Le carburant de la démagogie

Il faut bien comprendre que la cote ne traduit pas le degré d'un soutien réel, mais plutôt l'indifférence de la société à l'égard de ce qui ce passe « en haut ». Lorsqu'elle baisse, cela signifie que les citoyens deviennent moins indifférents aux événements.
Des prix élevés paralysent l'économie et ses acteurs, ralentissent les réformes, atrophient le pouvoir et le peuple. Une cote de popularité élevée des dirigeants décourage l'activité politique, rend superflue la démocratie, et favorise l'apathie des citoyens.

Les cotes actuelles transforment nos dirigeants en créatures célestes. En politique, il existe un « seuil de réalité »: si l'indice descend vers la barre des 50%, nos dirigeants commencent à se sentir ramenés au rang de simples politiciens. Pour échapper à ce sentiment de vulnérabilité désagréable, deux solutions: visser les boulons ou entrer dans le jeu de la concurrence politique. C'est-à-dire faire ses preuves devant des auditoires très larges, concevoir des tactiques cohérentes, adopter une stratégie, non plus seulement déclarative, mais réelle, afin de maintenir son rang dans l'arène politique. La faiblesse des prix du pétrole et celle de la popularité du pouvoir sont propices à la création d'un environnement concurrentiel et à la diversification économique et politique.

La première est l'indice d'une économie de marché saine, la seconde, le signe de l'existence dґune concurrence démocratique.

Au fond, les deux conditions sont à l'avantage du gouvernement, des entrepreneurs, des hommes politiques et du peuple russe. La concurrence politique n'exclut la possibilité d'une forte popularité de tels ou tels hommes politiques. Mais elle les oblige à ne pas se contenter de pratiquer l'autopromotion et le populisme, à agir concrètement et efficacement.

C'est la même chose dans le cas du pétrole : si les prix sont bas, le vendeur doit se démener et améliorer son efficacité pour dégager des bénéfices dans un marché où règne la loi de la demande.

C'est ce qui caractérise le contrat social de la période des prix faibles du pétrole, qui est aux antipodes d'une conjoncture où le cours du baril s'envole. Dans ce dernier cas, le contrat est le suivant: laissez-nous gouverner à notre guise et en échange, vous obtiendrez une petite part de notre rente gigantesque. Lorsque le baril est au plus bas, la rente est faible, elle doit par conséquent être distribuée de manière plus équitable. L'État veille alors au bien public, sans démagogie ni intervention excessive dans nos vies. Vous nous laissez travailler normalement et nous vous payons des impôts en contrepartie.

Andreï Kolesnikov est un journaliste indépendant. Il a collaboré notamment avec les Izvestia.

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