L'expérience française exposée aux Russes (+Vidéo)

Un pompier russe combattant le feu. Crédits photo : Vostock-photo

Un pompier russe combattant le feu. Crédits photo : Vostock-photo

Les pompiers français conseillent à leurs confrères russes de ne pas arroser les tourbières en feu par hélicoptères et avions, mais de creuser autour d'elles un fossé pour empêcher la progression des incendies, a annoncé à RIA Novosti Philippe Michaud, chargé de Mission incendies de forêts au sein de la Direction de la sécurité civile du ministère de l’Intérieur français.

M. Michaud a dit qu'en 2003, la France avait vécu une situation semblable, dans des conditions critiques, plus de 60 mille hectares ont brûlé dans les départements méditerranéens. Mais la Russie est trente fois plus grande que la France, ce qui rend les comparaisons très relatives.

L'expérience française

Le représentant de l'organisme français, équivalent du ministère des Situations d'urgence russe, a raconté comment on lutte contre les incendies en France.

Tous les jours, le ministère de l'Intérieur, aidé par les services météo, dresse la carte des zones à risque d'incendie et envoie les pompiers dans les endroits où un incendie peut se déclencher dans les jours qui viennent. Les zones à risques sont contrôlées par des aéronefs.

M. Michaud a affirmé que les pompiers français savent maîtriser les foyers d'incendie dès leur apparition, selon lui, il faut agir dans les 10 minutes du début d'un incendie. Si les pompiers interviennent plus tard, l'incendie peut devenir violent, et face à ce dernier ils sont souvent impuissants.

Selon lui, la superficie de la Russie ne permet pas d'appliquer ces règles avec la même efficacité qu'en France. En France, les zones à risque sont assez limitées. Un pays tel que la Russie nécessite un nombre inimaginable d'avions pour pouvoir rendre opérationnelles de telles réserves.

Conduire jusqu'à la lisière de la forêt

M. Michaud a souligné qu'un incendie violent provoque des températures très élevées et les pompiers ne sont pas en mesure de maîtriser le feu.

Il a dit que dans ces conditions, il faut laisser l'incendie avancer jusqu'à la lisière de la forêt, jusqu'à des terres cultivées, par exemple, où on peut le circonscrire.
M. Michaud a noté que par exemple, quand le feu atteint des vignes qui ont du mal à brûler, ou des sites équipés, il peut être maîtrisé.

Par ailleurs, une loi française oblige la déforestation des zones entourant les quartiers résidentiels pour sécuriser la population contre les incendies.

Promoteurs immobiliers, ennemis des pompiers

M. Michaud affirme que la France, et en particulier la région de la Méditerranée est une région où on construit beaucoup. D'un côté, cela réduit les zones boisées, de l'autre, la population se retrouve dans des zones à risque (à cause de la proximité des forêts).

Selon ses propos, il existe des réglementations permettant à l'État de limiter la construction dans ce genre de zone, mais elles ne sont pas toujours appliquées.

M. Michaud affirme qu'il y a des zones qui représentent un risque évident, où il faut interdire les lotissements immobiliers. Or, la promotion immobilière pense que ce risque est relatif et que ces mesures peuvent entrainer des pertes financières. Car les terrains de ces zones, qui se trouvent à proximité de la mer et de la forêt, coûtent très cher et l'interdiction de construire leur fait perdre de la valeur.

Fossés autour des tourbières

Malgré l'efficacité de l'aviation dans la lutte contre les incendies ces mesures ne sont pas toujours efficaces. Et notamment, selon M. Michaud, elles ne permettent pas de lutter contre les tourbières en feu.

L'interlocuteur de l'agence a déclaré que pour résoudre ce problème il faut creuser des fossés qui permettent d'isoler les zones en feu de la végétation. Très souvent cette tache est confiée aux bulldozers. Car si on arrose les tourbières d'en haut, l'eau n'ira pas dans les profondeurs, les feux persisteront à l'intérieur et remonteront de nouveau à la surface.

Ne pas impliquer les soldats

M. Michaud a dit qu'il a entendu dire qu'en Russie, des militaires ont été réquisitionnés pour la lutte contre les incendies. Il pense qu'il y a toujours un problème de formation qui se pose, car ces gens ne connaissent pas les techniques de lutte contre le feu, et donc il est dangereux d'impliquer des gens qui peuvent avoir de mauvais réflexes.

Toutefois, en France, les militaires sont également réquisitionnés pour la lutte contre les incendies de forêts. Mais l'expert français a répondu qu'ils peuvent aider à l'évacuation des gens, à la coordination du travail des services de secours, à l'élimination de la végétation dans la zone proche de l'incendie. Les ingénieurs militaires peuvent aider dans certains travaux nécessaires.

Les militaires aident aussi à la surveillance mais pas à l'intervention directe de lutte contre le feu s'ils n'y sont pas formés.

Dans les cas d'incendies dans le sud du pays, sont également réquisitionnées des brigades de pompiers des régions où les incendies de forêt sont rares (Bretagne, Île-de-France, Est de la France).

Aide étrangère

Des aéronefs étrangers, y compris des aéronefs russes, ont participé dans la lutte contre les incendies de 2003 en France.

M. Michaud a déclaré que la France a signé des accords avec ses voisins, l'Espagne, la Grèce, l'Italie etc... La France a loué également des hélicoptères russes dans le cadre des conventions internationales, et le coût de la location était inférieur à celui du marché.



Vidéo : Les pompiers russes luttent sans relâche contre les incendies de forêt



Source : Russia Today


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