Timides progrès au sommet russo-européen de Rostov

Les relations entre l’Union européenne et la Russie ont traversé des moments difficiles et une longue période de morosité, atteignant leur nadir en août 2008 pendant la guerre entre la Russie et la Géorgie. Mais la crise économique qui a causé des répercussions dans le monde entier force les uns et les autres à rechercher des débouchés commerciaux pour sortir de leur situation d’endettement actuelle. Le président de l’UE Herman Van Rompuy a déclaré aux journalistes, à l’issue de la réunion, que le bloc de 27 membres veut devenir un partenaire privilégié de la Russie pour une Europe plus compétitive et diversifiée. Van Rompuy a ajouté qu’à la différence des Américains, les Européens sont habitués à travailler dans cette voie. « Avec la Russie, nous n’avons pas besoin de redemarrer à zéro. Nous voulons juste une « avance rapide », a-t-il précisé, faisant référence à la « remise à zéro » des relations entre Moscou et Washington l’an dernier.

Avec des pertes affichant des centaines de milliards de pétro-dollars, le rythme des réformes en Russie a ralenti au cours de ces dernières années et l’État a commencé à exclure activement certains investissements des secteurs considérés comme stratégiques pour l’économie. Mais après une chute impressionnante du cours du pétrole, l’économie s’est arrêtée brusquement, plaçant le Kremlin devant un gros déficit budgétaire.

La crise a également convaincu le gouvernement russe qu’il n’a pas d’autre choix que de diversifier l’économie, basée actuellement sur les ressources naturelles. Pas d’autre choix donc que d’entreprendre de profondes réformes et d’attirer les capitaux étrangers.

« La Russie va s’écrouler si l’on ne modernise pas sa structure sociale et son économie », a déclaré le président russe Dmitri Medvedev aux membres de la chambre supérieure du Parlement la veille du sommet. « Nous n’avons pas d’alternative. Si nous ne parvenons pas à nous moderniser, le pays va s’effondrer et l’économie va se dégrader ».

Le changement de direction était déjà en cours l’année dernière, mais sa nécessité est apparue encore plus nettement lors du sommet UE-Russie. Le Kremlin a adopté cette année une nouvelle politique, pragmatique et respectueuse des investissements étrangers, selon ce qu’on a pu apprendre concernant le document normatif élaboré par le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. La nouvelle approche du gouvernement russe propose de former « des alliances pour la modernisation » avec au moins 14 États membres de l’UE comme partenaires de la Russie.

Les principaux membres de l’UE ont réévalué leurs relations avec la Russie. L’Allemagne a depuis longtemps été le « meilleur ami » de la Russie au sein de l’Union. En ce qui concerne la France, le renouveau de l’amitié entre les deux pays est plus récent. Depuis le changement de gouvernement en Pologne, un nouveau climat s’est instauré entre Varsovie et le Kremlin, et une évolution semblable se dessine à Londres, également tentée par un rapprochement. Reste les États baltes, irréductibles adversaires. Mais leurs problèmes économiques les ont contraints à plus de pragmatisme dans leurs relations avec la Russie. Quant aux pays de l’Europe du Sud, ils ont fait appel à Moscou avant tout le monde pour tenter d’attirer les capitaux.

Le sommet s’est déroulé sous le thème de la « modernisation des relations », et la main de partenaire tendue par le Kremlin été rapidement saisie par les dirigeants de l’UE. Les objectifs du programme de modernisation portent notamment sur le renforcement de la primauté du droit, la lutte contre la corruption, l’amélioration du climat d’investissement en Russie et un soutien pour favoriser l’adaptation à la réglementation technique européenne.

Lilit Gevorgyan, analyste chez Global Insight, constate que « La Russie souhaite se présenter en partenaire dynamique offrant des possibilités lucratives pour les entreprises de l’UE, en mettant particulièrement l’accent sur la modernisation. Aucun point à l’ordre du jour n’a amené à un accord contraignant, mais ce n’était pas le but. Le sommet devait mettre un terme au climat d’hostilité entre l’Est et l’Ouest et permettre de construire une relation de travail entre l’UE et la Russie ».

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