Attentat à base de vodka

Crédits photo : RG

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Arrivé à Charles-de-Gaulle, inutile de chercher sur l’écran le comptoir d’embarquement du vol pour Moscou : il suffit de trouver le troupeau de femmes bien mises, derrière lesquelles un troupeau de maris ahane en traînant d’énormes sacs de boutiques de luxe. On peut également suivre le nuage olfactif de Chanel N°5, les deux mènent au même endroit.

Entre la salle d’embarquement et les boutiques hors-taxes, on observe un va-et-vient intéressant. Les maris gardent les bagages pendant que les épouses raflent le stock de parfums et de chocolats ; puis les maris partent à leur tour écumer le rayon des alcools et ramener en toute logique quatre cartouches de clopes : elles sont plus chères qu’à Moscou.

Embarquement immédiat dans l’avion. Manque de bol, Jean-Pierre est coincé au milieu. Côté hublot, Igor dépasse notre ami de quelques dizaines de kilos ; côté couloir, Olga-la-babouchka-qui-visite-sa-fille-exilée est non moins imposante.

À bord, c’est le cirque. Les compartiments bagages sont insuffisants pour les sacs de shopping, les babouchkas tentent de cacher leurs gros paquets sous leurs sièges. Les hôtesses engueulent les babouchkas et Igor engueule l’hôtesse qui refuse de lui servir une bière. Une demi-heure plus tard, le pilote halluciné déboule, ne comprenant pas pourquoi l’embarquement n’est pas terminé. Il sursaute en entendant un cri : l’hôtesse n’a pas apprécié que le passager du 20A, très éméché, lui mette la main aux fesses.

Finalement, l’avion décolle. Malgré l’interdiction de consommer les bouteilles hors taxes, la moitié de l’avion picole sec. Olga-la-babouchka sort le saucisson, le pain noir et le fromage, et déplie sa petite nappe. Igor, qui siffle son Baileys, engueule l’hôtesse qui refuse de lui donner un rabe de ragoût. Dans le feu de l’action, c’est Jean-Pierre qui reçoit le reste de Bailey’s sur les genoux. L’hôtesse, en larmes, décampe en classe Affaires.

Heureusement, le vol durera moins longtemps que prévu. C’est arrivé au-dessus de Varsovie : Igor fait connaissance avec Vladimir (celui du 20A). En moins de deux, ils sont copains comme cochons. Les deux comparses profitent alors du moment où les deux hôtesses du fond étaient consolées par leurs collègues du devant pour aller en griller une dans les toilettes.

Manque de bol, le petit incendie déclenché par le mégot d’Igor dans la poubelle sera difficile à maîtriser. La fumée s’intensifie, une sirène se déclenche, Igor s’énerve, brise le loquet de la porte. Malgré tout ses efforts, le steward ne parvient pas à la forcer. Vladimir, légèrement claustrophobe, hurle. Malgré tout, le calvaire arrive à son terme : l’atterrissage d’urgence s’est bien déroulé, et on dit que Minsk est une ville charmante.

François Perreault est expatrié à Moscou depuis quatre ans

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