L’univers chaotique du « Bio »

En réalité, les produits véritablement sains ne représententpas plus d’1% de l’offre alimentaire globale.Crédits photo : Anatoly Tiplyashin, Fotoimedia

En réalité, les produits véritablement sains ne représententpas plus d’1% de l’offre alimentaire globale.Crédits photo : Anatoly Tiplyashin, Fotoimedia

L’ère des magasins vides tombe progressivement dans l’oubli et les Russes commencent à être plus vigilants sur la qualité des produits qu’ils consomment. La mode est désormais à la nourriture saine. Le problème, c’est que les rayons des magasins sont envahis d’aliments qui n’ont souvent de « diététique » que le nom.

Un habitant de l’URSS atterrissant dans un banal supermarché de notre époque penserait à coup sûr que les forces de l’au-delà ont décidé de le récompenser subitement en l’envoyant au paradis. Les magasins alimentaires soviétiques offraient une réalité déprimante : viande en conserve, laitue de mer et pelmeni douteux. Obtenir un bout de saucisson, même le moins cher, relevait de l’exploit.

Désormais, les amateurs de bonne chère sont gâtés. Mais tout a un prix : les problèmes de santé et de poids ont aussi fait leur apparition. En prenant conscience des conséquences néfastes de l’abondance, les Russes s’interrogent de plus en plus sur ce qu’ils consomment. « À cause de mon surpoids, mon cœur ressemblait à un biceps de culturiste. Les médecins m’ont dit que si 
je ne perdais pas des kilos immédiatement, il ne tiendrait pas », raconte Ivan Boutman, ancien sportif, aujourd’hui chef de 
département d’une banque moscovite. « J’ai dû passer à des produits allégés en matières grasses ».

Selon les données du département de la Santé de Moscou, 38% des Moscovites souffrent de surcharge pondérale. Deux fois plus qu’il y a douze ans. D’autres chiffres interpellent aussi : 48% des décès en Russie sont dus à des infarctus, 37% à des congestions cérébrales. Cette statistique inquiétante des maladies cardio-vasculaires a stimulé l’intérêt pour la nourriture saine. La moitié des Russes cherchent désormais à acheter des produits écologiques, selon un sondage réalisé par la compagnie Nielsen à l’automne 2009. Qui plus est, 75% des Russes préfèrent acheter des produits russes, qu’ils considèrent plus sains, assure Dwight Watson, directeur de Nielsen Russie.

Dans les supermarchés de Moscou, on trouve aujourd’hui des sachets de salade avec des ingrédients inhabituels ; des yoghourts faisant baisser le cholestérol ou encore des produits laitiers avec 0% de matières grasses ; des produits bio, qui améliorent la flore intestinale, font baisser les taux de glucose dans le sang ou réduisent les risques de diabète.

Le groupe français Danone est naturellement sur les rangs avec un produit « sain » : des laitages de la marque « Danakor » dont la consommation quotidienne, assure le producteur, permettra de réduire de 10% le niveau de cholestérol, en trois semaines.

« Maintenant le matin je ne mange que des yoghourts. C’est vrai que je dépense beaucoup plus en nourriture », ajoute Boutman.

Le marché de l’alimentation saine : en plein devenir

Le directeur du Partenariat non commercial pour le développement de l’agriculture écologique et biologique, Andreï Khodous, remarque qu’une tendance est en train de se former : l’intérêt pour la production nationale. « La demande pour les produits bio importés est en baisse, elle est en hausse pour les produits russes. Par conséquent, la production nationale pour le marché intérieur augmente elle aussi », note Khodous.

Les études de l’Institut de l’agriculture biologique montrent que pour l’heure, le marché des produits bio en Russie reste très modeste : 60 millions d’euros. « De nombreux produits se font passer pour bio, les emballages portent les mentions éco, bio, naturel, etc., ce qui permet au producteur d’augmenter ses prix à l’unité et attirer le consommateur », prévient Lidia Seryoguina, directrice du site Seryoguina.ru.

« Il n’y a pas encore de critères rigoureux, imposés à tous », dit Andreï Khodous, « la part de l’alimentation pseudo-saine atteint les 60-70% dans certains segments. En réalité les produits sains ne représentent pas plus d’1% de l’offre alimentaire globale ».

Le changement des habitudes alimentaires concerne pour l’instant surtout les habitants des grandes villes. La province est à la traîne. Mais le changement se profile à l’horizon. Le service fédéral de surveillance et de défense des droits des consommateurs, prévoit d’introduire des normes sur l’alimentation saine afin de donner aux producteurs et aux consommateurs les repères nécessaires.

Malgré un rythme de croissance encore lent, le potentiel de développement du marché de l’alimentation saine en Russie est significatif. À titre de comparaison : aux États-Unis, le marché des emballages portant l’indication « organique » a augmenté de 19,3% en 2007, et de 9,4% en 2008. En Russie, on commence à faire la réclame de la vie équilibrée, et le pays devrait suivre la tendance générale, si les producteurs parviennent à assurer un niveau convenable de qualité et de prix.

« J’ai fini par comprendre qu’un changement de régime à lui tout seul ne résoudra pas mon problème de poids. Il faut impérativement changer de mode de vie », conclut Ivan.

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