Des relations « amicales et sans complaisance »

« Personne n’a de leçons à donner à la Russie,mais il n’est pas interdit de poser des questionscar notre relation amicale le justifie ».Photo de Dimitri de Kochko

« Personne n’a de leçons à donner à la Russie,mais il n’est pas interdit de poser des questionscar notre relation amicale le justifie ».Photo de Dimitri de Kochko

Pour Hervé Mariton, député et président du groupe d’amitié parlementaire France-Russie, les deux pays sont parvenus au stade de la « maturité » même si des questions demeurent en suspens.
Qu’est-ce qui a changé dans les relations franco-russes ces dernières années ?

Il y a, des deux côtés, une volonté d’aboutir à des résultats. Une nouvelle maturité qui fait qu’on ne prétend pas que tout est parfait, qu’on ne prétend pas faire des miracles et qu’on a l’intelligence de ne pas sous-estimer un certain nombre de difficultés. La relation politique et la relation économique sont liées. Mais ce n’est pas parce qu’on a de bonnes relations politiques que les difficultés économiques s’aplaniront spontanément. Ce rêve qui a longtemps accaparé la diplomatie française me paraît aujourd’hui surmonté. Tant mieux !

On est sorti des simplifications naïves pour entrer dans une approche plus mature des relations.

Comment l’Assemblée nationale peut-elle contribuer à ces relations ?

À l’Assemblée, on a souvent évoqué la question des visas par exemple. En règle générale, dans le cadre des contacts réguliers avec la Douma, nous nous intéressons à la situation des entreprises françaises en Russie. L’année croisée ou la préparation de Sotchi 2014 sont de ce point de vue des cadres opportuns de consultations. Il y aura une réunion de la Grande Commission parlementaire le 7 juin à Paris, avec trois sujets à l’ordre du jour : notre relation économique dans le contexte actuel de crise, l’Arctique et l’enseignement du français en Russie et du russe en France.

Les relations économiques se sont sensiblement améliorées. Il reste que les PME des deux pays continuent de se heurter à des difficultés. Comment améliorer les choses ?

Nous constatons le succès de nombreux projets. En même temps il faut reconnaître que la situation de l’état de droit en Russie n’est toujours pas parfaite pour le climat des affaires. Je regrette que l’entrée de la Russie dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ait disparu de l’ordre du jour immédiat. Cela n’empêche pas les entreprises de faire des affaires. Mais la Russie, c’est un marché qui n’est pas simple pour les PME.

L’exemple de ce que fait Peugeot avec Mitsubishi est intéressant. Le climat de Kalouga a été plus propice que d’autres. Les contextes régionaux sont importants. Il y a d’autres endroits où cela a parfois été plus compliqué, plus laborieux.

Il y a parfois des différences pour d’autres raisons : regardez Auchan et Carrefour, deux exemples, l’un d’une réussite, l’autre d’un échec.

Je m’intéresse aux transports et je suis le dossier de l’autoroute entre Moscou et Saint-Pétersbourg. L’enthousiasme de Vinci sur l’affaire est parfois tempéré par nos amis russes qui m’alertent sur le fait que les codes forestier, foncier ou rural russes ne sont peut-être pas tout à fait au point pour permettre à Vinci de réaliser l’opération dans les délais espérés … C’est la vie. Le monde est compliqué. Il n’empêche que si l’état de droit était mieux établi, ça serait tout de même plus heureux. J’aimerais que la Russie entre dans l’OMC et que cela reste un objectif exigeant mais utile.

Personne n’a de leçons à donner à la Russie. Pour autant, il n’est pas interdit de poser des questions et de mettre le niveau assez haut car justement, notre relation amicale avec la Russie le justifie.

L’Union européenne éprouve quelque difficulté à adopter une attitude commune dans ses relations avec la Russie. Comment jugez-vous son évolution ?

L’anti-russisme des pays de l’Europe de l’Est est heureusement en train de s’affaiblir. La Russie a fait intelligemment évoluer les relations avec ces pays-là. L’exemple de la reconnaissance des événements de Katyn est emblématique. Je salue à ce propos la présence du président Medvedev aux obsèques du président polonais.

Ensuite, on butte sur des aspects tactiques, ce qui est fréquent avec les Russes, dans un certain nombre d’enjeux, dont le domaine énergétique. Les Russes considèrent qu’il est préférable d’avoir des relations bilatérales et non russo-européennes. C’est à nous, Européens, de considérer que nous devons avoir une relation bilatérale mais aussi une relation Union européenne-Russie.

Le dossier OMC, actuellement mis entre parenthèses, est typiquement un dossier européen. On voit dans ce cas que nos amis russes pratiquent un peu le « diviser pour mieux régner » . C’est classique et légitime de leur part. C’est plutôt à nous de mieux articuler nos positions pour défendre les enjeux européens, plutôt que de se laisser diviser par nos amis russes.

L’Europe et la Russie ont-elles intérêt à adopter une position commune face à d’autres puissances, comme la Chine par exemple ?

La question qu’il faut évoquer d’une manière amicale et franche est celle des relations avec la Chine. Est-ce que les Russes mesurent l’importance de la dynamique démographique, économique, stratégique chinoise ? Nous la mesurons dans l’Union européenne. Il ne s’agit pas de faire une « alliance » russo-européenne contre la Chine. Je ne suis pas du tout dans cette vision là. En même temps, il y des sujets comme les routes économiques ferroviaires des exportations chinoises vers l’Europe occidentale par la Russie ou le Kazakhstan. Et il y a d’autres dimensions. Il faut en parler d’une manière russo-européenne. Il faut mettre du grain à moudre dans la relation entre la Russie et l’UE. Il me semble que d’autres partenaires de la planète pourraient y être associés.

La Russie n’est pas dans l’UE et n’a pas vocation à y entrer. Mais la Russie est évidemment en Europe et nous devons l’assumer comme telle. Cet ancrage, d’un point de vue culturel, intellectuel, scientifique, civilisationnel, est très important. Quand on connaît la Russie, c’est une évidence. Mais ça l’est davantage pour les Russes que pour nous. Nous avons parfois une vision bien trop desséchée de l’Europe. Il faut que nous redécouvrions l’évidence de « l’Européanité » de la Russie.


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