La classe moyenne tarde à mettre la main au portefeuille

Crédits photo : Itar-Tass

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La générosité reste dépendante des revenus. Elle souffre aussi de la méfiance née des scandales qui ont marqué les activités de certaines fondations.

Vladimir Poutine croyait bien faire en entonnant « Blueberry Hill » lors d’une soirée de gala bondée de stars hollywoodiennes en décembre dernier. Le but de la manifestation était de lever des fonds pour venir en aide aux enfants atteints de cancer. L’opération a tourné au fiasco quelques semaines plus tard quand la mère d’un enfant gravement malade a révélé, dans une lettre ouverte, que l’argent promis n’avait jamais été versé sur le compte de l’hôpital où l’on soignait sa fille. On découvrit aussi que l’ œuvre caritative organisatrice ( « Fédération ») n’avait été créée que 15 jours avant la soirée de gala.

L’affaire n’est pas de nature à redonner confiance . Lev Ambinder, créateur de la « Fondation du salut russe », explique recevoir beaucoup de lettres taxant son organisation « d’autant d’hypocrisie que Fédération ». L a méfiance remonte aux scandales des années 1990, lorsque nombre d e bonnes œu vres servaient de paravent au blanchiment d’argent. Résultat, «  les gens sont très bien informés des activités des fondations caritatives, mais ils ne veulent rien savoir des problèmes d’autrui », explique Arthur Smolianinov, un acteur russe qui pratique le bénévolat depuis 2006 au profit de la fondation « Offre la vie ». Selon l’acteur, le leitmotiv qui prévaut, c’est « détournez votre regard, faites comme si de rien n’était ».

Pareille philosophie rend la charité à grande échelle impossible. Il est vrai que souvent le salaire ne suffit pas pour se nourrir et faire vivre sa famille. « On ne commence à faire des dons qu’après avoir accumulé une fortune considérable » , précise Smolianinov.

Malgré leur image ambiguë, les organismes caritatifs se multiplient, remarque pourtant Irina Yassina, une économiste. « Au début des années 2000, il n’existait qu’une seule association caritative, « La Russie à bras ouverts », pour venir en aide aux handicapés » . Elles sont désormais nombreuses à pourvoir les handicapés en fauteuils roulants et à offrir des formations aux enfants à capacité réduite. « Nous rattrapons progressivement l’Europe », assure Yassina.

Comme en Occident, la présence d’une personnalité respectée aux commandes aide beaucoup à capter l’attention du grand public. L’actrice Tchoulpan Khamatova, cofondatrice de la fondation « Offre la vie », a recueilli l’année dernière trois millions d’euros, un record absolu.

« Aux États-Unis, 90% des contribuables donnent régulièrement de l’argent [déductible du revenu imposable : NDLR] aux nécessiteux, souligne Khamatova. Pour un Américain moyen, verser une partie de son salaire à une œuvre de charité est aussi naturel que se laver les dents. Nous pouvons seulement rêver de cette manière de voir les choses ! »

Khamatova est modérément optimiste, estimant que la nouvelle classe moyenne s’ affirme peu à peu . L’altruisme fait timidement son apparition parmi ses valeurs . L’actrice place la promotion de la charité au c œur de son action, car « à l’heure actuelle l’État n’y porte pratiquement pas d’attention » .


 

Désengagement européen

 

Depuis 2002 l’Union européenne a soutenu plus de 70 projets russes de défense des droits des enfants et des handicapés. Mais le financement se réduit : si, en 2002, 9 millions d’euros avaient été affectés à ces fins, en 2011 le montant est tombé à 2 millions d’euros. Cette situation s’explique en partie par les événements en Afrique du Nord, région du monde qui demande plus d’attention. Selon le porte-parole de la Commission européenne à Moscou, Denis Daniilidis, Bruxelles ne considère plus la Russie comme un pays en voie de développement. « Les Russes 
doivent résoudre leurs problèmes tout seuls ». L’UE va toutefois continuer d’assister les organismes caritatifs russes dans leurs recherches de partenaires en Europe.

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