiéval ait disparu, un aperçu de sa puissance a survécu dans les églises en pierre blanche construites dans la région au cours de la seconde moitié du XIIe siècle.

Le premier constructeur de ces églises fut l’impétueux Andreï Bogolioubski, petit-fils de Vladimir Monomaque et fils de Iouri Dolgorouki (considéré comme le fondateur de Moscou). Pendant son règne en tant que grand-prince des terres de Vladimir-Souzdal (1157-1174), Andreï a fait de Vladimir un contrepoids au pouvoir de Kiev et a lancé plusieurs grands chantiers. Sa résidence principale était sise à Bogolyoubovo, établi en 1158 à quelques kilomètres au nord-est de Vladimir, près du confluent des rivières Nerl et Kliazma.

Selon la légende, le nom de « Bogolyoubovo » (chéri de Dieu) est né d'une vision qu’eut Andreï de l'icône très vénérée de la Mère de Dieu de Vladimir. Entre 1158 et 1165, les constructeurs ont érigé sur ces lieux un ensemble qui comprenait la cathédrale de la Nativité de la Vierge et un palais attenant en pierre blanche – chose rare dans la Russie médiévale. Bien que le palais lui-même ait disparu depuis longtemps, on conserve le passage le connectant au coin nord-ouest de la cathédrale et une tour d’escalier où Andreï succomba aux blessures infligées par des conspirateurs à l'été 1174.

Trois ans plus tard, Bogolyoubovo fut mis à sac par le prince Gleb de Riazan. En Février 1238, Bogolyoubovo fut de nouveau mis à sac et ses murs furent rasés lors de l'invasion mongole. Au XIIIe siècle, un monastère a été fondé sur ce site, mais les églises anciennes et ce qui restait du palais tombèrent en décrépitude.

Ironie du sort, la canonisation d'Andreï en 1702 a accéléré la destruction de Bogolyoubovo, particulièrement au XVIIIe siècle, lorsque l'ensemble monacal a subi une expansion majeure. La plus grande perte pour le complexe fut l'effondrement en 1723 de la cathédrale de la Nativité de la Vierge à la suite d'une tentative inepte visant à agrandir ses fenêtres. Une reconstruction de l'église a conservé quelques fragments de l'original, qui peuvent encore être vus sur les façades et à l'intérieur.

La structure de Bogolyoubovo qui a le mieux survécu est l'Église de l'Intercession de la Vierge sur la Nerl, un édifice d’une beauté lyrique situé à proximité du monastère. Construit en 1166 pour commémorer la victoire d'Andreï sur les Bulgares de la Volga, l'église est dédiée à une vision miraculeuse de la Vierge au début du XXe siècle à Byzance. Andreï a octroyé à ce miracle une importance majeure en tant que symbole de la protection divine.

Les constructeurs ont choisi un site improbable, exposé aux inondations du printemps, près du confluent des rivières Kliazma et Nerl, et ont transformé  les inconvénients en avantages en créant une colline artificielle, pavée de pierres, qui non seulement protégeait l'église des crues et fournissait un contrefort pour les murs de fondation profonds (cinq mètres), mais servait également de socle à l'église elle-même, reflétée dans la rivière Nerl.

L'Eglise de l'Intercession semble avoir été au départ soutenue par une galerie qui fut ensuite démantelée. Toutefois, les proportions de la structure de base sont inhabituellement précises et raffinées. La structure s’élève sur deux niveaux : un étage inférieur aux murs épais culminant dans une frise d'arcade, et les façades supérieures, profondément encastrées dans les trois baies de chaque mur.

Cette emphase verticale est accentuée par la surface encastrée des murs qui, par une légère inclinaison vers l’intérieur, créent un effet de réduction. Les parties supérieures des façades de l'église en pierre blanche sont ornées de diverses figures sculptées, dont le Roi David – le souverain oint par Dieu – ainsi que 20 masques de jeunes filles tressées en haut-relief.

Bien que l’on ne sache rien des bâtisseurs de cette sublime structure, des preuves ténues suggèrent qu'il pouvait y avoir parmi eux des maçons d'Europe centrale. Quelles que soient leurs origines, ils ont créé un témoignage durable à la gloire de l'architecture médiévale russe.

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