Le langage de la danse ne connait pas de frontières

Crédit photo : Simone Ghera

Crédit photo : Simone Ghera

Le photographe italien Simone Ghera présente la passion de la danse dans les différentes villes du monde à travers une série de photos de son grand projet « Dancer Inside » à la 13e édition de l'Art shopping qui vient d’ouvrir à Paris au Carrousel du Louvre.

Angles et lignes statiques sont presque un oxymore au ballet, mais pour Ghera, ils marient l’architecture et la danse dans la photographie. En tant qu’architecte professionnel basé à Rome, il trouve son inspiration en explorant les techniques photographiques.

Dans sa série « Dancer Inside », en tournée mondiale, il parvient à capturer et mettre en valeur le rare unisson entre deux genres artistiques différents. Le projet a été conçu et inauguré à Saint-Pétersbourg, en Russie, le centre incontesté des traditions de la danse, reconnues et adoptées dans le monde entier.

Inspiré par les lignes architecturales de la cathédrale de Kazan, des berges de la Neva et de la Fontanka, des canaux et des ponts, Ghera a découvert une ressemblance métaphorique à leur harmonie dans le ballet.

Depuis, il photographie des danseurs de ballet à Madrid, Londres, Rome, Berlin, Paris, Florence, New  York et ailleurs, en choisissant toujours des lieux symboliques pour chacune des villes.

Crédit photo : Simone Ghera

Camden Town à Londres, La Défense à Paris, Soho et Central Park à New York, la cathédrale Saint-Isaac et l’Hermitage à Saint-Pétersbourg, et tant d’autres sites qui ont leur propre valeur historique et culturelle.

Mais leur beauté est relevée par les danseurs, qui, en s’intégrant dans le contexte architectural, insufflent le mouvement dans les formes statiques.

L’interaction graphique subtile des formes géométriques des bâtiments et des mouvements des danseurs est ce que recherche Ghera. « Je ne programme rien, confie-t-il. Je me promène au hasard, je tombe sur un lieu, et j’y reviens pour prendre des photos. Cela vient naturellement ».

Que le danseur soit au centre de la composition ou le décor architectural, la lumière et les lignes de fuite racontent un roman-photo de leur unisson, principalement en noir et blanc.

Les danseurs sont universels, mais les lieux sont uniques, dit Ghera. Les filles sont sélectionnées attentivement par le photographe lui-même, pendant les répétitions à la barre.

« Les bras et le cou sont essentiels à la composition de la photo, c’est très important pour moi », souligne-t-il, en admettant que les danseuses classiques, qui ne sont pas aussi rompues à l’improvisation que les modernes, ont parfois du mal à accomplir les mêmes gestes plus tard, pendant la séance photo.

Cela vient plus facilement aux danseuses plus créatives, les autres préfèrent être guidées par le photographe.

Le projet va au-delà de simples effets visuels. « La touche humaine » dans le contexte architectural semble encore plus palpable dans les œuvres avec des danseuses enceintes. « J’adore ! », s’exclame Ghera, pour qui leur beauté et élégance naturelles soulignent le lien visuel avec les bâtiments.

Néanmoins, le concept qui sous-tend le projet n’est pas facile à accepter pour tout le monde. Elena Gabrielova, une ancienne danseuse du Bolchoï et professeur de ballet, explique le défi que représente pour un danseur classique de sortir des sentiers battus.       

« Je n’aime pas vraiment la danse moderne. En 1946, j’ai rejoint le premier cours de ballet du Bolchoï après la guerre, et en travaillant au théâtre depuis, j’ai toujours trouvé difficile de l’apprendre. J’avais toujours l’impression que la danse moderne est une parodie de la danse classique ».

Crédit photo : Simone Ghera

Plus encline à l’accepter aujourd’hui et à reconnaitre la beauté de certaines productions, elle a loué la performance à la barre des trois danseuses au vernissage de l’exposition.

« Ces photos sont très insolites : je n’ai jamais rien vu de tel », confie Alexandra Fern, l’une des danseuses, en expliquant sa décision de participer au projet.

Fern raconte comment les shootings aident à développer la conscience de soi à travers l’improvisation : « Tu improvises jusqu’à ce que le photographe voie quelque chose et te demande de recommencer. C’est extraordinaire à quel point il parvient à capturer ce qui ne t’aurait jamais semblé bon, mais il s’avère que c’est la meilleure photo ».

L’une des profs de danse les plus sévères qu’Alexandra ait eues était russe. Il est aisé de comprendre Ghera quand il dit que « La Russie est derrière tout » dans le projet.  

En commençant par la série préférée du photographe avec les danseurs du théâtre Mikhaïlovski, le projet « Dancer Inside » embrassera d’autres villes, ballerines et merveilles architecturales. Et la beauté des lignes et de formes classiques parlera le langage universel de la dance au spectateur.

L’exposition « Dancer Inside » se tient les 23-25 octobre au Carrousel du Louvre, 99 rue de Rivoli, 75001

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