L’affaire Kachine met les autorités au pied du mur (+Vidéo)

Crédits photo : AP

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Une semaine après s’être fait violemment tabasser en bas de chez lui, Oleg Kachine, les mains mutilées et le crâne fracturé, a été tiré d’un coma artificiel. Pendant les jours qui ont suivi l’agression, des collègues journalistes, quelques hommes politiques et de rares sympathisants se sont relayés en permanence devant la préfecture centrale de Moscou. Espacés de cinq mètres - la loi russe autorise le « piquet solitaire » - ils brandissaient des pancartes exigeant que soient retrouvés les commanditaires de l’attaque. Vladimir Ryjkov, une figure de l’opposition, rentre la tête dans les épaules pour se protéger d’un vent mordant : « Nous sommes ici pour défendre Oleg Kachine, nous défendre nous-mêmes et tous les citoyens russes. Cela aurait pu arriver à n’importe qui d’entre nous ».

Dmitri Medvedev a immédiatement réagi, déclarant que « ceux qui sont impliqués dans ce crime seront punis quels que soient leur statut, leur position dans la société ou leurs mérites s’ils en ont » , sous-entendant qu’il pourrait s’agir d’hommes de pouvoir ou d’influence et que, pour la première fois, ce ne serait pas un obstacle à l’enquête. Mais les sceptiques ne manquent pas.

« C’est une réaction normale, humaine, et nous la saluons » , commente Ilia Barabanov, directeur adjoint de l’hebdomadaire d’opposition The New Times . « Mais l’histoire nous montre que ces bonnes intentions ne se traduisent jamais dans les faits. En 20 ans, aucun commanditaire d’un assassinat ou d’une agression de journaliste n’a été puni ».

Mikhaïl Fedotov, le conseiller des droits de l’homme auprès du président russe, est lui-même très prudent. « C’est un crime difficile à élucider. Pour établir l’identité des commanditaires, il faut déterminer à qui profite le crime ». Pour l’heure, les enquêteurs se sont mis d’accord sur le motif : l’activité professionnelle et l’engagement civique du journaliste.



Trois pistes se dégagent a priori. La méthode d’intimidation ressemble à celle employée à l’égard des combattants actifs contre la construction d’une autoroute à travers la forêt de Khimki : le journaliste Mikhaïl Beketov, battu et devenu estropié en 2008, et le militant de l’opposition Konstantin Fedotov, tabassé à coups de batte de baseball à peine 24 heures avant l’agression de Kachine.

Seconde hypothèse : Oleg Kachine avait refusé de présenter ses excuses au gouverneur de Pskov, Andrei Tourtchak, qu’il avait insulté dans son blogue. Enfin, le site du mouvement de jeunesse pro-Kremlin « Molodaïa Gvardia » a qualifié Kachine de « traître » et publié sa photo scellée d’un « sera puni » menaçant.

« Statistiquement, un assassinat de journaliste sur dix fait l’objet d’une véritable enquête »

La violence contre les journalistes est très fréquente en Russie. Plus de 300 d’entre eux ont été tués depuis la chute de l’URSS en 1991, a affirmé le président de l’Union des journalistes, Vsevolod Bogdanov.

« Un assassinat de journaliste sur dix fait l’objet d’une véritable enquête » , s’indigne Ryjkov. Malgré la résonance internationale de l’affaire, le meurtre d’Anna Politkovskaïa, en 2006, n’a toujours pas été élucidé.

Pour l’heure, un sentiment de colère domine parmi les journalistes russes, décidés à ne pas lâcher la garde tant que l’enquête n’a pas prouvé son efficacité. En attendant, les amis et collègues d’Oleg Kachine se plaignent de l’incurie des enquêteurs ignorant tout de la victime au moment de commencer les interrogatoires.

Novaïa Gazeta , le principal journal d’opposition, s’est indigné du fait que la vidéo de surveillance ayant capté l’agression circule sur Internet : impossible d’y reconnaître les agresseurs, les voilà rassurés. Et pour parfaire le tableau, une dirigeante de l’organisation de jeunesse « Nachi » (pro-Kremlin) a cru bon de conseiller aux journalistes souhaitant garantir leur sécurité « de ne plus donner de raisons de se faire tuer ».

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