Les meilleurs films russes de l’année visent tous les publics

Une scène du film Corps et biens de Taïsia Igoumentseva. Source : service de presse

Une scène du film Corps et biens de Taïsia Igoumentseva. Source : service de presse

La onzième édition, qui se déroulera du 13 au 19 novembre, propose une sélection variée où les meilleures productions russes de 2013 représentent une large palette de genres divers.

Après des années difficiles où des crises de financement se succédaient aux crises d’inspiration dans un chassé-croisé sans fin, le cinéma russe remonte la pente. Et la bonne nouvelle, c’est que cinéma d’auteur et films de genre amorcent cette remontée main dans la main, des budgets en hausse permettant aux premiers de gagner en professionnalisme, aux seconds en qualité artistique. L’un des films d’auteur les plus attendus de l’automne, Le Géographe a bu son globe (sortie en Russie le 7 novembre), a ainsi été réalisé avec un budget de 4 millions d’euros qui ferait rêver nombre de cinéastes français. Du côté des films populaires, souvent décriés pour n’être qu’une pâle copie de leurs modèles américains, le plus grand succès de l’année au box-office russe n’a pas à rougir : Légende n°17 est « enfin un vrai film hollywoodien », selon les jeunes qui ont afflué en masse au cinéma pour découvrir l’histoire d’un hockeyeur amenant l’équipe de l’URSS à la victoire contre le Canada en 1972. Si la recette n’est pas nouvelle, la réalisation est enlevée et le jeu d’acteur, convaincant.

Selon le directeur de l’événement, le producteur et réalisateur Renat Davletiarov, la « Semaine du cinéma russe » a pour but de montrer autre chose que le seul « cinéma d’auteur, déjà très souvent présenté dans des festivals internationaux. Nous montrons les films de genre, les premiers films d’auteur, les films primés dans des festivals en Russie, et les succès de box-office. Et en même temps, il ne s’agit pas d’une sélection de films chaotique, mais de la volonté de produire un reflet objectif des tendances qui existent dans le cinéma russe d’aujourd’hui ».

Une scène du film Légende n°17. Source : service de presse

Si le format de la Semaine est identique à Paris et Berlin, le public, lui, est différent : « Le public français aime le cinéma d’auteur, tandis qu’à Berlin les spectateurs préfèrent le cinéma social », explique Renat Davletiarov. Ce qui n’empêchera pas les programmateurs de présenter à Paris Une longue et heureuse vie de Khlebnikov, un drame social de bonne facture sur la lutte d’un fermier peu conciliant avec une administration gangrénée par la corruption, ainsi que Elle, de Larissa Sadilova, sur le destin d’une immigrée tadjik, et La Honte, de Youssoup Razykov, sur la vie des femmes de sous-mariniers dans le nord de la Russie.

Une scène du film Les épouses célestes du peuple Mari. Source : service de presse

La réalité peu reluisante de la vie quotidienne russe qui transparaît dans ces films reste l’un des thèmes de prédilection des cinéastes russes, mais trouve un contrepoids dans les tout aussi nombreux films échappatoires. Parmi eux, des films héroïco-patriotiques (Légende n°17, le film-catastrophe Métro) ou religieux (Judas), mais surtout des productions proposant des réalités parallèles (Corps et biens, Les épouses célestes du peuple Mari).

Ce sont ces deux derniers films qui devraient créer l’événement lors du festival à Paris. Corps et biens est le premier long métrage de la très prometteuse Taïsia Igumentseva primée à Cannes en mai dernier pour le moyen métrage En chemin. Dans Corps et Biens, la jeune réalisatrice propose une vision mi-Kusturica mi-Noce lounguinienne pour cette journée d’apocalypse : les habitants d’un minuscule village décident d’organiser un ultime banquet avant la fin du monde, et doivent en affronter les conséquences lorsque, le lendemain, ils réalisent que celle-ci n’a pas eu lieu.

Les épouses célestes du peuple Mari est quant à lui un ovni merveilleux et poétique que l’on pourrait qualifier de Decameron païen tant les composantes mystique et érotique sont liées dans ce conte pour adultes. Un kaléidoscope de 22 épisodes évoque la vie de 25 jeunes filles du peuple Mari, l’un des derniers peuples païens en Europe et sans doute le plus flamboyant, dont les rites anciens ont été par miracle conservés dans la Russie contemporaine.

Les héros de Moi aussi, d’Alexei Balabanov, cherchent eux aussi à atteindre un monde parallèle, celui du bonheur éternel. Un Clocher du bonheur dissimulé quelque part entre Saint-Pétersbourg et Uglich, dans une zone radioactive où l’hiver ne cède jamais au printemps, attire les cinq personnages du film en quête désespérée d’un monde meilleur. Salué au Festival de Venise l’année dernière, Moi aussi évite avec maestria les écueils du genre, se transformant de fable tragicomique en film initiatique. Au total, un miroir du cinéma russe actuel.

 

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