Taroussa : repos à la russe

Le mode de vie de cette ville n’a pratiquement pas changé au cours de ces deux derniers siècles. Crédit : Elena Potapova

Le mode de vie de cette ville n’a pratiquement pas changé au cours de ces deux derniers siècles. Crédit : Elena Potapova

Située à 140 km au sud de Moscou, la petite ville provinciale de Taroussa se dresse sur la rive gauche du fleuve Oka. Les citadins venant passer ici leurs vacances désignent souvent cette agglomération sous le nom de « Barbizon russe ». C’est un endroit idéal pour un séjour à la nature dans les traditions russes. Au printemps, Taroussa, bercée par le chant du rossignol, baigne dans un délicieux parfum de lilas faisant naitre des poèmes.

Vieille de plus de 750 ans, cette ville a connu des incursions des Tatars de Crimée au XVIe siècle et une invasion de troupes de Napoléon. Toutefois, ce ne sont pas les batailles mais les célébrités y ayant vécu qui font la gloire de Taroussa. Les peintres Vassili Polenov et Viktor Borissov-Moussatov ainsi que la poétesse Marina Tsvetaieva s’y sont installés, faisant de cette petite ville la capitale artistique de la province russe.


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L’écrivain soviétique Konstantin Paoustovski, fou amoureux de Taroussa écrivait : « Je n’échangerais pas la Russie centrale contre les beautés les plus magnifiques et les plus célèbres du monde. Je donnerais toute la pompe de la baie de Naples, avec sa fête de couleurs, pour un saule mouillé par la pluie poussant sur les rives sablonneuses de l'Oka ou pour la petite rivière sinueuse Tarousska... »

Taroussa vit grâce au tourisme et au fleuve. L’Oka approvisionne toute l’année cette commune en poisson, quant à la navigation, la saison dure du 1er juin à la mi-septembre.

Les Russes aiment Taroussa pour l'odeur d'herbes qui flotte dans l'air, son ambiance poétique d’antan et ses couchers de soleil magnifiques.

Le soir, lorsque le soleil se noie dans l’Oka, des nuées de hannetons tournent en ronde au-dessus du fleuve. Quant aux rives, elles sont parsemées de pêcheurs. C’est dans cette ambiance que le peintre Polenov a créé ses tableaux et que Marina Tsvetaieva a écrit ses poèmes.

Où se loger

Pour séjourner à Taroussa, vous pouvez vous rendre au club de vacances Iakor, situé au bord de l’Oka (séjour un jour/une nuit à 25 euros ; consultez le site Internet de l’hôtel (en russe). Le club héberge en outre un petit café. 

Ceux qui préfèrent la nature, vont aimer l’hôtel Serebrianny vek. Les amateurs de fast-food peuvent visiter le café Jar-pizza, situé sur la place centrale de Taroussa.

La future poétesse se rendait à Taroussa depuis pratiquement sa naissance. Son père, Ivan Tsvetaiev, fondateur du Musée des Beaux-Arts de Moscou, louait chaque été une datcha dans le village de Pesotchny, non loin de cette ville. Leur datcha n’a pas survécu ; les souvenirs de Marina Tsvetaieva décrits dans ses œuvres sont tout ce qui reste. Un musée consacré à la poétesse se situe en plein centre de Taroussa. Ses murs sont ornés de vieilles photos des quatre enfants de la famille Tsvetaiev. Sur un des clichés, on peut apercevoir Galia, une amie de Marina, destinée à devenir plus tard célèbre Gala Dali. Le musée est ouvert de 10h à 17h toute la semaine, sauf le lundi.

Cette ville compte toujours de nombreux résidents remarquables. En passant par la rue Schmidt, vous remarquerez sans doute le musée privé de Sergueï Jarov. Ce bricoleur crée des sculptures et des meubles originaux et, à partir de vieux moteurs, engrenages et tuyaux d'échappement. Dans cette maison inhabituelle, on trouvera un fauteuil fait de machines à coudre Singer et des lampes design fabriquées en tuyaux de fer ainsi qu’une collection de fers à repasser et de disques vinyles de Fiodor Chaliapine. « Je suis menuisier et c’est avec ce métier que je gagne ma vie. L’argent gagné suffit pour m’adonner à mon hobby : pratiquement chaque week-end, je vais à Moscou pour me procurer une nouvelle pièce pour mon musée. J’aurais pu déménager à Moscou il y a longtemps, mais je n’ai pas envie. Ici ont vécu mon père et mon grand-père, ici c’est ma patrie. Cet endroit magnifique donne l’envie de créer.  

Le mode de vie de cette ville n’a pratiquement pas changé au cours de ces deux derniers siècles. Comme avant, dans la manufacture locale, on fabrique des vêtements uniques en laine, et les bricoleurs locaux confectionnent des figurines en terre noire. Les habitants de cette ville sont aussi bavards, amicaux et hospitaliers qu’il y a deux cents ans. Quant aux routes, elles sont aussi abominables que par le passé… Les habitants racontent qu’au début du XXe siècle, un touriste américain est mort noyé dans une énorme flaque d’eau, en plein centre de Taroussa. Cette rumeur était si répandue que le marchand Prokhorov, devant la boutique duquel s’étendait la flaque d’eau boueuse, a été contraint de faire paver la place centrale avec son propre argent.

A Polenovo en quête d’inspiration

Pour s'y rendre

La meilleure voie pour se rendre à Polenovo, c’est le fleuve. Un aller-retour en bateau dure près d’une heure. Mais si la rivière n’est pas encore navigable, vous serez obligés d’aller faire un tour en voiture ou en bus. Pour ne pas vous enfoncer dans les routes sableuses le long du fleuve, allez à Polenovo depuis le sud, via l’autoroute M2 et Serpoukhov. Le domaine est ouvert de 11h à 21h, les musées sont accessibles jusqu’à 18h en été et jusqu’à 16h en hiver.

Il ne faut pas omettre la vicissitude des routes russes si vous programmez une visite dans l’ancienne propriété du peintre Vassili Polenov, située sur l’autre rive de l’Oka, non loin du village de Bekhovo. Cet endroit mérite d’être visité au moins pour ses magnifiques paysages fluviaux. Le peintre a conçu sa propriété de façon qu’elle l’inspire à créer des chefs d’œuvre. Une maison à grandes fenêtres remplie de lumière, un atelier réalisé dans un style gothique « abbaye », une magnifique forêt de pin et le jardin : tout est son œuvre.

La maison contient une riche collection de tableaux appartenant au propriétaire et à ses amis : Ilya Repine, Viktor Vasnetsov, Ivan Kramskoï et Ivan Chichkine. Les propriétaires actuels du domaine-musée Polenovo restent fidèles aux traditions de leur ancêtre : la propriété accueille des concerts de musique symphonique et des classes de maître de poterie et de sculpture sur bois.

Une fois à Polenovo, ne ratez pas l’occasion de faire une promenade à pied le long de la rive du fleuve jusqu’au village de Bekhovo. C’est là, sur la Falaise de l’amour, dans un cimetière rustique très simple, que gisent Vassili Polenov et sa famille. Juste en face se situe l’Église de la Trinité, construite d’après les dessins de l’artiste. Si vous vous y trouvez une semaine après Pâques, on vous permettra, d’après une vieille tradition russe, de sonner les cloches. Et n’oubliez pas de regarder tout autour de vous : la vue qui s’ouvre depuis le clocher est vraiment saisissante.

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