Gaïdar est parti – son équipe reste

Il reçut cette appellation en hiver 1991, alors que Egor Timourovitch Gaïdar occupait officieusement le poste de vice-Premier ministre chargé de la politique économique. Il ne devait jamais devenir officiellement Premier-ministre. Le 16 juin, le président Boris Eltsine l’appela à exercer ces fonctions, mais au mois de décembre, après le refus du Soviet Suprême d’entériner sa nomination, Gaïdar démissionna.

Gaïdar dirigea donc l'économie russe pendant un an seulement. Depuis, neuf Premiers ministres se sont succédés, dont la plupart sont restés en place beaucoup plus longtemps que Gaïdar. Cependant, beaucoup se souviennent jusqu’à présent des « réformes de Gaïdar », ainsi que des postulats principaux de sa nouvelle politique économique: libéralisation des prix, stabilisation financière, lutte contre l'inflation, et privatisation.

Cette expression, « l'équipe de Gaïdar », n’est pas apparue par hasard, mais par analogie à la formule littéraire: « Timour et son équipe », tirée d'un livre pour enfants très populaire dont l'auteur - le grand écrivain soviétique Arcadi Gaïdar - n'était autre que le grand-père du réformateur.

Et, de la même manière que ce nom s’est ancré dans la réalité, le mouvement des «timourovtsi», qui aidaient les personnes âgées et en général les couches socialement non protégées de la population soviétique, devint réel. A l’automne 1991, pratiquement toute la population du pays a perdu sa protection sociale, et les produits alimentaires de base ont disparu des magasins. On croyait alors à Gaïdar et à son équipe comme à un miracle. Vers le printemps, les étalages des magasins se sont remplis de nouveau, alors que les discussions sur la nécessité de cette « thérapie de choc » ne sont toujours pas closes. Gaïdar était alors une figure encore plus impopulaire que ne le devint ultérieurement un membre de son équipe, Anatoli Tchoubaïs.

Gaïdar fut le premier à faire plusieurs pas qui paraissaient exotiques à ses contemporains. En 1991, il fut l’un des fondateurs du journal anglophone Financial Business News – le premier à traiter du monde des affaires en URSS. En avril 1992, à la session de FMI - BIRD (Fonds Monétaire International - Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement), il fut le premier fonctionnaire russe à faire son discours en anglais. En 1993, il forma le premier bloc préélectoral progouvernemental « Choix démocratique de la Russie » et a été élu sur ses listes à la Douma d’Etat.

Ce fut son « Institut de l'Economie des Problèmes de la Période de Transition » (IEPPT) qui, le premier, établit un programme réaliste de passage de l'Armée à une base contractuelle, avec la suppression progressive de la conscription. Malgré la résistance de tout le corps des officiers généraux, le passage à l'armée contractuelle commença, la durée de service fut réduite de moitié, et, cette année, la réforme en profondeur des Forces armées prit un bon départ.

C’est Gaïdar qui fut appelé par Boris Eltsine lors de la séance extraordinaire du Conseil d’Etat quand éclata la crise de 1998. L’attitude du gouvernement envers les recommandations de l’ancien Premier-ministre est encore discutée, mais le rétablissement de l'économie russe six mois après ses réformes reste un fait établi.

Gaïdar n’était pas un critique passionné du pouvoir, mais il ne fut jamais conformiste non plus. En 1991, pendant le putsch orchestré par le Comité d’Etat pour l’état d’urgence, il fut parmi ceux qui prêchaient la défense de la Maison blanche (bâtiment gouvernemental russe situé dans la capitale, ndltr). En 1994, il condamna le déclenchement de la guerre en Tchétchénie. En 2008, il quitta le parti de droite lorsqu’il sentit que celui-ci était entre les mains du Kremlin.

L'équipe de Gaïdar, presque 20 ans plus tard, continue d’influencer la politique et l'économie du pays. Alexandre Chokhine, Ministre du travail et de l'emploi dans le gouvernement de Gaïdar, est aujourd’hui Président de l'Union russe des industriels et entrepreneurs (URIE). Ella Pamfilova, ex-Ministre de la sécurité sociale, est aujourd’hui Présidente de la Commission présidentielle pour la promotion de la société civile et des droits de l'Homme. Nikolaï Fedorov, ancien Garde des Sceaux, est aujourd’hui Gouverneur de Tchouvachie. Anatoli Tchoubaïs, Président du Comité d'Etat de la gestion effective des biens d'Etat, est aujourd’hui Président du conseil d'administration du holding d'Etat « Rosnano » (Société d'Etat chargée des nanotechnologies, ndltr). Sergueï Choïgou, Président du Comité d'Etat des situations d’urgence, en est aujourd’hui le ministre.

Maria Gaïdar, sa fille, une jeune militante de l'Union des forces de droite (UFD), actuellement vice-Premier ministre chargée de la politique sociale du gouvernement de la région de Kirov, faisait sans aucun doute également partie de son équipe. Cette région est la seule gouvernée par un démocrate, le dernier président du parti fondé par Gaïdar - Nikita Belikh.

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