Alain Juppé : « Aucune opération militaire n'est envisagée en Syrie »

Crédits photo : Reuters/Vostock Photo.

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Le chef de la diplomatie française Alain Juppé passe en revue les relations avec la Russie

Hier s'est conclue la visite à Moscou du Ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé, au cours de laquelle il a assisté à une réunion du Conseil de coopération franco-russe sur les questions de politique étrangère et de sécurité. Alain Juppé a évoqué le bilan des négociations avec la correspondante d'Interfax Olga Golovanov.

Les réunions communes des Ministres des Affaires étrangères et de la Défense russes et français sont devenues traditionnelles. Quelles questions ont été débattues cette fois-ci?


Le fait que les Ministres des Affaires étrangères et la Défense de nos pays se réunissent chaque année démontre un degré élevé de confiance entre la Russie et la France. Les Russes et les Français doivent faire face aux mêmes menaces et aux mêmes défis. Avec mon homologue Sergueï Lavrov, nous avons discuté de la situation en Libye et en Syrie, ainsi que des préparatifs du sommet du G20 en France. Nous avons également évoqué la sécurité européenne, la crise du nucléaire iranien, la coopération au sein du Conseil OTAN-Russie et le partenariat Russie-UE.

Depuis le début du conflit en Libye, la France a, de fait, assumé le rôle de leader de la coalition occidentale. La Russie a occupé une position distincte de celle de la France et des autres pays du groupe de contact. Voyez-vous des moyens de travailler avec la Russie sur l'après-conflit en Libye ?


Il existe une différence d'approche, mais il y a des points de convergence. Il me semble qu'à Moscou comme à Paris, on est parfaitement conscient de l'ampleur des changements qui se produisent dans le monde arabe et de la nécessité de renoncer à la violence contre les civils. La Russie a adopté la résolution 1970 imposant des sanctions et ne s'est pas opposée à la résolution 1973, autorisant l'usage de la force pour protéger les civils. Elle a en outre pleinement souscrit à la déclaration des pays du G8 en mai. Suite à la conférence internationale sur la Libye nouvelle, qui a eu lieu le 1er septembre, nous devons travailler à unir nos efforts afin d'élaborer un plan visant à aider le Conseil national de transition dans la construction d'un avenir démocratique pour la Libye.

Pensez-vous que l'OTAN doive mettre fin à l'opération en Libye et transférer les rênes de l'ONU?


L'OTAN a lancé une opération militaire dans le cadre de la résolution 1973, afin de débarrasser le pays du « bain de sang » qu'avait promis d'organiser le colonel Kadhafi. Actuellement, la Libye est en train de se défaire de la dictature et de la violence contre son propre peuple, qui ont duré plusieurs décennies. Dans cette situation nouvelle, l'ONU doit décider que la résolution 1973 a été pleinement appliquée et que les garanties de sécurité pour la population civile ont été octroyées dans leur intégralité. Après l'achèvement du conflit militaire, il y aura de nouvelles opportunités de coopération entre la direction de la Libye démocratique et les organisations internationales dans le cadre de l'ONU.

Quelle est la position de Paris concernant la levée de l'embargo sur les armes contre la Libye?


A mesure que le Conseil national de transition sera approuvé dans ses droits sur tout le territoire et que disparaîtra progressivement la menace pesant sur les civils, nous devrions envisager, au sein du Conseil de sécurité, la levée des sanctions. Nous avons déjà entamé ce processus en procédant à un déblocage partiel des dépôts.

Que faire de Kadhafi si on parvient à le capturer?


Kadhafi doit comparaître devant la justice pour ses crimes. Les autorités libyennes doivent déterminer le niveau des sanctions contre Kadhafi en se fondant sur la résolution 1970.

Envisagez-vous la probabilité d'une répétition du scénario libyen en Syrie?


A l'heure actuelle, l'opération militaire n'est même pas envisagée. Il n'y a pas de mandat international à ces fins. En outre, le contexte syrien est très différent de la situation qui s'est développée en Libye. Cependant, le Conseil de sécurité ne peut pas rester inactif : la responsabilité des membres permanents suppose d'imposer une pression sur Bachar al-Assad.

Récemment, la France et la Russie ont conclu une entente sur le « Mistral ». Pourriez-vous en dire plus sur les projets communs dans ce domaine?


Avec l'achat par la Russie de porte-hélicoptères français de débarquement de type Mistral, nous sommes entrés dans une phase de coopération sans précédent, qui élargit le partenariat franco-russe dans le domaine de l'industrie. Je peux dire que l'on mène des négociations sur le développement de la coopération industrielle franco-russe, qui se sont précisées dans le cadre du dernier Salon MAKS. Nous avons notamment pris la décision de créer des coentreprises avec des sociétés telles que Safran, Rosoboronexport, Avionika, et le Bureau de construction d'appareils de Ramenskoye.

Quand entrera en vigueur la décision française d'alléger le régime des visas avec la Russie?


La déclaration sur l'allègement du régime des visas a été réalisée par le Premier ministre François Fillon l'an dernier, et elle est déjà en vigueur. La France a décidé de simplifier au maximum les formalités nécessaires pour l'obtention des visas, en particulier en octroyant de visas de longue durée pour les citoyens qui ont déjà été en possession de visa Schengen. Nous sommes également intéressés par la suppression des visas entre la Russie et les pays de la zone Schengen et espérons que les principales étapes de ces négociations s'achèveront dès cette année.

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