Fontenay va recréer l’univers magique de Ladislas Starewitch

« Le lion et le moucheron » (1932), d’après une fable de La Fontaine, l’un des six courts métrages présentés sur le DVD « Les Fables de Starewitch ». Source : Service de presse

« Le lion et le moucheron » (1932), d’après une fable de La Fontaine, l’un des six courts métrages présentés sur le DVD « Les Fables de Starewitch ». Source : Service de presse

Mal connu du grand public, Ladislas Starewitch fut l’un des précurseurs du cinéma d’animation. Sous l’impulsion de sa petite-fille, son œuvre va être exhumée à Fontenay-sous-Bois.

Au cinéma Kosmos de Fontenay-sous-Bois, ville de la proche banlieue parisienne, Léona Martin-Starewitch présente avec émotion des films qu’elle connaît les yeux fermés. Entre fierté et déférence, elle commente le travail méticuleux de son grand-père, ponctuant ses propos d’anecdotes familiales.

Voilà vingt ans qu’elle reconstitue une œuvre dispersée et tombée dans l’oubli : acquisition de pellicules, restauration, édition de DVD. Cette année vient récompenser sa détermination puisqu’en septembre, la ville de Fontenay consacrera une exposition au réalisateur. La Halle Roublot reconstituera l’univers de l’artiste, son studio de montage avec marionnettes, sa collection de papillons et de coléoptères.

Né à Moscou de parents polonais en 1882, Ladislas Starewitch grandit à Kovno, en Lituanie. Touche-à-tout, il s’intéresse au dessin, à la peinture et à l’entomologie. C’est son intérêt pour les insectes qui le mène au cinéma : photographe pour le musée ethnographique de Kovno, il veut montrer à ses élèves un combat de lucanus cervus.

Il tente de les filmer, mais ces coléoptères à larges mandibules se figent à la lumière. Il utilise alors des insectes naturalisés qu’il met en mouvement, image par image. Son premier geste cinématographique est né.

S’il tourne également des films avec acteurs en Russie, c’est le cinéma d’animation qui apporte à Starewitch la notoriété. Il est embauché par Alexandre Khanjonkov, influent producteur de Moscou qui assure la promotion de ses films. En 1911, La Cigale et la fourmi lui vaut d’être décoré par le Tsar lui-même et est diffusé à plus de 140 exemplaires.

Mais à la révolution, Starewitch quitte Moscou pour Yalta, puis fait le choix de l’émigration lorsque l’industrie cinématographique est nationalisée par les Bolcheviks. Commentant de vieux clichés, la descendante du réalisateur raconte la vie de Starewitch comme celle d’un personnage de roman.


Stanislas Starevitch et sa double caméra, vers 1925. Source : Service de presse

Avec femme et enfant, il fait escale à Constantinople avant de rejoindre l’Italie. Un voyage de deux ans qui le conduit à Joinville-le-Pont, haut lieu du septième art et foyer de Russes émigrés.

En 1924, Starewitch acquiert une propriété à Fontenay-sous-Bois et y installe son studio de tournage. Travaillant un temps pour des productions françaises, il revient rapidement aux méthodes artisanales du cinéma d’animation. 

« Mon grand-père créait tout lui-même. Quand il avait besoin d’un instrument, il l’inventait ; quand il avait besoin d’un effet spécial, il le faisait ; quand il avait besoin d’une marionnette, il la faisait ! Seules ses filles Irène et Nina l’aidaient parfois », raconte Léona.

Fasciné par les mouvements du corps animal, il cherche des modèles vivants. Son personnage Fétiche, héros d’une série de films, est une reproduction de son propre chien. Mi-peluches, mi-bêtes sauvages, les marionnettes de Starewitch n’ont pas grand-chose à voir avec l’anthropomorphisme mignon des héros de Disney.

Le critique de cinéma Hervé Aubron loue une esthétique singulière qu’il rapproche de la taxidermie. « Starewitch anime de l’inerte, projette de l’humain sur des êtres étranges »

À l’aube des années trente, il tourne en collaboration avec sa fille aînée Irène son premier long-métrage sonore, Le Roman de Renard, considéré comme le premier du cinéma d’animation. C’est tout un casting animal qui prend vie : les personnages, habillés de daim, de velours et de cuir, respirent, cillent et pleurent. Son chef d’œuvre.

« Starewitch a été sollicité pour aller à Hollywood, mais il a refusé. Il aimait trop son indépendance », souligne Léona. Mais le succès n’est plus le même à l’après-guerre : on juge son cinéma naïf et passé de mode. Il réalise pourtant des films jusqu’à sa mort, en 1965.

Son œuvre semble aujourd’hui redécouverte : elle suscite l’intérêt de cinéastes contemporains comme Terry Gilliam qui en fait l’une de ses références. Il y a du ­Starewitch chez Tim Burton, mais aussi chez Wes Anderson dont le Fantastic Mr. Fox apparaît comme un hommage au rusé Renard.

Passionnée par l’héritage de son grand-père, Léona Starewitch a restauré l’ensemble des films tournés en France. Ils seront présentés à l’« exposition virtuelle » qui accompagnera la manifestation organisée à la Halle Roublot.

L’exposition consacrée à Ladislas Starewitch
sera présentée du 8 au 21 septembre prochain à la Halle Roublot de Fontenay-sous-Bois (94).

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