Le groupe Danone change la donne

Après une décennie de présence et d’observation sur le marché,Danone a pris d’assaut l’industrie laitière russe en rachetantson concurrent local Unimilk. Crédits photo : Anvar Galeyev, RG

Après une décennie de présence et d’observation sur le marché,Danone a pris d’assaut l’industrie laitière russe en rachetantson concurrent local Unimilk. Crédits photo : Anvar Galeyev, RG

Le rachat par Danone le mois dernier de la compagnie laitière Unimilk a braqué les projecteurs sur l’une des sociétés les plus rentables et les plus compétitives du secteur agroalimentaire russe. Le pays offre un très vaste marché avec plus de 142 millions de consommateurs. Mais en restant l’un des plus complexes de l’économie, le secteur de la transformation alimentaire est aussi l’un des plus sous-développés dans le pays.

La Russie importe toujours près de 40% de ses produits alimentaires et jusqu’à 60% des stocks des supermarchés moscovites sont alimentés par l’importation.

Avec l’acquisition que vient de réaliser Danone, c’est une véritable « guerre du lait » qui s’annonce, car après cette transaction, il ne reste plus que deux grands groupes sur le marché laitier. Danone va maintenant se retrouver face à Wimm-Bill-Dann, le plus gros producteur de produits laitiers du pays. Au cours des dix dernières années, le géant français de l’agro-alimentaire avait tenté de prendre le contrôle de Wimm-Bill-Dann, mais n’a pu aller au-delà de 18,6% du capital.

L’acquisition du concurrent Unimilk signifie un renoncement aux ambitions sur Wimm-Bill-Dann. Danone devrait logiquement revendre sa participation dans ce groupe mais refuse de s’exprimer sur ce point. En attendant, Wimm-Bill-Dann affirme être prêt à racheter ses propres parts. « Nous serions heureux de reprendre la participation de Danone », explique Sergueï Plastinine, président du Conseil de surveillance, « mais pour l’instant nous ignorons les intentions du groupe français ».

La guerre va donc inéluctablement éclater entre les deux géants du marché russe. Mais pas tout de suite, car la croissance du secteur est telle que la progression de la demande en produits laitiers va dépasser la capacité de production des deux groupes. Il y a largement assez de place pour tout le monde.

L’année dernière, les ventes de Danone en Russie arrivaient en neuvième place en volume des ventes, mais après l’acquisition d’Unimilk, la Russie va devenir le deuxième plus grand marché européen du groupe, derrière l’Espagne.

La crise de 2008 a durement frappé l’économie russe, mais le secteur du commerce de détail n’en a pas vraiment pâti. Grâce aux mesures prises par le gouvernement pour soutenir la consommation et un plan de relance massif, aucune grande entreprise russe n’a fait faillite. Les revenus réels en Russie ont continué à augmenter en 2009. En effet, les chaînes de supermarchés fortement présentes en province, comme Magnit, ont fait des bénéfices record et n’ont presque pas connu de ralentissement dans les ventes. Le principal changement dans la consommation, ce fut le passage des produits importés à prix élevés vers des produits de fabrication locale meilleur marché. C’est l’une des raisons principales qui ont poussé Danone à racheter Unimilk.

Pour Pavel Isaev, membre du conseil d’administration d’Unimilk, « il y a de fortes chances que la société française devienne le leader du marché des produits laitiers dans la CEI et surtout en Russie, même si, aujourd’hui, elle ne contrôle que 21% du marché russe ».

Aval probable des autorités russes

Pour être effective, la fusion doit encore recevoir l’approbation du Service anti-monopole russe, ce qui est loin d’être toujours évident. La décision sera rendue publique en août, mais le patron du service a déjà tenu des propos encourageants.

Globalement, l’acquisition semble avoir été bien accueillie par les sourcilleuses autorités russes, ce qui ne fut pas le cas lors de la tentative sur Wimm-Bill-Dann. Selon le premier Vice-Premier ministre Viktor Zoubkov, cette fusion est le signal que le marché agro-alimentaire russe s’ouvre complètement aux investissements étrangers.

L’officiel s’est aussi félicité que Danone apporte au secteur russe son immense expérience : « C’est un bon projet qui nous aidera à moderniser le secteur de l’industrie nationale de la transformation alimentaire ».

Unimilk a été créé en 2002 et regroupe des actifs industriels sur les territoires russe, ukrainien et biélorusse. Son catalogue de produits comprend des marques bien connues sur les marchés de l’ex-URSS, comme « Bio Balance ».

Unimilk appartenait jusque-là presque exclusivement à ses dirigeants. Seuls 10% du groupe sont détenus par le fonds de capital-investissement chinois CIPEF.

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