Optez pour la rigueur russe

À la lumière de la dernière crise qui sévit dans la zone euro, les Russes peuvent affirmer avec fierté qu’ils ont remboursé leur dette publique. À l’inverse, les dirigeants de la zone euro ont commis toutes les erreurs possibles, et continuent de les répéter. Leurs bévues mettent en évidence bon nombre de leçons déjà apprises par la Russie lors de la crise de 1998.

Aucun gouvernement ne peut accumuler de déficits budgétaires colossaux pendant de nombreuses années sans risquer un effondrement financier. De 1993 à 1998, la Russie a connu un déficit important d’en moyenne 9% de son produit intérieur brut (PIB). En 1998, l’inéluctable effondrement financier est venu frapper le pays.

Le gonflement de la dette pub‑
lique russe atteint 66% du PIB fin 1997, lorsque les investisseurs étrangers réalisent que les politiques financières du pays sont insoutenables. Ils appellent dès lors à stopper le processus. En août 1998, le gouvernement russe se retrouve en défaut de paiement sur la plupart de ses obligations domestiques, plus communément appelées les GKO, ce qui lui permet de sauver 60 milliards de dollars et de rendre ainsi le pays financièrement viable. Une coupe drastique pour les créanciers engouffrés dans la brèche.

Le krach financier relance les réformes du marché russe alors au point mort.

Le gouvernement ne peut plus se permettre les pratiques néfastes du système, notamment le troc, essentiellement utilisé pour échapper aux impôts. Sans financements autre que les recettes fiscales, il fallait rééquilibrer le budget étatique, et de 2000 à 2008, le pays connaît d’importants excédents.

En trois ans, la Russie a réalisé des coupes extraordinaires dans les dépenses publiques, avec des réductions allant de 48% du PIB en 1997 à 34% en 2000, soit une sacrée diminution en trois ans. En attendant, la Russie est passée d’un déficit budgétaire de 9% du PIB à un surplus de 3% bien avant la montée en flèche du prix du pétrole, tandis que les revenus ont connu une chute de 2% du PIB. Le gouvernement russe a eu raison : l’ajustement budgétaire s’est fait de façon rapide et brutale, principalement sur des coupes dans les dépenses publiques.

D’importante réformes structurelles ont suivi entre 1998 et 2002. La Russie adopte un nouveau barème fiscal incluant une diminution des taxes et un assouplissement pour les petites et moyennes entreprises. Elle promulgue également une série de codes juridiques comme les codes civil et douanier. À peine un an après sa cessation de paiement, l’économie russe repart à la hausse et connaît en un an des résultats similaires à la moyenne annuelle de 7% de toute la décennie. De toute évidence, les réformes introduites à la suite de la crise de 1998 sont à l’origine de cette croissance.

La Grèce et l’Union européenne pourraient profiter d’une assistance technique du ministère des Finances russe ou d’un membre de l’UE qui a connu récemment une situation similaire, comme l’Estonie, la Lettonie ou la Lituanie.

L’action de l’UE et du FMI dans la crise de l’euro ces deux dernières années n’inspire pas confiance
Anders Aslund

Beaucoup prétendent que la Russie a bénéficié d’une dévaluation de sa monnaie, qui a permis de relancer l’exportation des matières premières. Mais les profits à long terme proviennent principalement du choc de la crise et ses conséquences. La Russie n’a jamais connu de déficit du compte courant. Elle n’a donc pas eu besoin d’une dévaluation pour rééquilibrer sa balance extérieure.

En fait, le principal problème était l’énorme déficit budgétaire et son financement par des fonds étrangers. La dévaluation de la monnaie a touché la classe moyenne et a concentré les profits dans les mains des oligarques exportateurs de matières premières [et dont les gains sont en dollars] , détruisant le peu de démocratie restante.

L’action de l’UE et du FMI dans la crise de l’euro n’inspire pas confiance.

Tout d’abord, l’UE a mis trop de temps à réagir. Deuxièmement, ses actions n’ont pas été guidées par des principes clairs, et ont conduit à des conflits permanents. Troisièmement, l’ajustement budgétaire exigé de la Grèce et du Portugal ont été beaucoup plus doux que ceux de la Russie en 1998 ou des pays baltes en 2009. Quatrièmement, bien que l’UE et le FMI aient pompé une grande quantité de fonds, les montants se sont avérés insuffisants. Et dernièrement, sans principes clairs, personne n’a été capable de vendre ces programmes aux populations.

Bref, l’UE a commis presque toutes les erreurs possibles. Elle en a fait trop peu, trop tard, avec des financements trop étroits et sans principes clairs.

Anders Aslund est membre senior de l’Institut Peterson pour l’économie internationale.


Article publié dans The Moscow Times

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