« Je veux parler à l'enfant qui a grandi »

Source : Archives personneles

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Le court-métrage « Astigmatismo » de l'animateur russo-espagnol Nicolaï Troshinsky, déjà très remarqué lors du festival d'Annecy, fait partie de la compétition internationale du festival ANIMA 2014 à Bruxelles.

Votre dernier film s'appelle Astigmatismo... Est-il autobiographique ?

À certains égards, mais le titre est plutôt métaphorique. Dans le film, une petite fille prend les lunettes à un garçon : c'est l'idée d'être aveuglé par quelqu'un.

Et c'est pour cela que vous avez décidé de rendre aveugle votre équipe !

Oui ! Ce sont des gens avec qui je travaille depuis très longtemps. Eux, en revanche, ne se connaissaient pas du tout, et je n'ai pas voulu qu'ils se rencontrent pendant le travail sur le film. Personne ne savait ce que faisaient les autres, et tous n'avaient que très peu d'indications : c'était une expérience !

Mais cela a donné lieu à des coïncidences qui ont bien fonctionné : chacun de leur côté, Cecilia Ramieri et Pierre Sauze ont réalisé des décors et des sons sous l'eau! 

Quels sont les dessins animés que vous aimiez quand vous étiez enfant ?

 Norstein, bien sûr ; mais aussi Ivan Maximov. Un de mes dessins animés préférés russes s'appelait Braquage à l'américaine, à la française, à l'italienne et à la russe. Ce sont des parodies des films de braquage de l'époque avec des caricatures des comédiens tels Alain Delon ou Catherine Deneuve. Cela semble adulte, mais ce sont des dessins animés assez élaborés pour enfants.

C'est ce qu'on ne peut plus faire maintenant : il y a, dans ce dessin animé, tout ce qui est interdit pour enfants. De la violence, du sang, des tirs, des gens qui fument, voire des scènes assez suggestives - et à l'époque, ça passait à la télé pour enfants. Aujourd'hui, ce serait impossible !

Ce mélange, est-ce quelque chose que vous essayez d'atteindre en tant qu'illustrateur ?

 J'ai toujours ce souvenir d'avoir aimé quelque chose quand j'étais enfant, de le revoir une fois adulte, et de me rendre compte que c'est encore mieux. Dans Le Braquage à la..., un enfant ne pouvait comprendre toutes les blagues, certaines s'adressaient à des adultes.

C'est ce que j'essaie de faire dans mes livres : parfois, je veux parler aux enfants, parfois aux parents qui achètent le livre, et parfois, à l'enfant qui a grandi.

Où vous amèneront vos prochains projets ?

Je suis en train de terminer un générique animé pour une série de courts-métrages animés de France Télévision, d'après des poèmes de Prévert. J'ai aussi illustré un jeu de société avec un designer de jeux vidéo suédois, et je vais également illustrer Les Nuits Blanches de Dostoïevski.

Finalement, c'est assez curieux, j'habite en Espagne depuis que j'ai 6 ans, mais les textes qu'on me propose d'illustrer sont toujours des textes russes. J'en suis bien sûr très content, car ce sont en général de bons textes ! 

Astigmatismo de Troshinsky

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