Resserrer la collaboration intellectuelle

 25 000  Russes possèdent un diplôme français grâce au Collège UniversitaireFrançais de Moscou. Crédits photo : ITAR-TASS

25 000 Russes possèdent un diplôme français grâce au Collège UniversitaireFrançais de Moscou. Crédits photo : ITAR-TASS

« La démocratie, c’est comme une orange. Tant que tu n’y as pas goûté, tu n’en as pas envie. Il faut donner envie à notre jeunesse de manger des oranges ». Voilà comment Andreï Sakharov, l’intellectuel soviétique dissident, exhorte l’écrivain français Marek Halter, un beau matin de la fin des années 1980, à venir à Moscou instituer la première grande université occidentale de l’Union soviétique. Marek Halter relève le défi. Le collège universitaire de France (CUF), où l’on enseigne les sciences humaines, voit le jour en 1991. Presque vingt ans plus tard, la ministre française de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, est venue assister, jeudi 7 octobre, à la remise symbolique du 25 000ème diplôme à un étudiant en droit.

Elle a rencontré son homologue russe, Andreï Foursenko, à qui elle a fait part de l’intérêt de la France pour le projet d’une Silicon Valley à la russe, le fameux Skolkovo. Valérie Pécresse a participé à une table ronde avec des chercheurs français en Russie. L’objectif selon elle : « une meilleure intégration intellectuelle de nos deux économies ». Car les étudiants russes formés chez les Français, futurs directeurs en Russie d’Yves Rocher ou d’Auchan, potentiels responsables de médias ou, même, entrepreneurs énergétiques, constitueront de bons partenaires.

400 accords existent entre les universités françaises et russes. 4 500 étudiants russes s’inscrivent dans des instituts français chaque année – dans l’autre sens, beaucoup moins de Français semblent tentés par un séjour en Russie. Quant au 25 000ème diplômé du CUF, Artem Solochenkov, il a obtenu une bourse pour étudier le droit à Paris II. Élégant dans sa chemise blanche, il accepte de « donner envie aux jeunes Français de venir étudier en Russie », comme le lui demande le vice-recteur de l’Université d’État de Moscou, le MGU, où est installé le CUF. Derrière lui, la ministre française acquiesce avec un sourire : elle-même a effectué son stage d’études, lorsqu’elle suivait les cours de l’ENA, à l’ambassade de France à Moscou. « Le développement des liens entre la France et la Russie me tient à cœur », conclut-elle : « je ne veux pas laisser l’Allemagne devenir le seul partenaire de la Russie ».

Pour l’heure, l’orange de la démocratie n’a certes pas remporté la bataille des idées. Les collèges universitaires de Moscou et de Saint-Pétersbourg, qui organisent régulièrement des débats entre universitaires et 
des membres d’organisations représentatives de la société civile – l’un des derniers, houleux, portait sur la justice dans les pays en transition – savent sans doute interpeller la conscience de leurs étudiants.

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