Oussolié : avant-poste de Stroganov dans l’Oural

Les belles églises du XVIIIe et du XIXe siècles qui longent la rivière Kama témoignent de la richesse passée des salines locales.

Photos de William Brumfield

L’Oural, cette chaîne de montagnes qui partage la Russie entre l’Europe et l’Asie, a depuis longtemps été l’un des lieux les plus riches en minerais du pays.  Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la découverte de gisements de fer, de cuivre, de sel et d’autres dépôts minéraux a transformé ces mines lointaines en villes prospères comme Ekaterinbourg. Avant le développement du réseau de chemins de fer vers l’Oural pendant la seconde partie du XIXe siècle, l’acheminement de ses ressources naturelles jusqu’aux principales villes russes était un défi majeur. Ce problème de transport était partiellement résolu grâce à un réseau fluvial très développé dans la région.      

Kama, la plus importante rivière de la partie européenne de l’Oural, s’écoule à travers le large territoire de Perm et se jette dans la Volga au sud de Kazan, la capitale du Tatarstan. Les gisements de minerais, en particulier de potasse, sont encore exploités aujourd’hui le long de la rive gauche de la Kama, dans les villes comme Berezniki et Solikamsk.

Sur la rive droite de la Kama se trouve la ville d’Oussolié dont le nom provient du mot « sel » (sol, en russe). Située à 180 km au nord de Perm, la capitale régionale, dans une région regorgeant de sources d’eau salée, Oussolié fut fondée en 1606 par Nikita Grigorievitch Stroganov. Elle devint le fief de la famille Stroganov qui élargit rapidement son empire tourné vers la production du sel autour de la rivière Kama.  

Auparavant, les Stroganov étaient déjà devenus les leaders de la production russe de sel grâce à l’exploitation de salines dans la ville de Solvychégodsk, située au nord. La fondation d’Oussolié vint consolider leur capacité à exploiter les ressources déjà découvertes dans la région de l’Oural.    

Comme à Solikamsk, la richesse croissante d’Oussolié au XVIIIe siècle se traduisit par la construction d’églises, comme celle d’une imposante Cathédrale dite de la Transfiguration, érigée dans les années 1727-33 grâce aux fonds accordés par le Baron Sergueï Stroganov (Pierre le Grand avait anobli les Stroganov pour leur largesse pendant la Grande Guerre du Nord). Comme d’autres églises dotées par les Stroganov, celle-ci affiche une riche ornementation. En 1820, elle fut agrandie par l’ajout inhabituel d’une semi-rotonde à son extrémité ouest. Un grand clocher, construit en 1730 puis renforcé en 1830, complète l’ensemble.    

La Cathédrale de la Transfiguration et son clocher furent le noyau autour duquel la ville se forma, avec ses bâtiments commerciaux, ses entrepôts et ses raffineries de sel. Les constructions les plus imposantes du début du XIXe sont des maisons érigées par les Stroganov, mais aussi par d’autres exploitants importants de salines, comme les Golitsyne et le Prince Sergueï Abamalek-Lazarev, acquéreur des propriétés des Stroganov en 1830.

La richesse d’Oussolié dépendait de la Kama, une rivière à double tranchant. Les récurrentes  inondations printanières ont laissé place à des changements plus radicaux encore à l’époque soviétique quand des projets de navigation à grande échelle conduisirent à la création de larges réservoirs fluviaux. Suite à l’élévation du niveau de l’eau dans les rivières importantes, des centaines de villages ont été inondés.          

Dans le cas d’Oussolié, la partie de la ville voisine de la rivière, a été inondée après la construction du Réservoir de la Kama dans les années 1950. Même si les monuments les plus importants, comme la Cathédrale de la Transfuguration, ont échappé à la destruction, d’autres bâtisses ont été sérieusement endommagées par la montée des eaux. L’abandon du centre historique par ses résidents a causé un préjudice supplémentaire à la ville.   

Heureusement, grâce aux efforts fournis par les employés des musées et à l’aide de l’administration régionale, le cœur historique d’Oussolié a été en grande partie préservé. Après la réouverture de la Cathédrale de la Transfiguration aux offices, une autre église, de style néo-classique, l’Eglise de la Trinité (1813-20) est en cours de restauration. Cela est d’autant plus heureux qu’elle est attribuée à Andreï Voronikhine, l’un des grands architectes russes, originaire d’Oussolié. Sa construction fut entreprise par le Baron Grigori Stroganov en hommage aux services rendus par la famille Stroganov à la Russie lors de l’invasion napoléonienne de 1812.     

Le succès le plus important serait probablement de réussir à préserver les Chambres Stroganov, qui datent de 1724 et dont la famille avait fait sa résidence principale dans l’Oural. Malgré la date de sa construction, le bâtiment ne porte que peu d’empreintes du style occidental et rappelle plutôt les « chambres » moscovites de la fin du XVIIe (avant les changements architecturaux apporté en Russie par Pierre le Grand). Cette magnifique résidence des Stroganov sert aujourd’hui de musée et est consacrée aux objets de voyage. C’est aussi le centre d’organisation des festivités culturelles entreprises dans les villes bordant la rivière Kama.

La région d’Oussolié regroupe également des sites historiques comme Pyskor (à quelques kilomètres au nord) dont les espaces vallonnés offrent l’une des plus belles vues à proximité de la Kama. Au sommet de la Coline du Monastère se trouve une charmante église dédiée à Saint-Nicolas-sur-la-colline qui date de 1695 et actuellement en travaux.

Dans le village d’Oriol, au sud d’Oussolié, se trouve l’Eglise de la Glorification de la Vierge (1735). Le décor extérieur fait de murs blancs est minimaliste. Toutefois, il cache une ornementation colorée propre à la décoration intérieure des églises russes de province et une surprenante chapelle placée au centre de la principale église. On y trouve aussi une iconostase délicate provenant d’une église en bois plus ancienne. Bien qu’Oriol soit accessible par la route, il est plus pittoresque de prendre le bateau à Oussolié pour s’y rendre.    

Plus au sud, le long de la rivière Kama, se situe le village de Taman et les ruines massives de l’Eglise Saint-Pierre-et-Paul. Construite par la famille Kirianov au début du XXe siècle dans un style éclectique mélangeant goût russe et occidental, l’église a perdu, pendant la période soviétique, ses coupoles et une grande partie de sa décoration intérieure. Pourtant, sa structure, autrefois solide mais en ruines aujourd’hui, en font une sorte d’apparition au-dessus de la rivière Kama.  

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