Les banques prêtent pour des achats plus modestes

La croissance des crédits à la consommation a connu un coup d’arrêt l’an dernier, brutalement freinée par des taux d’intérêt sur une période de six mois ayant atteint un record de 80%, à la limite de l’absurde.

Le 1er juin dans l’après-midi, une longue queue se forme devant l’un des magasins de la chaîne Svyaznoï (sorte de Darty russe), en plein centre de Moscou. Passeports à la main, les clients déposent des demandes de crédit à la consommation pour acheter, qui un nouveau téléphone portable, qui un appareil photo numérique.

Cette scène n’aurait guère pu être observée il y a encore douze mois. La queue, s’il y en avait eu une, eût été beaucoup plus courte, et les demandeurs du crédit - plus fébriles de se voir sèchement éconduits. Mais aujourd’hui, les consommateurs ont repris confiance. Les banques ont adouci leurs exigences. Les crédits à la consommation ont pratiquement atteint le niveau de demande des années d’avant la crise.

Les taux d’intérêt sont redescendus aux alentours de 50%, un niveau certes très élevé. Les cartes de crédit sont un phénomène récent en Russie et le nombre de cartes émises par les principales chaînes de magasins connaissent une croissance exponentielle. Environ un tiers des achats effectués dans les enseignes d’électroménager sont réalisés à l’aide d’un crédit.
Michael Toutch, directeur des opérations de Svyaznoï, se réjouit de voir son programme de crédit monter en puissance, avec une croissance de 20 à 25% attendue en 2010. Par ailleurs, tout comme en 2007, 65% des demandes de crédit dans ses magasins sont acceptées, contre seulement 35% l’an dernier.

Un succès qui s’explique par le fait que les opérateurs bancaires, partenaires d’enseignes comme Svyaznoï, sont sortis des difficultés et considèrent que les emprunteurs sont désormais en mesure de rembourser les prêts. Alexeï Levtchenko, patron de Renaissance Credit (troisième sur le marché russe) se rappelle avoir gelé tous les nouveaux prêts en septembre 2008. Aujourd’hui, la situation de la banque s’est stabilisée et celle-ci a même acheté 14 filiales de la Barclays Bank à la fin du mois de mai pour relancer son développement.

Le potentiel du marché russe de la consommation ne fait guère de doute. Les dépenses des ménages atteignent près de la moitié du Produit intérieur brut (PIB), mais la plupart des achats sont effectués en espèces. Les emprunts des consommateurs ne représentent que 8% du PIB.

Toutch reconnaît que les règles du jeu ont changé à Svyaznoï après la crise. Bien que le volume des crédits passant par ses magasins cette année soit en très forte hausse, le nombre d’unités qu’il vend a augmenté de 27% seulement. Le résultat, c’est une baisse de la taille moyenne des prêts de 12% environ. En d’autres termes, le Russe moyen achète davantage de téléphones portables, ou de caméras numériques, mais il choisit des modèles moins chers.

Un point sur lequel Toutch et Levtchenko sont d’accord, c’est que la confiance des consommateurs est loin d’être entièrement revenue. Or cette confiance est l’élément clé pour que la Russie puisse revenir aux forts taux de croissance précédant la crise. « Il est très difficile de calculer le degré de la crainte », considère Levtchenko. « Elle jouera probablement un rôle de moins en moins important, mais elle est encore fortement présente dans les esprits. La reprise, c’est logique, ne démarre pas comme une Ferrari ».


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