Raspoutine à mi-chemin entre la France et la Russie

Crédits photo : Itar-TASS

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Gérard Depardieu tourne à Tsarskoïe Selo

La réalisation du film Raspoutine, produit par la chaîne de télévision russe Rossia, a été confiée à la réalisatrice française Josée Dayan. 

Josée Dayan a plus de cent films à son actif, des chefs d’œuvre parmi lesquels Le Comte de Monte-Christo, Les Misérables, Liaisons dangereuses, Les Rois Maudits ou encore Balzac. Saura-t-elle faire revivre au cinéma un de ces moments difficiles de l’histoire du pays comme celui de la Russie à l’orée de la Première Guerre mondiale? Cela ne fait aucun doute. 

A l’affiche, de grands comédiens : Gérard Depardieu dans le rôle de Raspoutine et Fanny Ardant qui interprète l’impératrice Alexandra, ainsi que Vladimir Mashkov dans le rôle de Nicolas II.

Depardieu saura-t-il  interpréter le rôle de ce personnage mythique? La question ne se pose même pas. « Gérard peut jouer ce qu’il veut », selon l’avis de la réalisatrice Josée Dayan: « Pour un personnage comme Raspoutine, il faut un acteur singulier, comme Gérard. Depardieu rêvait de ce rôle. Et c’est lui qui m’a demandé de réaliser ce film. Sans Gérard, je ne serais sans doute jamais venue en Russie ». 

A Tsarskoïe Selo, le tournage du film se poursuit, non loin du lieu où fut jadis enterré Raspoutine. « Ce qui m’intéresse, c’est de tourner justement là où tout s’est véritablement passé », révèle la réalisatrice. « A l’endroit où l’énergie de cette époque a été conservée ».

Le Palais de Tsarskoïe Selo est un site historique protégé. Organiser le tournage sur ce lieu ne fut donc pas tâche facile. Selon Josée Dayan, « c’est Gérard qui s’est occupé de tout. Il a rencontré les personnalités officielles ».

Les adieux de Fanny Ardant à Vladimir Mashkov


La caméra filme l’une des scènes clés du film : l’impératrice Alexandra Fedorovna fait ses adieux à son époux partant pour la guerre. Fanny Ardant doit apparaître avec leurs enfants sur le seuil du palais, embrasser Mashkov, et le suivre du regard, en versant quelques larmes. Elle porte une robe vaporeuse, tout comme la toilette des enfants de l’impératrice, légère et fine. Seul Mashkov porte la tenue grave de l’uniforme militaire. Dehors, il ne fait pas plus de cinq degrés, et avec le coucher du soleil, le froid envahit les lieux de minute en minute.

Pendant les pauses, Fanny Ardant se réchauffe dans la Mercedes spécialement commandée pour elle, et elle frotte les mains des fillettes. Mashkov, immobile, se concentre entièrement sur son rôle, ramassant juste de temps à autre les mégots de cigare jetés négligemment par la réalisatrice Josée Dayan. « En souvenir », dit-il l’air amusé. 

Deux heures que les deux acteurs s’embrassent, et la scène est à chaque fois gâchée, soit par un badaud qui se retrouve malencontreusement dans le cadre, soit par Depardieu qui, vêtu d’un caban de pêcheur et d’une casquette imprimée «  Russie », se dandine avec burlesque dans des bottes de paysan russe, sur les marches du palais. Gérard se tourne alors vers Fanny Ardant et Vladimir Mashkov, lève le pouce en l’air en guise d’encouragement et reprend ses pitreries, discutant à la ronde. Il parle fort, s’esclaffe et gesticule, pour finalement attirer l’attention de la réalisatrice : on risque d’entendre sa voix sur la bande.

Bien que Depardieu n’a pas pu apporter avec lui le vin de son propre vignoble (pendant les tournages, c’est niet !), son statut de star internationale lui permet de bénéficier d’un petit wagon très confortable, où il peut se préparer, se restaurer et se reposer en attendant la prochaine scène. 

Depardieu rêve de Pougatchev


Gérard Depardieu parle avec enthousiasme de Raspoutine et de la Russie. Il raconte avec ardeur qu’il rêve depuis 15 ans de ce rôle, qu’il est un amoureux de la Russie et du caractère russe qui lui est proche et qu’il comprend :

« Raspoutine a ce tempérament russe que je retrouve lorsque je lis Dostoïevski. J’adore la littérature russe, je voudrais jouer un personnage de Pouchkine. J’aime beaucoup le personnage d’Emilian Pougatchev, par exemple ». 

Sur les lieux du tournage, la légende court selon laquelle, pendant le tournage de la scène d’assassinat de Raspoutine, Gérard Depardieu a passé deux heures allongé dans la neige sans se plaindre. Il aurait juste un peu grogné. 

Gérard Depardieu est le moteur de ce film. C’est lui qui a convaincu Josée Dayan de se lancer dans l’aventure et qui l’a recommandée aux acteurs russes Vladimir Mashkov et Constantin Khabensky, qui joue Aron, l’adjoint de Raspoutine. Il s’est même chargé de trouver les interprètes des personnages secondaires. Il a notamment proposé Yulia Snigir dans le rôle de la jeune fille qui symbolise la guerre dans le film.

Conjointement retravaillé par les parties russe et française, le scénario final est le fruit de deux cultures. Ainsi, dans la scène où la femme de Raspoutine l’attend à la maison en faisant bouillir du café, les Russes ont incité les Français à remplacer le café par du thé et son traditionnel samovar. Autre nuance subtile difficile pour un Français lorsque la femme de Raspoutine doit s’entretenir cordialement avec sa maîtresse, afin de régler leurs différents. La scène a finalement été abandonnée. 

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