L’OTAN est-il le principal ennemi ?

Nouveaux mots, vieilles menaces

Alexeï Nikolskiï, Vedomosti

Le président Medvedev a entériné une nouvelle version de la doctrine militaire, censée remplacer l’ancienne, qui date de 2000. Elle dresse une typologie des menaces modernes et des mesures générales que doit prendre la Russie pour les neutraliser.

Sur la question clé des conditions dans lesquelles l’arme nucléaire peut être utilisée, la doctrine reprend l’ancienne position. La Russie s’octroie le droit au recours à l’arme nucléaire en cas d’agression nucléaire et non nucléaire, contre elle-même ou contre ses alliés, lorsque « l’existence même de l’État est menacée ».

Parmi les menaces militaires extérieures, au premier rang « la volonté de l’OTAN de mondialiser ses fonctions, rapprocher des frontières russes l’infrastructure militaire des pays membres de l’OTAN, notamment par la voie de l’élargissement du bloc ». Sont également cités le développement d’un système stratégique anti-missiles et d’armes stratégiques conventionnelles, les conflits locaux, le terrorisme.


Tu ne frapperas pas le premier

Aliïa Samigoullina, Olga Bolotova, Gazeta.ru

Dans le projet du document à la disposition de Gazeta.ru, la position permettant à la Russie de recourir à l’arme nucléaire non seulement en cas d’agression, mais également « en réponse à une menace de recours à l’arme nucléaire » a disparu.

Désormais, la Russie ne s’autorise à avoir recours à l’arme nucléaire qu’en cas d’agression. Dans le même temps, la définition du terme « agression » a également disparu. Ce mot désignait tout recours à la force armée illégal du point de vue de l’ONU, direct ou indirect, par un Etat contre la souveraineté et l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre état ou peuple. L’agression n’est plus définie dans la doctrine.


Doctrine anti-militaire

Olga Bojieva, MK

En affirmant que nous pouvons avoir recours à l’arme nucléaire même lorsque des armes conventionnelles sont utilisées contre nous, nous reconnaissons ne pas posséder l’armement adéquat pour résister à une attaque non nucléaire. Nous ne serions capables de retenir l’agresseur qu’en le menaçant sans cesse. Beaucoup voient dans une telle interprétation l’agressivité d’une Russie « qui se relève ». Mais pour les spécialistes, il s’agit plutôt de la preuve de notre faiblesse, y compris dans la sphère de la stratégie nucléaire. L’ingénieur nucléaire Petr Belov, expert du Comité de la défense à la Douma, insiste que « nous ne pourrons faire ainsi peur à nos agresseurs potentiels que jusqu’en 2015-2017. Notre système d’armes de destruction massive se dégrade, alors que croissent les possibilités de déploiement d’un système antimissile américain, et nous n’aurons pas les moyens de faire peur aux États-Unis, car leur potentiel sera deux à trois fois supérieur au nôtre ».

En outre, alors que l’OTAN était désigné comme notre principal ennemi dans la doctrine, le président Medvedev donnait son accord définitif pour l’achat du porte-hélicoptères français Mistral. Ne serait-il pas plus juste de classer un tel « ennemi », avec lequel on prévoit de collaborer à la fabrication de matériel de guerre, dans la rubrique « priorités de la coopération politique, technique et militaire » ?

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