De Gaulle, l’ami loyal des Russes

Le général de Gaulle, né il y a 120 ans le 22 novembre 1890, a toujours été considéré comme un ami proche de la Russie - ce qui était vrai à l’époque soviétique l’est encore. Il a d’abord impressionné par son courage pendant la guerre. Alors que la France semblait écrasée sous la botte ennemie, il s’est dressé en géant, tel le héros de la mythologie russe Ilya Mouromets, contre le colosse hitlérien avec une poignée de compagnons téméraires.

De Gaulle l’aristocrate avait même réussi à séduire le régime stalinien dont la propagande craignait et neutralisait tout ce qui n’était pas rouge et faucille. Au cours de l’hiver 1944, Staline avait invité De Gaulle à Moscou. Les deux hommes discutèrent pendant treize heures. Staline était-il reconnaissant envers cet étrange général rebelle, qui avait affirmé, alors que les Allemands approchaient de Moscou : « Hitler perdra, c’est impossible de vaincre la Russie ». Dans l’entourage de Churchill, on murmurait au contraire que pour Moscou, la fin était proche.

C’est en partie grâce à l’aide du partenaire soviétique que De Gaulle a pu avoir voix au chapitre aux conférences des vainqueurs, auxquelles ni Churchill ni Roosevelt n’associaient la France. Parallèlement, le chef de la France libre faisait contrepoids aux ambitions soviétiques, s’opposant à Staline pour garder l’Europe de l’Est sous influence occidentale avant même qu’elle ne soit libérée - la Pologne, si cruciale pour l’URSS, faisait l’objet d’une attention particulière de sa part. Ce qui ne l’empêchait pas de détester les nazis ni de refuser le pardon aux traîtres ou aux collabos.

Crédits photo : ITAR-TASS


Devenu président, De Gaulle reçut Khrouchtchev à Paris et fut déçu par cet interlocuteur inculte. L’aristo et le mineur d’origine paysanne n’avaient de toute évidence pas la même vision des choses. Mais le Président de Gaulle a réjoui le pays des Soviets en sortant de l’organisation militaire de l’OTAN une France à laquelle il avait redonné sa superbe. Ses contacts avec Brejnev, plus sophistiqué et initialement plus souple que Khrouchtchev, ont scellé l’entente entre les deux pays.

J’ai toujours vu en Charles de Gaulle un honnête patriote qui su arracher son pays à l’emprise des Allemands puis au danger de le voir sombrer dans le gauchisme. Quelle est la différence entre De Gaulle et ses successeurs au poste suprême ? Elle est de taille : il s’est toujours comporté comme un président, sans jamais descendre d’une marche. Par exemple au niveau d’un ministre de l’Intérieur.

Nikolaï Dolgopolov est le rédacteur en chef adjoint de Rossiyskaya Gazeta


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