Grand ménage à l’école (+Diaporama)

Des élèves scrutent avec angoisse les résultats au nouvelexamen national EGE. Crédits photos : RIA Novosti

Des élèves scrutent avec angoisse les résultats au nouvelexamen national EGE. Crédits photos : RIA Novosti

Le personnage préféré de l’émission comique populaire Nacha Racha ( Notre Russie ) est une enseignante provinciale. Snejanna Denisovna invente sans cesse de nouvelles combines pour que ses élèves lui rapportent de l’argent, au sens premier : dans l’un des derniers épisodes, elle les oblige à s’habiller en clochards pour aller mendier dans les rues. Bien qu’exagéré, ce personnage évoque une réalité indiscutable du système éducatif russe, miné par la corruption et en mal d’un « coup de balai » radical. Les incarnations bien réelles de Snejanna Denisovna sont moins drôles. La police de Morozovsk (région de Rostov) a pris en flagrant délit une trentaine d’enseignants qui passaient les examens de fin d’études à la place de leurs élèves.

Le prix demandé par un professeur pour un bon résultat à l’examen qu’il passe à la place de ses étudiants : mille euros. La police a interpellé et accusé un fonctionnaire local de l’éducation d’avoir organisé un tel examen qui s’est révélé « bidon ». La presse rapporte que les parents mécontents ont même demandé à l’enseignant de les rembourser.

Le gouvernement cherche par tous les moyens à mettre fin à ces tricheries. Plusieurs réformes du système éducatif ont été mises en place ces dernières années pour lutter contre la corruption et améliorer l’enseignement dans les lycées russes. Les examens de fin d’études secondaires ont été institués à l’échelle nationale l’an dernier, et à partir de 2011, les universités devront proposer des cursus de quatre ans qui remplaceront le programme d’enseignement quinquennal actuel, moins souple et laissant moins de choix d’options aux étudiants.

« On aime bien continuer à croire que le système éducatif russe est très bon, pour ne pas dire le meilleur du monde, tout comme son prédécesseur soviétique », se lamente Masha Lipman, une spécialiste du Centre Carnegie de Moscou. « La vérité, aujourd’hui, c’est qu’il a pris un sérieux retard par rapport aux systèmes éducatifs étrangers ».

La refonte de l’éducation russe a été élaborée pour correspondre aux normes fixées par les accords de Bologne, un traité qui définit des normes communes pour l’enseignement supérieur dans toute l’Europe. Une fois les réformes en place, les diplômes universitaires russes seront reconnus dans l’Union européenne. Aujourd’hui, ils ne le sont que dans les anciennes républiques de l’Union soviétique et les pays du bloc de l’Est. « Le fait que les meilleurs étudiants partent faire leurs études à l’étranger est un signe de l’inefficacité du système éducatif russe », estime Masha Lipman.

L’instauration d’un examen national de fin d’études secondaires (EGE), unique et obligatoire pour l’entrée à l’université, constitue le changement le plus controversé, bien qu’il ait, selon Alexandre Adamsky, membre d’un groupe de réflexion favorable aux réformes en cours, « permis d’éliminer la corruption ». Adamsky reconnaît l’existence de problèmes liés au lancement de l’EGE, mais se veut optimiste : « si un système de contrôle continu est ajouté à ces examens, les résultats seront meilleurs ».

De leur côté, les opposants au nouvel examen estiment qu’il dégrade la qualité de l’éducation secondaire, car des questions d’intérêt marginal, du type « Quelle était la couleur des yeux d’Anna Karenine ? » n’en font qu’un test de mémoire. Le système d’examination précédent était plus exigeant. D’autre part, les fraudes n’ont pas cessé. Hormis le scandale de Morozovsk, le taux de réussite, très élevé dans les républiques du sud, est très suspect.

Les salaires dérisoires des enseignants (200 euros mensuels en moyenne) restent un problème de fond. L a réforme reliera leur rémunération aux résultats obtenus par leurs étudiants et augmentera leurs revenus, estime Adamsky. Selon une étude, 36% de parents russes leur ont versé des pots-de-vin l’an dernier




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