Quand il ne suffit pas de chasser les autres marchands du temple

Sophrino exerce un quasi-monopole surla production d’objets de culte.Crédits photo : RIA Novosti

Sophrino exerce un quasi-monopole surla production d’objets de culte.Crédits photo : RIA Novosti

Sophrino est aujourd’hui la plus grande entreprise de Russie (et probablement du monde) spécialisée dans la fabrication des objets de culte. Son usine est née d’un projet remontant à la période soviétique. En 1972, les autorités communistes décident, à la demande du patriarche Pimène, d’allouer à l’Église un terrain entre Moscou et le monastère de la Trinité Saint-Serge pour y construire une unité de production. En 1980 les travaux sont terminés et les 350 ouvriers, jusqu’alors dispersés dans des ateliers aux quatre coins de la capitale, sont regroupés dans l’usine.

Mais c’est avec la perestroïka et le retour en force de l’orthodoxie que l’entreprise se développe réellement.

« Notre mérite est de concentrer en un même lieu la production de tous les objets de culte. Auparavant, il fallait courir d’un monastère à l’autre pour trouver ornements sacerdotaux, cierges, icônes », explique le recteur de l’église située dans le périmètre de l’usine.

À l’heure actuelle, environ trois mille personnes travaillent pour Sophrino. La grande majorité sont de confession orthodoxe. L’assistance aux offices n’est pas obligatoire mais recommandée... Quant aux salaires, ils sont modestes : si certains orfèvres hautement qualifiés gagnent 1 500 euros, le salaire mensuel moyen ne dépasse pas 600 euros. Quant aux avantages sociaux, portant généralement sur la médecine gratuite, les colonies de vacances et les maisons de repos, ils sont inexistants.

Sophrino a habilement manœuvré pour parvenir à une situation de quasi-monopole sur le marché des objets de culte dans le pays, et peut donc imposer ses prix. Il y en a pour toutes les bourses, de la petite croix de baptême à la chasuble en soie brodée à la machine et la panoplie complète d’un archevêque.

Reste que l’entreprise n’a pas été épargnée par la crise. Paroisses et même archevêchés n’ont pas toujours honoré leurs dettes, qui sont supérieures à la somme que l’entreprise verse chaque année au Patriarcat. Le Père Vadim s’en désole : « Nous avons été contraints de réduire le personnel de surveillance pour ne pas diminuer les salaires de nos ouvriers ».

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