Le grand retour de l’icône

Cette îcone a probablement appartenu au Tsar Nicolas II.Photo d’Anton Belitsky, Photoxpress

Cette îcone a probablement appartenu au Tsar Nicolas II.Photo d’Anton Belitsky, Photoxpress

Les images dorées de saints orthodoxes ont repris leur place traditionnelle dans les cœurs et l’environnement visuel russes : signe d’un large regain d’intérêt pour la peinture des icônes.
Aujourd’hui, on voit des icônes partout en Russie : coiffant des puits ou au pied de sources ; au bord des routes et des chemins de pèlerinage ; dans les magasins, les datchas ou les galeries d’art. Elles matérialisent aussi bien le renouveau de la foi nationale qu’un intérêt accru pour l’histoire et l’art russes.

Depuis la chute du régime communiste il y a vingt ans, l’Église orthodoxe russe jouit d’une popularité sans précédent. Les pèlerins forment d’interminables files d’attente pour de l’eau bénite ou des bénédictions pascales. Presque chaque village ou banlieue est en train, vient ou projette d’ériger une immense église en pierre coiffée de dômes étincelants.

Les icônes sont essentielles à la décoration de toute église orthodoxe. L’iconostase - une cloison décorée d’icônes, du sol au plafond - sépare l’espace principal où prient les fidèles et l’autel où célèbre le prêtre. D’autres images sacrées recouvrent les murs. De nombreux foyers orthodoxes possèdent un « angle sacré » : une ou plusieurs icônes accrochées sur un tissu brodé, illuminées par une veilleuse.

L’église de la Vivifiante Trinité à Orekhovo-Borisovo symbolise parfaitement la nouvelle orthodoxie russe qui a repris confiance en elle-même. Achevée de 2004, avec un peu en retard pour célébrer le millénaire du christianisme russe, l’imposant édifice aux dômes azurés est l’un des lieux de culte les plus importants de Moscou. Trois mille fidèles peuvent se réunir dans la nef spacieuse, devant une iconostase de marbre et de porcelaine dorés.

La paroisse possède son propre atelier d’art et une école de théologie qui enseignent l’iconographie à des classes bondées de petits et de grands, tous les week-ends. « Nous sommes débordés », affirme Svetlana Alexandrovna, une des gérantes, « tout le monde veut apprendre à peindre des icônes ! ».

La peinture d’icônes et de fresques religieuses était la principale pratique artistique dans la Russie d’avant Pierre le Grand. Les moines du XVe siècle, comme l’illustrissime maître Andreï Roublev, adaptaient la tradition byzantine. Ces dernières années, un débat tendu s’est engagé sur la question de savoir quel était, des églises ou des musées, le meilleur endroit pour conserver les icônes.

Davina Garrido de Miguel, une artiste reconnue et primée, a dû attendre un an et demi avant de pouvoir intégrer une école d’iconographie. « Il faut être religieux et pratiquant pour peindre des icônes », explique-t-elle. « Les jours où nous peignons, nous ne mangeons pas de viande et nous prions avant de commencer le travail. Le processus traditionnel consiste à poser une planche à plat et superposer des couches de tempera à l’œuf très diluée, l’une après l’autre, pour construire l’image. C’est ce qui m’attire le plus : une technique ancienne, compliquée, qui s’enseigne forcément par un maître, que l’on ne peut ni improviser ni apprendre dans les livres ».

Igor Voziakov, ancien directeur financier de Loukoïl et propriétaire de la nouvelle Maison des icônes, a amassé une collection de trois mille pièces, dont un dixième seulement sont exposées.

« Durant le XXe siècle, il était impossible de voir des icônes ou même de découvrir de quoi il s’agissait », se souvient Marina Katchousova, la directrice du musée : « c’est la connaissance qui est essentielle ». La porte-parole Ekaterina Vassina renchérit : « Nous ne cherchons pas à convertir nos visiteurs. Nous voulons leur montrer la beauté de la foi du peuple russe ».

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