ArchStoyanie-2013 : entre land art et expérimentations des sens

La plupart des assemblages extérieurs ont été créés par Nikolaï Polisski, artiste qui a emménagé à Nikola-Lenivets en 1989. Crédit : Yaroslava Kirioukhina

La plupart des assemblages extérieurs ont été créés par Nikolaï Polisski, artiste qui a emménagé à Nikola-Lenivets en 1989. Crédit : Yaroslava Kirioukhina

Des installations acoustiques de toutes sortes, une performance époustouflante de l’artiste de nu russe Fiodor Pavlov-Andreïevitch, de la poésie et des documentaires modernes se rencontrent à ArchStoyanie, festival d’architecture et d’art de trois jours qui s’est tenu à Nikola-Lenivets, village situé à quatre heures de route de Moscou.

L’œuvre de l’artiste multimédia allemand Julius von Bismarck intitulée Deux Sphères a été l’un des clous du festival : il s’agit d’une sphère métallique qui tombe de 14 mètres et s’écrase sur le sol, provoquant un petit tremblement de terre. Les « vibrations » étaient audibles et visibles toutes les trente minutes, projetant de la boue un peu partout.

Organisé pour la huitième année d’affilée, le festival d’été ArchStoyanie attire tant les amateurs d’art contemporain que les personnes souhaitant simplement se sentir voyager.

Le nom du festival se traduit par « Halte archaïque », en référence à un évènement historique qui s’y est produit plus de cinq siècles auparavant : la Grande Halte sur la rivière Ougra. Il s’agit d’un face-à-face sans effusions de sang qui a eu lieu entre le khan de la Horde d’or Akhmad et le Prince Ivan III de Russie sur les rives opposées de la rivière Ougra, affluent de la rivière Oka au long duquel se trouvait la frontière de la principauté de Moscou. À l’automne 1480, cet évènement marqua la fin du joug de la Horde d’or des Tatars.

Pas de land art russe

Les installations de land art sont éparpillées à travers les paysages pittoresques autour du village de Nikola-Lenivets, dont le nom veut dire « Nicolas le fainéant » et qui a été transformé en colonie pour artistes durant la dernière décennie.

La plupart des assemblages extérieurs ont été créés par Nikolaï Polisski, artiste qui a emménagé à Nikola-Lenivets en 1989. Il s’est plaint auprès de La Russie d’Aujourd’hui que le concept de « land art russe » n’existait pas. « C’est vraiment dommage le pays dispose de vastes étendues. Même si cet art était interdit durant la période soviétique, peu de choses ont changé depuis », explique-t-il, ajoutant avoir été le premier à lancer le véritable « land art » dans ces lieux.

Le land art traditionnel utilise des matériaux issus de la nature tels que le foin, les rondins de bois, la terre ou l’argile.

Selon Polisski, ancien membre d’un groupe d’artistes soviétiques underground appelé « Mitki », ces œuvres ne sont pas destinées aux spectateurs, mais servent plutôt à l’expression de soi, ce qu’on appelle l’« art pur ». Pour lui, Nikola-Lenivets représente davantage de l’« art public ». En effet, pour mettre en place Beaubourg, objet inspiré du Centre Georges Pompidou, il a notamment dû demander la permission du nouveau propriétaire des lieux, le milliardaire Maxime Nogotkov, qui a acheté Nikola-Lenivets en 2011.

Le « paysage dans l’art » existe depuis déjà plus d’un demi-siècle au Royaume-Uni et aux États-Unis, mais n’a fait son apparition en Russie qu’il y a neuf ans. À l’heure actuelle, Polisski et son équipe d’« agriculteurs », des fermiers locaux venant des villages voisins qui l’ont aidé à construire ses œuvres, sont les seuls Russes invités à montrer leurs travaux dans des expositions majeures à l’étranger, comme la Biennale de Venise en 2008 et l’Art Basel de Miami.

Même Vladislav Sourkov, « éminence grise » du Kremlin, a indiqué dans un de ses essais que l’art de Polisski était une expression de l’âme russe.

Architecture sans architecture

Aucune nouvelle installation n’était prévue pour cette édition, contrairement aux années précédentes où l’ArchStoyanie présentait les objets de land art les plus récents.

« La conservatrice, basée à Moscou, a organisé un événement médiatique pour les Moscovites, qui ont voyagé près de 200 kilomètres pour venir », ajoute Nikolaï Polisski, appelé affectueusement « Oncle Kolia » par les locaux.

Katerina Botchvar, conservatrice qui a pris ses fonctions récemment, a cette fois-ci décidé de se concentrer sur différentes performances et installations. De plus, les organisateurs d’ArchStoyanie ont affirmé que ces performances n’étaient prévues que pour les visiteurs du festival et ne seraient pas visibles autre part.

L’œuvre En dehors de la forêt, dirigée par Valentin Tszine, directeur artistique au théâtre Poema, a donné son nom à l’ensemble du festival : cette performance de 12 heures montre le lien inextricable qui existe entre un artiste et sa création, décrite métaphoriquement comme une forêt sombre. Près de cent personnes portant des vêtements graphiques noirs et blancs ont participé à ce show, ressemblant plus à des zombies qu’à des personnes réelles.

Dans un autre spectacle, une douzaine de poètes ont lu des vers pendant une heure à un auditeur solitaire dans la rotonde d’Alexandre Brodski, au milieu d’un champ vide.

Pour ceux qui n’arrivent pas à quitter leurs livres, et ce même au beau milieu de la nature, l’architecte Boris Sverdlov et l’éditeur Boris Kouprianov, un des initiateurs et développeurs de la réforme des bibliothèques de Moscou, proposaient des salles de lecture divisées en neuf domaines. C’est le seul endroit où les visiteurs pouvaient lire à travers un télescope ou au sommet d’un arbre.

Les installations acoustiques constituaient une des parties les plus impressionnantes du festival. Avez-vous déjà pensé que les légumes « parlants » existaient vraiment ? Les « Iced Architects » (« Architectes glacés ») ont imaginé de vrais légumes communiquant avec leurs camarades artificiels (citrouille, pastèque et aubergine), qui lisaient de la littérature « à voix haute » durant la plupart de la journée.  

Marre de la musique classique ? Et si le piano pouvait produire des cris d’animaux à la place des notes, jouant la Sonate au clair de lune de Beethoven avec des rugissements de tigre. Cette œuvre était proposée par le collectif artistique « Electroboutique » et jouée par un homme habillé en « léchi », esprit mâle qui protège les animaux sauvages et les forêts dans la mythologie slave.

Dimanche soir, deux performances nues mais aussi poétiques ont été le point d’orgue d’ArchStoyanie. Une jeune femme aux longs cheveux et à la peau de marbre, couchée dans une « tombe » recouverte de paille sous du verre, ressemblait en effet plus à une créature féérique. Un autre artiste nu, le Moscovite Fiodor Pavlov Andreïevitch, a décidé de se rouler dans un filet suspendu dans l’Arche de Boris Bernaskoni, qui ressemble à un portail ou une cage de l’intérieur.

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