Fini le rêve du mari étranger

Photo by Oleg Nikishin, Epsilon

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Selon les derniers sondages du site internet SuperJob, seules 7 % des femmes sont prêtes à se marier avec un étranger, 12% n'ont pas d'opinion précise, les autres manifestent un refus catégorique. L'opinion générale a été résumée par l'une des interrogées: «Les hommes russes sont certes des rustres, mais ils sont proches et chers à nos coeurs».
Ceci est d'autant plus étrange qu'il n« y a pas si longtemps, le « Prince Charmant venu d'un pays lointain » était l'Homme des rêves de 90% des femmes sur le territoire de toute l'ex-Union Soviétique. Et ce n'était pas qu'un simple rêve. C'était quelque chose de beaucoup plus, c'était une « roue de secours », un passeport pour une vie familiale heureuse. En effet, la femme russe moyenne âgée entre 18 et 65 ans croyait dur comme fer qu'il lui suffisait de convoler avec son héros étranger pour résoudre tous ses problèmes (mari ivrogne, patron oppresseur, éternel manque d'argent). Car Il viendra, l'élu généreux, gentil, attentionné, dont l'archétype est le Richard Gere de « Pretty Woman » ou le Kevin Costner de « Bodyguard ».

D'où venait cette certitude ? Il se trouve qu'après la chute du « rideau de fer », les femmes russes, se sont entendu dire de tous les côtés qu'elles étaient considérées comme les plus belles femmes du monde. Vrai ou faux, peu importe. Il suffisait d'y croire, et y croire faisait plaisir...

Bien entendu, cette légende n'est pas née du néant. La version la plus probable est que les quelques femmes qui avaient eu le droit de voyager hors de l'URSS étaient réellement belles (je ne serais pas étonnée si, s'agissant du prestige du pays, ce genre de décisions n'avaient été prises par les plus hautes autorités). C'étaient les artistes de l'ensemble de danse « Moïsseyev », les ballerines du théâtre Bolchoï, sans parler des actrices du cinéma soviétique qui brillaient aux festivals de Cannes et de Venise. L'auréole de beauté de certaines représentantes du pays s'est propagée par miracle au reste de leurs compatriotes.

Il est tout à fait normal que, dans ces conditions, nombreuses furent celles qui voulurent en profiter. Au début des années 90, il n'y eut que les paresseuses pour ne rien entreprendre pour lier leur vie à celle d'un étranger. Il est même étonnant que toute la population féminine du pays n'ait pas émigré à cette époque (ce sont certainement les paresseuses qui sont restées). Les belles histoires de « cendrillons » russes ayant trouvé leur prince charmant venu de loin passaient de bouche à oreille. Remercions les agences matrimoniales apparues dans presque toutes les villes. Étant donné que ni l'âge, ni le physique des « cendrillons » n'avaient grande importance, tout le monde avait sa chance.

La suite du conte de fée a été révélée beaucoup plus tard, lorsqu'Internet est devenu accessible au grand public. Il s'est trouvé que les princes étrangers ne correspondaient pas souvent aux fantasmes de la ménagère et n'avaient pas obligatoirement une villa luxueuse et un yacht, comme le rêvaient les fiancées. Le déménagement dans un pays occidental n'équivaut pas à un passage automatique au paradis. A un moment donné, la presse russe a été totalement submergée par des histoires dramatiques sur les mariages de Russes avec des étrangers, avec parfois une fin tragique. Actuellement deux histoires de ce genre sont au centre des discussions : deux mères ont d'abord amené leurs enfants en Russie - contrairement aux décisions de justice - ensuite, les pères étrangers ont kidnappé ces enfants et les ont ramenés dans leur pays.

Les psychologues travaillant sur ce sujet, de leur côté, sont persuadés que 80% des foyers de ce type sont voués à l'échec, cela à cause des motivations différentes au sein du couple.

Bien sur, les femmes russes aiment les fleurs, la poésie et autres choses romantiques. Mais parfois, elles restent très terre à terre. (A ce propos, tout récemment, j'ai lu, à l'arrière d'une voiture qui roulait devant moi, une inscription très amusante : « Prête à me marier pour la durée de la crise ». Comme on dit, toute plaisanterie contient une part de vérité). Dans les dures années 90, de nombreuses femmes ne cachaient pas que le fiancé étranger n'était qu'un « moyen de transport ». Cela s'apparentait à: « j'irai vivre dans un pays prospère et après on verra ». Ce qui a donné lieu à de drôles de situations lorsqu'une une jeune et belle femme ayant fait des études au conservatoire national de musique épousait un vieux garagiste. Bien sûr, les garagistes ont eux aussi droit au bonheur, mais il est très probable que dans des conditions normales le destin ne les aurait pas réunis.

D'un autre côté, les fiancés étrangers, lassés de leurs compatriotes émancipées, comptaient trouver dans les épouses russes une variante européenne des femmes Philippines : dociles, serviables et, en plus de cela, éternellement reconnaissantes à leur mari de les avoir tirées de la « galère ». S'attendre à ce que les femmes russes soient dociles et serviables est vraiment naïf. Une femme russe peut être docile si elle veut obtenir quelque chose d'un homme, par exemple, se faire épouser. Quand cet heureux évènement se réalise, les priorités changent tout de suite. Il existe une blague qui illustre parfaitement ce phénomène : une femme vient pour la première fois chez un homme et ils passent ensemble une nuit merveilleuse ; au matin, elle se réveille et la première chose qu'elle dit est : « on mettra le canapé là!".

Mais même si cela paraît étrange, après avoir été échaudés par un mariage avec une femme russe, de nombreux étrangers ne perdent pas espoir de trouver leur bonheur et reviennent sur les sites matrimoniaux à la recherche de fiancées russes. Apparemment, leur vie manque d'adrénaline. Nous avons une bonne nouvelle pour eux : environ 25% des femmes russes rêvent de trouver leur bonheur dans un mariage avec un étranger. Sauf qu'elles appartiennent désormais à la catégorie des »55 ans et plus ». Mais quand on rencontre le Grand Amour, l'âge ne compte pas...

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