Une nouvelle église russe au coeur de Paris

Dans un entretien avec le président Nicolas Sarkozy en 2007, l’ancien Patriarche Alexeï II a exprimé son désir de construire une église à Paris. Aujourd’hui, le Patriarche Kirill, élu en février 2009, s’apprête à réaliser l’ambition de son prédécesseur, après que l’Agence russe de gestion immobilière a acquis un terrain au cœur de Paris.

Selon une déclaration du Ministère des Finances, la Russie a fait une meilleure offre que les gouvernements du Canada et de l’Arabie Saoudite (qui espéraient, respectivement, construire une ambassade ou un bureau diplomatique et une mosquée), et une entreprise privée projetant l’érection d’un hôtel. Ce site de Météo France est estimé à plus de 50 millions d’euros, bien que les détails de la transaction n’aient pas été révélés.

Météo France devrait quitter le quai Branly l’année prochaine. Les plans du projet ne sont pas encore dévoilés, mais Viktor Khrekov, porte-parole de l’administration russe, a informé les médias que le chantier commencera quand les météorologistes auront déménagé, et a laissé entendre, optimiste, que tout serait prêt d’ici deux ans. Il a jouté que certains bâtiments existants seraient conservés, d’autres démolis. Un appel d’offres pour le projet architectural est la prochaine étape, et les candidats français ont reçus une invitation (un peu tiède) à y participer.

Le gouvernement français considère que l’offre russe n’est pas seulement la plus élevée, mais aussi la plus intéressante. Il serait question de construire une église sur le terrain nouvellement acquis, avec un séminaire qui déménagerait de l’extérieur de la capitale. Le président du comité des affaires internationales de la Douma, Konstantin Kosatchev, a dit au Nesweek russe que le site serait donné à l’Église Orthodoxe Russe (EOR).

Pour le porte-parole de l’EOR, Fiodor Riabykh, « l’érection d’une cathédrale orthodoxe deviendra un symbole d’amitié et de spiritualité entre les deux pays. Cela signifie que le gouvernement français attache une attention toute particulière au développement des relations avec notre pays ».

L’EOR cherche à rassembler le troupeau

L’église orthodoxe qui devrait être construite sous la Tour Eiffel sera la première commande du gouvernement russe en dehors de Russie depuis 1917, considère Viktor Khrekov. Ce n’est pas une coïncidence que le pays d’accueil soit la France. Depuis l’élection du Patriarche Kirill, la France est prioritaire dans le programme d’extension de son influence sur la diaspora russe, qui s’est dispersé en Europe occidentale et aux États-Unis après la révolution bolchévique. Le séminaire qui va bientôt déménager d’Épinay-Sous-Sénart est le premier que l’EOR ait fondé hors ex-URSS, l’an dernier. En outre, le 20 janvier, le tribunal de Nice a décrété que la cathédrale Saint-Nicolas est la propriété de l’État russe.

L’Association russe orthodoxe de Nice a déclaré qu’elle fera appel, dans ce procès qui dure depuis quatre ans, illustrant les difficultés des autorités religieuses basées à Moscou dans la reconquête d’un diocèse éclaté. La réunification avec l’Église russe hors-frontières s’est faite en 2007, mais demeurent encore les paroisses russes qui dépendent du Patriarcat de Constantinople, qui gère aussi l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris et d’autres paroisses sur le continent européen.

Pour certains, ces activités récentes des autorités religieuses moscovites sont une tentative de mainmise sur des biens de valeur, et une volonté de dominer l’orthodoxie russe à travers le monde. D’autres relèvent que le Patriarche Kirill cherche à réintroduire la spiritualité dans les sociétés laïques occidentales. C’est dans ce but également qu’il a entrepris, avec le Pape Benoit XVI, à réchauffer les relations avec le Vatican.

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