Les ingénieurs de demain changent le monde

Crédit photo : Itar-Tass

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Anton Pashkevitch, étudiant à l’Université d’Etat Technique de Novossibirskse dit fort préoccupé, car les jeunes Russes d’aujourd’hui ne souhaitent plus faire des études d’ingénieurs. « La plupart de mes anciens camarades de classe étudient l’économie ou le droit. Pourtant, toutes les études montrent que la Russie aura justement bientôt besoin d’ingénieurs, et quant aux étdudiants en sciences sociales et humaines, cela fait bien longtemps que nous en avons trop », explique-t-il. D’ailleurs, ce problème ne préoccupe pas seulement Anton. Le président russe Dmitri Medvedev a souligné à plusieurs reprises la nécessité de relever le prestige des spécialités de l’ingénierie.

Anton propose d’« appâter » les jeunes vers les cursus techniques grâce à des robots. Mais la plupart restent mal informés, et certains d’entre eux ne soupçonnent même pas que les robots sont déjà entrés dans la vie contemporaine. Les écoliers ignorent tout de la profession et des travaux aujourd’hui effectués par les ingénieurs. Tel serait le principal problème de l’impopularité des domaines techniques et technologiques. On peut donc supposer que beaucoup des participants à ces combats de robots deviendront leurs créateurs de demain.

Quant aux jeunes filles de Vladivostok, elles souhaitent construire un jardin sensoriel. Un parc spécialement conçu pour les enfants souffrant de troubles de la vue. La ville a certes mis en place des maternelles spécialisées, mais il n’existe toujours pas d’aires de jeux pour ces enfants. En attendant, de nombreux parcs pour enfants malvoyants ont déjà été conçus et développés dans le monde : parterres de fleurs et plantes aux textures diverses, petits chemins avec différents revêtements... Il se trouve qu’en Russie, il n’existe que deux parcs sensoriels. Et si ces jeunes filles réalisent leur projet, Vladivostok accueillera le troisième jardin sensoriel russe.

Et il s’agit là seulement de deux projets sur plus de 50, imaginés par les participants de l’université d’été organisée par le Fonds de Vladimir Potanine. Le Fonds ne s’occupait auparavant que des programmes de bourses. Sur les 60 meilleures universités d’Etats choisies, seulement quelques dizaines de jeunes étudiants ont été acceptés. Pour Irina Ostarkova, directrice adjointe du Fonds, il est devenu évident qu’à un moment donné, verser simplement une bourse aux meilleurs élèves n’était pas suffisant, et qu’il fallait aider ces jeunes à devenir socialement actif. C’est alors qu’est venue l’idée de soutenir des projets, imaginés par les étudiants eux-mêmes. Le nombre de volontaires pour participer à ce concours a surpris les organisateurs, et chaque année, le Fonds compte plus d’une centaine de candidatures. Pour les meilleurs projets, les participants reçoivent une somme d’argent.

Pour l’instant, ce mouvement qui vise à soutenir des projets volontaires en Russie n’en est qu’à ses débuts. Ce qui ne veut pas dire que personne ne veut aider ceux qui sont dans le besoin. Les feux de forêts de l’année dernière ont montré comment, dans les moments difficiles, beaucoup de gens se montrent solidaires. D’ailleurs, les feux ont pu être maîtrisés en grande partie grâce à l’aide des personnes bénévoles qui se sont largement mobilisées. Mais souvent, les gens ne savent pas à qui s’adresser pour devenir volontaire. Le pays manque cruellement d’informations à ce niveau.

Et pourtant, ces jeunes ont des idées plein la tête pour rendre meilleur le monde autour d’eux, surtout lorsqu’on les y encourage. Ainsi, des étudiants de l’Université d’Etat de Tver ont réussi, de leurs propres mains, à faire changer la situation de la ville concernant le don du sang. Auparavant, le don de sang était seulement de 6 sur 1 000 habitants, un résultat très faible (un indice fort se chiffre autour de 25 à 30 donateurs). « En fait, la majorité des étudiants n’avait aucune idée de ce que signifie être donateur. De plus, de nombreux mythes négatifs tournent autour de ce thème, ce qui est extrêmement nocif, voire dangereux. Nous avons organisé une conférence dans l’amphithéâtre de l’université afin d’expliquer pourquoi il est important de donner son sang », raconte Ioulia Saranova, une étudiante qui participe au premier programme volontaire du Fonds Potanine. Résultat, lors de la journée du don, dès les 15 premières minutes, 200 étudiants étaient déjà là pour donner leur sang. Désormais, Tver organise une collecte de don de sang tous les six mois. Et les hôpitaux de la ville ne connaissent plus de pénuries.

Pour recevoir un prix, il ne suffit pas seulement d’avoir de bonnes idées. Il est aussi indispensable d’anticiper les besoins en financement relatifs à la réalisation du projet, et bien sûr de justifier ces dépenses devant un jury strict. Evaluer les possibles risques, et surtout, connaître la réponse exacte à la question : « pourquoi le fais-tu? ». Au final, les jeunes reçoivent bien plus qu’un simple prix. Ils prennent conscience qu’ils peuvent réellement changer la vie de leur université, de leur ville, et même peut-être de leur pays. Un trophée qui n’a pas de prix.

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