Ce matin à la radio

Des colonnes de chars prennent position sur les axes principaux de la capitale au matin du 4 août 1991.

Des colonnes de chars prennent position sur les axes principaux de la capitale au matin du 4 août 1991.

Il y a exactement 20 ans, un putsch militaire renversait Gorbatchev

Comme bien d’autres par ce matin mémorable, je fus réveillé par un coup de fil : «  Allume la radio  » , s'égosillait un collègue. «  Il y a un coup d’ État !  ». Je m’élançai vers l'appareil.

«  Guidés par les intérêts essentiels de notre Patrie et de tous les citoyens soviétiques… » , lisait le présentateur impassible, «  nous avons décidé introduire l’état d'urgence dans certaines régions de l'Union soviétique pour une période de six mois à partir de 4 heures, ce 19 août 1991  » .


Je montai le volume.

«  Un Comité d'État pour l'état d'urgence dans l'Union soviétique [GKChP] sera mis en place pour gouverner le pays et gérer efficacement l'état d'urgence  » .


Les noms des membres du comité suivaient, par ordre alphabétique : Oleg Baklanov (secrétaire du Comité central du Parti communiste), Vladimir Krioutchkov (chef du KGB), Valentin Pavlov (Premier ministre), Boris Pougo (ministre de l'Intérieur) ...


Quand est venu le tour de Dmitri Iazov, le ministre soviétique de la Défense, je me suis souvenu d'une conversation que j'avais eue avec lui peu avant. Le ministre s'était indigné lorsqu'on l'avait interrogé sur les rumeurs de coup d' État militaire présumé en gestation en Union soviétique. «  Voyez-vous un Pinochet en moi ?  » avait-il martelé. « L'armée est partie intégrante du peuple. Dois-je organiser un coup d' É tat contre ma mère ? Ou contre le gouvernement ? Je suis moi-même un membre de ce gouvernement. Contre Gorbatchev ? Pourquoi me révolter contre lui ? Nos députés peuvent décider de le limoger s'il n'est pas à la hauteur de sa tâche. Nous sommes maintenant dans une situation telle que nous n'avons pas besoin de coup d’ État, nous pouvons tout obtenir par les seuls moyens constitutionnels  » .


En route pour le travail ce matin-là j’écoutais les bribes d’une conversation : «  Gorbatchev n’a qu’à s’en prendre à lui-même, il a relâché la poigne. Et je pense que ces gars vont serrer la vis … » , «  Pas mal, au moins il y aura de 
l’ordre… » Les interlocuteurs avaient environ 35 ans, comme moi. C’étaient les enfants du dégel de Khrouchtchev, ils avaient à peine goûté à la perestroïka et déjà se languissaient d'une main ferme...


L'imprimerie de la Pravda , où mon magazine, Sobesednik, était publié, a reçu l'ordre du Comité d'état d'urgence de « suspendre jusqu'à nouvel ordre » l'impression de tous les journaux et magazines, sauf la Pravda, Étoile rouge et sept autres éditions contrôlées par le gouvernement. Nous avons exprimé notre colère en transformant les journaux en affiches et en tracts. Nous les photocopiions à notre maison d'impression. Ils étaient ensuite distribués dans Moscou et envoyés à d'autres villes par fax. Quand nous avons compris où était le front principal, les tracts ont été envoyés aux barricades situées devant le siège du gouvernement, la Maison Blanche.


Pendant ce temps, on ignorait tout des faits et gestes du président légalement élu de l’URSS.


Les coups de fil et des messages fragmentaires affluaient vers l'imprimerie depuis l'extérieur de Moscou, dénotant une confusion croissante à la fois parmi les citoyens ordinaires et les dirigeants de différents niveaux. Les plus zélés se hâtaient de jurer allé­‑
geance à la GKChP, envoyant leurs «  télégrammes de soutien  » , mais la plupart des politiciens et des chefs d'entreprise adoptèrent une position attentiste, en utilisant tel ou tel prétexte pour éviter de faire des déclarations.


Pendant ce temps, des colonnes de chars, de véhicules blindés et des camions de soldats faisaient route vers la capitale depuis différentes directions. Sous leur protection, les membres du GKChP ont donné une conférence de 
presse pour les journalistes étrangers et soviétiques au centre de presse du ministère des Affaires étrangères.



Mais ce qui est arrivé est arrivé : Eltsine et ses partisans se hissèrent sur les tanks qui entouraient la Maison Blanche. Les tankistes étaient sur les barricades, étreignant les habitants et riant aux caricatures et aux poèmes ridiculisant les généraux rebelles. Et les deux divisions blindées qui avançaient sur Moscou ont été arrêtées à mi-course avant de rebrousser chemin...

La route vers le Coup d’Etat (1991)


Les intentions des putschistes


 
Le 18 Août 1991, un groupe de hauts-fonctionnaires soviétiques rend visite à Mikhaïl Gorbatchev dans sa datcha deCrimée. Le lendemain, le transfert du pouvoir au Comité d'État des Situations d'Urgence est annoncé.

Leur but : empêcher la dislocation de l'URSS qui, d'après eux, était programmée pour le 20 Août lors de la signature d'un traité destiné à transformer l'URSS en une confédération d'États indépendants. L'armée est déployée dans Moscou et d'autres grandes villes, marquant le début d'un coup d'État de trois jours qui a en définitive précipité la dissolution de l'URSS.

Alexander Iemelianenkov était vice-rédacteur en chef de l'hebdomadaire Sobesednik en août 1991. Il se souvient pour nous de ces trois jours qui ont ébranlé le monde.

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