Sur les pas de Bill Gates

Crédits photo : Maria Tchobanov

Crédits photo : Maria Tchobanov

Qu'est ce que réussir sa vie ? Réussit-on différemment en fonction des pays ? La réussite a-t-elle des composantes universelles ? Ce sont les questions auxquelles l'ESSEC (Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales) a tenté de répondre dans sa dernière étude sur le rapport à la réussite, menée conjointement avec l'institut CSA

Un sentiment général de réussite

 

Contre toute attente, la conception d'une vie réussie ne semble que faiblement dépendre du lieu d'origine et, selon l’enquête réalisée sur 300 personnes dans chacun des 10 pays, des modèles de réussite communs émergent. Les grandes lignes de l'étude transcendent, en effet, les frontières. Tout d'abord, dans les pays concernés, la majorité des interrogés déclarent avoir réussi leur vie. L'Inde est la grande championne à ce niveau : le sentiment de réussite concerne 90% de l’échantillon. La France prend la seconde place avec 85% tandis que la Russie se place 8e avec tout de même une large majorité de 64% des sondés. Et si une définition internationale de la réussite basée sur des critères « intimistes », à savoir la réussite familiale et sociale, semble émerger, on remarque cependant un lien fort entre la réussite professionnelle et la réussite en général.

 

 

 

Etre en harmonie avec ses proches

 

Pour les Russes, comme pour les Français, le domaine dans lequel on trouve le plus de réussites subjectives est la vie familiale qui est également le premier cité comme critère d’une vie réussie. Il devance en Russie le fait d'être amoureux et d'avoir de l'argent, qui n'arrivent qu'en 2e et 3e place, tandis que faire une belle carrière n'arrive qu'en 10e position. Une conception assez semblable à la conception française où les liens affectifs priment également. Seule différence : le critère pécuniaire - tabou persistant ou prise de position contre des valeurs matérialistes? - est relégué plus loin dans le classement. Et même dans la vie professionnelle, le domaine dans lequel l'impression d'accomplissement est le plus fort est encore une fois de l'ordre du relationnel : l’entente avec ses collègues de travail. Une donnée qui représente, selon le directeur général du groupe ESSEC Pierre Tapie, un « défi » pour l’enseignement : celui de «conjuguer […] des processus pédagogiques qui intègrent la réflexion sur soi-même et le développement des compétences techniques ».

 

Bill Gates : un modèle universel

 

Autre observation surprenante : les exemples de réussite se recoupent. Si certains pays comme l'Inde ou le Royaume Uni ont tendance à citer des businessmen locaux comme incarnation du succès, et que les hommes politiques nationaux ont la part belle dans les réponses, un nom revient dans les dix pays et prend les premières places : Bill Gates. En pole position en Russie, il devance Vladimir Poutine et Roman Abramovich.

 

 

La conception occidentale

 

Ce constat d'une définition « universelle » de la réussite dans les différents pays interrogés reste cependant à nuancer. En effet, un modèle « occidental » semble se détacher. Dans ces pays, le confort de vie est privilégié et le mythe de la petite entreprise comme modèle d'accomplissement personnel perdure. En Russie, ils ne sont que 31% à préférer évoluer dans une PME plutôt que dans un grand groupe, une proportion presque inversée par rapport à la France. Et les Occidentaux se trouvent moins prêts à faire des concessions d'ordre privé pour faire évoluer leur carrière. Les Russes, eux, comme s’en étonne Pierre Tapie, sont prêts à « donner leurs loisirs, leurs rêves et leur argent pour le succès ». De plus, si le pays ne semble pas être une variable pertinente dans la perception de la réussite, il ressort de l'étude que le sexe ou la catégorie socioprofessionnelle ont un fort impact. Enfin, le fait que l'étude ait été menée sur les tranches les plus aisées de la population pondère ces résultats.

 

L’influence de la culture

 

Selon l’enquête, la culture semble aussi jouer un rôle certain en ce qui concerne les éléments considérés comme clefs du succès professionnel. En moyenne, l'intelligence et les réseaux sont perçus comme des avantages non négligeables. Mais en Russie, un atout revient : disposer d'économies suffisantes, ce qui peut être lié avec le fait que la tendance entrepreneuriale y est plus forte, comme dans les autres pays émergeants, avec 54% des interrogés qui considèrent que monter sa propre entreprise est plus glorifiant socialement. Le pays marque aussi sa différence culturelle sur la question des composantes nationales propices à la réussite ; elle est le seul pays avec le Maroc à citer la religion dans le trio de tête après le système éducatif.

 

Les BRIC : pas de tendance globale

 

Dernier point important souligné par l'enquête : les BRIC (Brésil, Chine, Inde et Russie) constitue, selon les réponses de l'étude, un groupe très hétérogène. L'esprit d'entreprise, plus développé que dans les autres pays, constitue leur seul point commun tangible. A la question « Selon vous, réussir sa vie professionnelle, c’est plutôt : s’enrichir et accumuler ou s’enrichir et redistribuer », les Russes sont 75% à choisir la deuxième option. Un résultat « inattendu » selon les mots de Pierre Tapie, et qui contraste avec celui de la Chine où 79% préfèrent accumuler.

 

 

 

 

L’enjeu de l’étude est de taille pour l’ESSEC : savoir ce que signifie la réussite pourrait amener à revoir les méthodes pédagogiques. Comme le souligne son directeur : « Faut-il s’interdire, en tant que pédagogues, de travailler sur des éléments que les personnes considèrent comme les plus importants pour réussir leur vie ? ». L’école ne serait donc plus uniquement un lieu de transmission du savoir mais un lieu d’épanouissement, où l’on tendrait à former des cadres non plus seulement performants mais « heureux et équilibrés, capables d’un succès durable ».

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