Un symbole de foi

Le dernier film de Pavel Lounguine, Tsar, ne raconte pas tant le destin d’Ivan le Terrible, dont la figure a fasciné peintres, écrivains et cinéastes russes, de Repine à Eisenstein, que l’opposition entre pouvoirs laïc et ecclésiastique. Beaucoup ont été outrés par l’humble résignation des serfs face à la cruauté arbitraire d’Ivan le Terrible et des ses opritchniki. Les tenants de la poigne de fer, qui voient dans Staline un écho d’Ivan, ont critiqué l’interprétation de Piotr Mamonov : le tsar ressemble davantage à un fol-en-Christ qu’au dompteur implacable de Pskov, Novgorod, Kazan, et, au passage, de son propre peuple. Bref, en Russie, ce film a déjà provoqué d’âpres débats, moins esthétiques qu’historiques et politiques. Mais il semble que tous aient oublié, ou manqué de noter la base historique du film. En tant qu'ancien directeur de l’Agence fédérale de la culture et du cinéma, qui a financé en partie le projet de Lounguine, j’ai assisté à la conception de Tsar. J'ai noté que le réalisateur avait demandé et obtenu la bénédiction du Patriarche Alexis II.

L’opposition entre Ivan et le métropolite Philippe n’est pas qu'un conflit entre deux personnages historiques hors du commun. Tsar est une tentative réussie d’aborder l’un des thèmes les plus sensibles de l’histoire russe. Le conflit entre l’Église et l’État marque presque toutes les étapes de l’histoire de la Russie. Les seigneurs laïcs ont prétendu non seulement au pouvoir sur la vie sociale et physique de leurs sujets, mais aussi sur les cœurs et les esprits. Le principe « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » n’a jamais été suivi par les souverains russes. Pierre le Grand s’est même intronisé à la tête de l’Église, en révoquant le Patriarche. Le système patriarcal n’a été restauré qu’au lendemain de la révolution de 1917... pour subir la répression des bolchéviques. L’Église orthodoxe russe n’est devenue libre que dans la Russie nouvelle d’après 1991, tout comme les citoyens de Russie. Ils ont entre autres obtenu la liberté de conscience, qui n’est pas déterminée par les nécessités d’État. La liberté de chercher la vérité et la foi. Le film de Pavel Lounguine montre à quel point ce chemin est tragique.Hier, aujourd’hui, toujours.

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