Retard à l’allumage sur le carbone

Moscou a ratifié Kyoto en 2004. Crédits photo : DPA/Vostock-photo

Moscou a ratifié Kyoto en 2004. Crédits photo : DPA/Vostock-photo

Lorsque Kevin James de Climate Change Capital s’est installé à Moscou en 2005, il espérait que son entreprise, spécialisée dans la dépollution des vieilles usines soviétiques, deviendrait l’une des premières à faire fortune dans ce secteur. Hélas, il fut contraint de jeter l’éponge après seulement quatre ans d’activité, bloqué par des conflits incessants entre les ministères autour de la vente des crédits de carbone en échange d’une réduction des émissions.

« Nous avons essayé de lancer trois ou quatre projets respectueux de l’environnement en Russie, mais le bourbier politique nous a empêchés de le faire » , se souvient James.

Il faut croire qu’il est entré trop tôt sur le marché russe des droits d’émission de carbone, qui vient à peine de se former. Cette année, la Russie a donné son feu vert à quinze projets qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les secteurs concernés vont de la production de papier à l’industrie chimique. Trente millions de tonnes de crédits de carbone produits par ces projets pourraient générer près de 214 millions d’euros.

En ratifiant le Protocole de Kyoto en 2004, la Russie s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, le programme donne aux pays développés la possibilité d’investir dans la réduction des émissions des pays en développement.

« Nous avons essayé de lancer trois ou quatre projets respectueux de l’environnement en Russie, mais le bourbier politique nous a empêchés de le faire »

C’est principalement grâce à l’effondrement de l’URSS et l’exploitation des complexes d’industrie lourde datant en grande partie de l’époque soviétique que les émissions de carbone sont restées au niveau de 1990 en Russie.

Mais jusqu’à la crise financière de 2008, les autorités ne voyaient pas les bénéfices qu’on pouvait tirer des réductions des émissions, car le pays était inondé de liquidités, analyse James.

Cette attitude a changé lorsque l’argent a commencé à manquer.Le premier appel d’offres pour identifier les quinze pionniers cette année était un test. S’il s’avère concluant, d’autres projets suivront.

Il ne faut cependant pas rêver.On ne mise plus, en effet, sur les espoirs que plaçaient les investisseurs internationaux dans la capacité de la Russie à émettre près de 300 millions de tonnes de crédits de carbone et à générer ainsi une valeur de près de 2,140 milliards d’euros sur le marché, d’autant que l’avenir de celui du carbone reste incertain au-delà de 2012.

Les étrangers mènent la danse

Les firmes occidentales jouent un rôle capital dans la prise de conscience écologique des entreprises en Russie, où elles s’efforcent en particulier d’appliquer les normes internationales au niveau local. « Les avancées ne sont pas aussi importantes que souhaitées, mais la conscience et l’intérêt pour ces questions grandissent, et de plus en plus d’entreprises nous rejoignent », constate Elena Kopylova, représentante du Fonds mondial pour la nature (WWF).

Kimberley-Clark, qui a ouvert une usine près de Moscou en juin dernier, promeut une gestion responsable des matières premières en Russie, assure Cecila Ortliela, chargée de la stratégie de durabilité mondiale.

Tetra Pak Russie se procure la plupart du carton de ses emballages auprès d’un fournisseur local certifié FSC, l’International Paper de Svetlogorsk. Le fabricant d’emballages a désormais pour mission de recycler la plupart de ses produits, affirme le vice-président de la société pour la conservation de l’environnement, Alexandre Barsoukov. Le recyclage des emballages de Tetra Pak Russie n’est ni difficile, ni coûteux. Pourtant, il n’a débuté qu’il y a trois ans. La société suisse TDF Ecotech est entrée en négociation l’année dernière pour racheter une usine de recyclage dans la région de Kavkazskie Mineralniye Vody, à hauteur de 90,5 millions d’euros.

Mais les efforts environnementaux des Occidentaux ne séduisent pas tous les écologistes. « Je ne vois pas la différence entre les sociétés occidentales ou pro-occidentales, et les entreprises russes » , estime le représentant de Greenpeace Ivan Blokov, qui note que les groupes occidentaux ont tendance à assouplir leurs normes en matière de gestion durable dès qu’ils en ont la possibilité.

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