Sus aux pays de transit ! Le Kremlin développe tous azimuts sa « tuyauterie »

Un ambitieux programme de modernisation des pipelines se met en place pour assurer la pérénnité du secteur énergétique russe. Les tensions incessantes avec les pays de transit et le vieillissement des « tubes » ont contraint Moscou à redessiner son réseau et à l’étendre.
Bien que le secteur énergétique affiche un fonctionnement dans l’ensemble stable, l’état et le niveau technique des installations opérationnelles deviennent critiques, selon le chef du Conseil des industries pétrolières et gazières de la Russie et ancien ministre des combustibles et du secteur énergétique, Youri Chafranik. Compte tenu de la nécessité pour la Russie de s’affranchir de sa dépendance envers les pays de transit et son intention d’élargir sa présence sur les marchés effervescents d’Asie, Moscou a par ailleurs estimé que la construction de nouveaux pipelines serait plus logique que la rénovation des anciens.

Gazprom note que 38% des gazoducs du groupe sont âgés de 10 à 20 ans, et 18% d’entre eux ont plus de 33 ans (la durée de vie moyenne d’un gazoduc est de 30 ans). Au cours de la dernière décennie, l’industrie du gaz russe a procédé à la reconstruction de plus de 10 gazoducs, ainsi qu’au remplacement et à la modernisation des moteurs à turbine des stations de compression. Cependant, il est impossible de rapiécer indéfiniment les ferrailles soviétiques qui commencent à rouiller.

Selon Andreï Kobyakov, le plus profitable d’un point de vue stratégique pour la Russie est de construire de nouveaux réseaux de tuyauterie, ce qui résoudrait en outre partiellement le problème de la dépendance envers les pays de transit, notamment l’Ukraine, la Biélorussie et la Pologne.

Parmi ces itinéraires alternatifs, les projets tels que le Système d’oléoducs de la Baltique (BTS-2), Nord Stream et South Stream sont examinés. Le pipeline BTS-2 amènera le pétrole russe (la capacité du projet est de 50 millions de tonnes) jusqu’à Oust-Louga où, actuellement, se construit le port le plus important de Russie, avec un trafic de marchandises prévu de 120 millions de tonnes par an (plus de 2/3 de la capacité portuaire de l’Ukraine entière). Les nouveaux projets de gazoducs sous-marins, Nord Stream et South Stream, sont destinés à remplir des fonctions similaires. Ainsi, le Nord Stream devrait passer par le fond de la mer Baltique, depuis la côte russe vers Vyborg jusqu’à la côte allemande à proximité de Greifswald, et le South Stream devrait contourner l’Ukraine de la côte de la mer Noire jusqu’à la Bulgarie ou la Roumanie, puis continuer jusqu’au sud de l’Italie et jusqu’à l’Autriche. Les deux gazoducs, Nord Stream et South Stream, sont appelés à remplacer totalement le réseau de transport de gaz de l’Ukraine qui, pour le moment, reste la seule et unique voie d’acheminement du gaz russe vers l’Europe. Le débit total des deux gazoducs s’élève à 118 milliards de mètres cubes par an, soit la capacité actuelle du transit du gaz de l’Ukraine.

Conformément à sa nouvelle stratégie énergétique, la Russie va seulement développer certains éléments de l’infrastructure existante du secteur énergétique : des gazoducs (Nord Stream et South Stream) et des oléoducs en direction de l’est (l’oléoduc Sibérie orientale - océan Pacifique connu aussi sous l’acronyme russe VSTO), mais aussi l’extension des infrastructures d’exportation du gaz naturel liquéfié (GNL) et des produits pétrochimiques. La stratégie énergétique prévoit également la reconstruction des centres de transbordement maritimes existants et la construction de nouveaux centres de transbordement pour l’exportation des produits pétroliers et du GNL (Extrême-Orient, Primorski kraï et Krasnodarski kraï, régions de Leningrad et de Kaliningrad).

La modernisation du secteur énergétique comporte encore un aspect urgent : celui des économies d’énergie. Actuellement, une unité de production en Russie consomme trois fois plus d’énergie que dans les pays occidentaux, et même 1,5 fois plus d’énergie que par le passé, en Union soviétique. Selon les estimations du ministère de l’Industrie, lorsque ce gaspillage sera maîtrisé, on observera une augmentation de la production dans le secteur énergétique de 250 millions de tonnes d’équivalent pétrole par an.

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