La première mondiale du film sur Anna Politkovskaïa s’est tenue à New-York

Crédits photo : Rex Features/Fotodom.

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Dans le cadre de la 15e semaine du cinéma documentaire de New-York, vendredi soir, à Manhattan, la tant attendue première du documentaire de Marina Goldovskaïa A Bitter Taste of Freedom (Le goût amer de la liberté) a affiché complet.

L’association internationale des documentaristes se charge déjà de mettre en place une procédure de nomination de ce film d’une heure et demie pour un Oscar, a déclaré la réalisatrice lorsque, dans la salle, les applaudissements se sont calmés.

« Il y a des gens à la peau coriace, il y en a d’autres à la peau sensible. Anna Politkovskaïa n’avait pas de peau du tout. Elle s’est rendue une fois sur le front de la guerre en Tchétchénie et n’en est jamais revenue », a affirmé Madame Goldovskaïa après la première du film.

Comme beaucoup d’autres spectateurs, la réalisatrice était assise sur le plancher car il n’y avait plus de places libres dans la salle. On a pu remarquer que certaines scènes provoquaient chez elle de fortes d’émotions, comme si elle les voyait pour la première fois. Tantôt elle souriait, tantôt elle claquait des doigts.

Marina connaissait la famille Politkovski depuis presque trente ans, et le tournage du film a duré presque aussi longtemps. Native d’URSS et résidente de Los-Angeles, elle se repaissait avec avidité de tous les évènements qui se déroulaient en Russie, elle filmait quasiment tout ce qui captait l’objectif de sa caméra, presque comme une amatrice.

Le meurtre d’Anna Politkovskaïa le 7 octobre 2006, tout près de l’entrée de sa maison, Goldovskaïa ne l’avait pas appris dans les informations : les enfants de son amie lui ont téléphoné pour lui demander « allez-vous faire un film sur mama ? »

Marina a pris son temps : elle a visionné attentivement les films faits sur Politkovskaïa par d’autres réalisateurs dans la foulée de la tragique mort de cette femme de 48 ans, journaliste et militante pour les droits de l’homme.

« Tout ce temps, j’ai réfléchi à ce que je pouvais dire de plus sur Anna, qui a été non seulement aimée, mais aussi haïe, auprès de laquelle les gens se tournaient pour chercher de l’aide, mais aussi pour la fustiger, car elle était trop passionnée. On la présentait comme une « femme de fer » tandis que le sens de sa vie était de secourir les gens en détresse… Alors je l’ai montrée telle que je l’avais connue : une femme délicate et fragile ».

« Sa » Politkovskaïa, désintoxiquée à l’hôpital après un empoisonnement en avion quand elle s’envolait vers Beslan, avoue à quel point son rôle social lui est pénible et avertit qu’au cas où les pouvoirs entreprennent l’assaut de l’école avec les enfants pris en otage par les terroristes, elle quittera le métier de journaliste. « Son » Anne pique avec la fourchette son dîner dans un logis modeste, câline son chien qui adore sa maîtresse et passe aux aveux d’amour dans la cuisine.

« Pour qui ai-je réalisé ce film ? Pour les Russes tout d’abord. Ce sont eux qui sauront comprendre l’âme de cette femme comme personne d’autre. J’ai voulu toucher le cœur des gens, en ce siècle de pragmatisme cynique », a expliqué Goldovskaïa au public après la projection.

La professeure de l’École du cinéma de l’Université de Californie de Sud, Marina Goldovskaïa, entre dans la pléiade des maîtres titrés et honorés du documentaire mondial. Elle a créé des dizaines de films, mais Anna Politkovskaïa restera toujours son personnage. Probablement parce que sa vie (plus que la vie des autres) a illustré de façon flagrante et tragique cette période du pays, remarque la réalisatrice.

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