A Paris, Poutine s’excuse et vend 12 SuperJets

Le Premier ministre Vladimir Poutine a présidé la signature de plusieurs accords dans le domaine de l’aéronautique à Paris et a profité d’une rencontre organisée avec des investisseurs français pour s’excuser auprès de l'entrepreneur en charge de la construction de l’autoroute Moscou-St-Pétersbourg, qui doit traverser la forêt de Khimki.

Reprise des travaux

En s’excusant auprès de l’entreprise Vinci sur le retard accumulé dans la construction de l’autoroute et en promettant de ne pas renoncer aux engagements pris antérieurement, Vladimir Poutine est sorti des tracés de sa visite pour montrer au gouvernement toute sa bonne volonté envers les investisseurs, même si cela semble nuire les intérêts commerciaux russes.

« Ces retards ont été causés par la nécessité d’une analyse de l’impact environnemental plus approfondie. Je vous remercie pour la compréhension de cette situation, mais le problème est désormais résolu », a déclaré le Premier ministre russe.

Le chantier de 5,6 milliards d’euros de l’autoroute a été suspendu l’été dernier, suite aux violentes protestations d’activistes écologistes qui se sont élevés contre la construction d’un tracé à travers la forêt ancestrale de Khimki. Le gouvernement a donné le feu vert pour reprendre les travaux en décembre.

Le vice-président de l’entreprise Vinci Yves-Thibault de Silgy a déclaré à Vladimir Poutine qu’il était déterminé à continuer d’investir dans le développement de l’infrastructure russe, ajoutant que des sommes assez importantes avaient déjà été investies dans la construction de l’autoroute.

De la coentreprise à la coopération

Plus tard, au Salon de l’Aéronautique du Bourget, Vladimir Poutine a assisté à la signature de plusieurs accords impliquant les entreprises d’aviation russes, avec 12 commandes de plus réalisées avant la fin de la journée sur le moyen courrier russe SuperJet Surkhoi. Les autres contrats concernent un accord de coentreprise entre la société publique Russian Helicopters et la filiale de l’italien Finmeccanica, AgustaWestland, pour produire des hélicoptères dans la région de Moscou, ainsi qu’un mémorandum d’intention entre le russe Energia et le français Astrium, filiale du groupe européen EADS, pour créer une coentreprise en matière de télécommunications spatiales et de sondage de la Terre à distance.

Le Premier ministre russe a ouvert sa visite mardi en assistant à l’inauguration d’un monument « à la mémoire des soldats et officiers du corps expéditionnaire russe ayant combattu sur le sol français entre 1916 et 1918 ». Il a notamment souligné que cette statue était une image de l’ « attraction mutuelle » et du « lien indissoluble » entre les deux pays.

Mais la relation est désormais commerciale, et plus militaire, et Vladimir Poutine s’est efforcé durant le reste du voyage à promouvoir l’industrie aéronautique russe, à pousser à la coopération dans le domaine du nucléaire, et à persuader les compagnies françaises qu’il est toujours pertinent d’investir dans les projets russes. Il a également déclaré aux membres de l’association commerciale Dialogue Franco Russe que les échanges avec la France « ont non seulement atteint leur stade de pré-crise, mais l’on même dépassé l’année dernière ». Concernant le plan des fusées fabriquées en Russie et utilisées pour le lancement de satellites français, et éventuellement pour le système de navigation européen Galileo, rival du russe Glonass, le Premier ministre a déclaré: « L’accord vaut plus que l’argent ». Ce qui a été conclu sera fait. Les fusées devraient décoller depuis le Centre Spatial Européen de Kourou, en Guyane française. cet automne.

La Russie vedette du Bourget

L’aviation a été le thème récurrent de Vladimir Poutine durant cette visite. Son passage au Salon du Bourget, a été l’occasion de stimuler les commandes nationales. Avec 59 entreprises russes participant au Salon international de l’aéronautique, la Russie représente une des plus importantes délégations. Ces entreprises disposent d’environ 1 700 mètres pour leurs stands, et 10 d’entre elles appartiennent à l’Agence spatiale fédérale, tandis qu’une douzaine d’autres exposent du matériel militaire.

Mais la plus grosse poussée est celle de l’aviation civile de Sukhoi, division de la Compagnie d’Aviation unifiée (CAU), qui est à l’origine du SuperJet 100. Le nouveau jet régional a d’ailleurs effectué un vol de démonstration dans l’après-midi, en présence du Premier ministre russe.

Le SuperJet est aussi un peu français : ses moteurs sont la création de PowerJet, une coentreprise entre le français Snecma et le russe NPO Saturn. Le jet est un avion de ligne moyen-courrier conçu pour répondre à la demande de ce segment en plein essor. C’est le premier avion commercial moderne produit par la Russie et destiné à relancer le secteur de l’aviation civile russe.

Malgré un lourd soutien du gouvernement, le secteur a été déstabilisé par des retards constants. En décembre 2010, Alitalia a annulé une commande pour se tourner vers Brazil Embraer, en raison de livraisons promises mais non tenues par Sukhoi.

En avril, le ministre des Transports Igor Levitin a déclaré qu’Aeroflot, qui attendait une première livraison de SuperJets en 2008, allait demander au gouvernement de condamner Sukhoi à une amende pour les retards.

Aeroflot a finalement pris la livraison de ses premiers SuperJets plus tôt ce mois-ci, et l’engin a fait son vol inaugural avec une liaison Moscou-St-Pétersbourg lors du dernier Forum économique. 170 SuperJets avaient déjà été commandés avant le début du Salon du Bourget, et mardi, le transporteur indonésien SkyAviation en a commandé 12 de plus.

La Compagnie d’Aviation unifiée est bien décidé à devenir le troisième acteur du marché mondial pour 2025, derrière Boeing et Airbus.

« Nous sommes ici pour convaincre nos acheteurs, nos acheteurs potentiels, que nous sommes capables d’atteindre tous ces objectifs que nous nous sommes posés », a annoncé à Reuters son président Mikhaïl Pogossian, à Paris.

Un marché très concurrentiel

Alors que le SuperJet vise un marché dominé par le canadien Bombardier et le brésilien Embraer, la CAU compte également sur son avion pour défier les géants Boeing et Airbus.

Le MC-21, un moyen-courrier développé par Irkut et le Bureau d’étude Yakovlev, est actuellement envisagé pour remplacer le Tu-154 et le Tu 204/214, modèles trop âgés. Un concurrent sérieux pour les avions de nouvelle génération de Boeing et Airbus. Ses concepteurs, qui ont promis que l’avion permettra d’économiser sur les coûts d’exploitation par rapport à ceux actuellement utilisés sur les vols moyen-courriers, espèrent gagner cette certification en 2016.

La Russie fonde également de grands espoirs dans le Beriev Be-200, un avion amphibie bombardier d’eau, qui, durant la démonstration de mardi, a déversé une charge d’eau sur la piste d’atterrissage du Bourget. La France pourrait être intéressée par l’achat de Be-200 pour remplacer une flotte anti-incendie vieillissante, qui devrait être retirée entre 2015 et 2017, rapporte Interfax, s’appuyant sur les documents distribués à la presse avant l’arrivée de Vladimir Poutine à Paris.

Dans le même temps, Aeroflot a commandé huit Boeing 777 long courrier pour une valeur d’environ 1,9 milliards d’euros, ont annoncé mardi Boeing et Aeroflot. Boeing a affirmé que les avions seront livrés entre 2013 et 2018.

Article initialement publié dans The Moscow Times.

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