« Tsiskaridze sera accueilli au sein de n’importe quelle troupe du monde »

Crédit photo : ITAR-TASS

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La scène principale du Bolchoï a accueilli du 10 au 19 juin la XIIe édition du Concours international de ballet de Moscou. Parmi les membres du jury de la compétition figurait le célèbre danseur français et directeur du Ballet de l'Opéra de Bordeaux : Charles Jude.

Izvestia : Ce n’est pas la première fois que vous prenez part à ce concours. Qu’est-ce qui vous attire ?

Charles Jude : Mes danseurs ne prennent pas part au concours, mais c’est une bonne occasion de voir les danseurs et les chorégraphes de divers styles. Si j’aime quelque chose, j’en prends note.

Le principal critère pour moi, c’est la noblesse. En ce qui concerne le style ou la virtuosité, on peut les perfectionner s’il le faut, mais si le danseur a de la noblesse, pour moi c’est suffisant.

Avez-vous jamais souhaité inviter quelqu’un dans votre troupe ?

Ch.J. : Oui, bien sûr, et de nombreuses fois en plus. Une fois à Sotchi, j’ai aimé la performance d’une participante qui a occupé la troisième place. Je lui ai laissé ma carte de visite et j’ai dit que, si elle voulait, je l’attendais à l’Opéra de Bordeaux. Un an plus tard, elle m’a téléphoné et maintenant elle travaille chez moi.

Votre troupe compte 40 personnes. Comment mettez-vous en scène Le lac de cygnes, par exemple ?

Ch.J. : Parfois ce n’est pas facile, et nous sommes obligés d’inviter des danseurs. Mais notre personnel permanent comprend effectivement 40 danseurs.

Vous étiez un ami proche de Rudolf Noureev, mais ses ballets ne sont pas dans votre répertoire.

Ch.J. : Bien que je sois un des créateurs du fonds de Rudolf Noureev et que j’aie le droit de mettre en scène ses chorégraphies dans d’autres théâtres, je ne crois pas qu’il soit approprié de le faire à Bordeaux. Il a laissé tous ses ballets à l’Opéra national de Paris, et je ne veux pas lui faire concurrence. En plus, moi-même chorégraphe, j’ai mes propres idées.

Vous aimez dire que le monde du ballet est très cruel.

Ch.J. : Nous sommes des masochistes, nous aimons souffrir et tester nos corps. Nous sommes en plus des « adrénalinomanes », il nous faut être constamment sur scène. Quand je venais d’entamer ma carrière de danseur, j’avais un professeur très strict.

Depuis lors, c’est comme ça que je perçois le monde du ballet. Pour sortir sur scène, il faut être un vainqueur, sembler plus fort que les autres. Et là, il ne s’agit pas seulement des capacités physiques, mais aussi morales.

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Ce qui est arrivé à Sergueï Filine, c’est également une manifestation de la cruauté du monde du ballet ?

Ch.J. : Cela ne fait pas partie de l’histoire de la danse, c’est plutôt du surréalisme. Je n’arrive toujours pas à y croire. C’est au directeur de la compagnie de danse de choisir ce qu’il veut mettre en scène, choisir la direction.

Et si un danseur n’aime pas ce qu’il fait, il peut partir, et c’est normal. Mais ce qui est arrivé était une grosse surprise pour tous. Et c’est mauvais pour le monde du ballet en général.

Une autre nouvelle qui a créé un tollé général : le Bolchoï a licencié Nikolaï Tsiskaridze.

Ch.J. : Nikolaï, je le connais très bien, et s’il souhaite rejoindre l’Opéra national de Bordeaux, je l’accepterai. Pourquoi pas ? Le fait qu’il doive changer de théâtre est normal. Il est impossible de travailler toute sa vie dans le même théâtre.

Le monde est très grand. Et si tu n’es pas d’accord avec quelque chose quelque part, il est inutile de se battre. Il faut juste trouver un endroit qui te convient parfaitement.

Une des raisons de ce licenciement est que M. Tsiskaridze avait ouvertement critiqué l’administration du Bolchoï. Les critiques de ce genre sont-elles tolérées à Bordeaux ou à l’Opéra de Paris ?

Ch.J. : Si un jour je décide de critiquer l’Opéra national de Bordeaux, je dois avant tout le quitter. Si un danseur n’est pas heureux dans sa troupe, s’il n’aime pas l’organisation du théâtre où il travaille, il doit partir. Mais pour un danseur, c’est beaucoup plus facile de le faire que pour un directeur.

Pourquoi se battre tout le temps ? Rudolf Noureev avait eu le même problème. Durant six ans, l’Opéra de Paris était sa vie, puis il y a eu une nouvelle administration avec laquelle il n’arrivait pas à trouver un langage commun. Il était inutile de déclencher un conflit, et il est parti.

Nikolaï est connu dans le monde entier, il sera accueilli dans n’importe quelle troupe du monde.

Article original (en russe) publié sur le site d'Izvestia le 16 juin 2013.

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