Paul Poiret, le roi de la mode

Chaussures «Roses». Perugia pour Paul Poiret. Design et broderie par l’atelir Martine. Photo: www.kremlin-museum.ru

Chaussures «Roses». Perugia pour Paul Poiret. Design et broderie par l’atelir Martine. Photo: www.kremlin-museum.ru

L’exposition au Kremlin présente une vingtaine de ses créations

Voilà une robe étonnante. Elle est rose, et noire, et violette ; une écharpe de soie retient ses pans sous la poitrine, puis elle descend en cerceau sur les hanches, par-dessus-une longue jupe noire. Les créations de Paul Poiret, telle cette robe de soirée « sorbet », conçue en 1912, surprennent par leur modernité autant qu’elles fascinent par leur luxe langoureusement désuet.  Les toges et les manteaux de ce grand couturier, dont on dit en France qu’il libéra la femme du corset au début du XXème siècle, accordent sur la silhouette féminine la liberté de la taille et l’entrave luxueuse des membres ;  ses longues robes drapées seront dans les années 1920 remplacées par la simplicité et la fonctionnalité de Gabrielle Chanel.

 

Du 7 septembre 2011 au 15 janvier 2012, le Palais des Patriarches, dans l’enceinte du Kremlin de Moscou, présente une vingtaine de ses créations prêtées par Saint-Pétersbourg, New-York, Londres ou Paris, notamment par le musée de la mode Galliera. La conservatrice de ce haut lieu de l’histoire des habits et des corps, Sophie Grossiord, était d’ailleurs présente lors de l’inauguration de l’exposition  Paul Poiret, le roi de la mode, à Moscou. « L’influence de ce grand couturier est presque inconnue en Russie », remarque-t-elle. « Le but de cet événement est à la fois de faire connaître à la Russie l’importance de ces créations dans l’histoire de la mode française et de montrer à la France l’influence qu’a eue la Russie sur l’œuvre de Poiret ».

 

Manteau. Paul Poiret, 1913. Laine, chiffon. Victoria and Albert Museum, Londres. Photo: www.kremlin-museum.ru

 

Car celui que Paris surnommait « le Magnifique », connu pour le faste de son train de vie, ruiné à la fin des années 1920 par ses défilés des Mille et Une Nuits, s’inspira notamment de la mode des ballets russes pour lancer la mode de la couleur dans l’habit féminin, jusqu’alors limité au pastel. « Avec Poiret, on assiste à de nouvelles associations chromatiques : le violet et le rouge, l’orange et le vert… C’est que Poiret était au départ non pas un couturier, mais un drapier. La couleur, le motif, le grain de l’étoffe prennent avec lui une nouvelle importance », explique Sophie Grossiord.

 

 

 

La présentation du musée du Kremlin donne bien à voir ces révolutions, même si les pièces ne sont pas très nombreuses (au contraire de ce qu’elles étaient pour l’exposition Poiret du MET à New-York, en 2007). L’ensemble manque peut-être d’ordre et d’explications, malgré la présence de quelques panneaux rédigés uniquement en russe.  Mais on découvre avec intérêt, grâce à l’exhibition d’objets, chaussures et flacons de parfums, que Poiret fut aussi le premier couturier à lancer une gamme de produits associés à ses robes d’opéras et manteaux de jour. Dans les ateliers Rosine, il créa « des parfums plantureux, comme on n’en fait plus aujourd’hui, enfermés dans de lourds vaporisateurs, avec lesquels on se parfumait une fois pour toute la journée », explique Marie Grasse, conservateur du musée municipal de la ville de Grasse en France.

 

L’exposition Poiret, le roi de la mode reçoit finalement une place originale entre les murs du Kremlin : en sortant du Palais des Patriarches, une promenade de quelques pas mène au Musée des Armures , où sont conservées les robes de princesses russes  à la taille infiniment étranglée, et les manteaux des prêtres  orthodoxes de la cour tsariste, soutenus aux épaules, drapés et rayés dans des couleurs chaudes, échos inattendus au luxe français des premières années du XXème siècle.

 

Paul Poiret, le roi de la mode, du 7 septembre au 15 janvier, Mirovarennaïa Palata Patriarshego dvortsa Moskovskogo Kremlia

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