« Faire un tour de périph est un loisir »

Sergueï Kapkov : "Selon les sondages, un moscovite dépense 13-14h par semaine pour la culture." Crédit : RIA Novosti

Sergueï Kapkov : "Selon les sondages, un moscovite dépense 13-14h par semaine pour la culture." Crédit : RIA Novosti

Le chef du département de la culture de Moscou Sergueï Kapkov à rencontré les étudiants de l’Institut d’Etat des relations internationales (MGIMO) lors de la conférence « Moscou dans le vent : Du Parc Gorki à son image internationale ». Moskovskie novosti passe en revue les thèmes abordés.

De la crise culturelle

Actuellement, on ressent un sérieux manque de grands artistes. Aucun chanteur culte, par exemple, représentatif de toute une génération. Dans les années 70, il y avait Vyssotski, il y a dix ans, Zemfira. Aujourd’hui, il n’y a personne. La culture s’épuise, est en train de disparaître. Bien sûr elle se révèlera dans un domaine ou un autre, mais nous sommes en train de vivre, dans un certain sens, une crise culturelle.

De la différence entre Moscou et Saint-Pétersbourg

Saint-Pétersbourg est figée dans un mythe qu’elle s’est créé, le mythe du berceau de la culture russe. Le gouvernement y est davantage présent dans la vie culturelle que dans la capitale. Saint-Pétersbourg a l’Ermitage, le Musée russe et son public assez conservateur. Moscou, c’est la ville de l’argent, du travail; les gens y viennent pour y faire carrière. A Moscou, il y a un grand nombre d’institutions culturelles privées, capables de faire venir n’importe quel artiste.

De la mission du Département culturel

Le département culturel s’occupe de management et de financer les institutions culturelles à hauteur de 32 milliards de roubles par an. Cet argent va à tout le monde, de Babkina et Petrossian (la chanteuse populaire russe Nadejda Babkina et le comique Evgueni Petrossian, ndlr) au théâtre Stanislavski. Si le directeur de l’établissement s’en sert à bon escient et sait reconnaître les besoins de son public, il aura un résultat positif.

De la culture à l’époque soviétique

Moscou a été construite de telle manière que les quartiers dortoires servaient à dormir. Les gens qui travaillent dans les usines passaient leur soirée au centre ville pour se détendre et se divertir. Au temps soviétique, le système était réglé jusque dans les moindres détails. Les spectacles commençaient à 20h, puis ont été déplacés à 19h car sinon les moscovites étaient en retard pour l’émission télé Vremia. Le ministère de la Culture était un organisme idéologique au règlement très strict. Aujourd’hui, il faut construire quelque chose de neuf, mais personne ne sait encore quoi exactement.

De l’éducation culturelle

Selon les sondages, un moscovite dépense 13-14h par semaine pour la culture. Ce qui revient à 2h par jour environ. Et 7% de son budget contre 2% seulement pour l’éducation, malgré un choix infini de programmes d’enseignement depuis les cours de langue aux écoles d’art. Les loisirs les plus populaires sont les restaurants et les bars, en fonction des revenus. Ensuite viennent les théâtres, cinémas etc. Les cours ne viennet qu’ensuite. Et ces indicateurs de niveau culturels valables pour la capitale sont 2,5 supérieurs au reste du pays. Si 30% des moscovites n’ont jamais été au théâtre, dans les autres villes de Russie ce chiffre grimpe à 60%. Même chose pour le musées.

De la passion pour les Centres commerciaux

Les gens habitant en dehors du centre préfèrent passer leur temps libre dans les Centres commerciaux au delà du périphérique. Par ce que c’est pratique : 17 salles de cinéma, restaurants, cafés, magasins, etc : tout en un. Personne ne peut dire si c’est bien ou mal. Dans beaucoup de villes américaines, la situation est la même. Par contre, le niveau de culture comme révélateur des rapports sociaux reste bien plus élevé que chez nous.

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De la saison estivale au parc Gorki

L’été au parc Gorki sera passionant. Mais, nous essayons de limiter la quantité d’évènements afin de ne pas transformer le lieu en filiale de la descente Vassilievski, place centrale de tous les concerts, où convergent des foules énormes. Il faut s’efforcer de conserver l’atmosphère du parc, un endroit pour se promener, se détendre, faire du roller, se prélasser sur la pelouse. Mais, beaucoup d’évènements sont prévus tout de même, des nombreux concerts à la Journée du parachutiste.

De l’importance des festivals

Moscou a besoin de festivals qui peuvent apporter de la vie à la ville et à ses habitants. Les conditions climatiques sont telles que nous avons besoin d’être motivés. Les festivals doivent être réguliers et variés. Notre capitale n’est pas une habituée de la vie festivalière. Mais nous avons déjà une expérience positive : La « Nuit au musée » à laquelle ont participé près de 900 000 personnes l’année dernière, surtout des jeunes de 18-24 ans. Rien de spécial, à part que les musées étaient ouvert jusqu’au dernier visiteur. Selon les sondages, les gens sont venus pour rencontrer d’autres gens, voir leurs amis. Beaucoup d’amitiés se sont créées dans les files d’attente. En Europe, la Nuit des musées a lieu deux fois par an. Notre mission : créer du nouveau. Par exemple, cette année nous lançons la « Nuit au théâtre ».

Des exemples européens à suivre

Nous ne voulons pas copier l’occident, mais nous écoutons les conseils des spécialistes étrangers. Concrètement, l’experience de Berlin nous intéresse particulièrement. Cette ville, coupée en deux, après la réunification, a sû intégrer les deux modèles d’organisation de l’espace urbain. La France aussi nous intéresse beaucoup.

Du vélo

Cette année, nous finançons trois festivals de vélo : le « tweed », le nocturne et le festival traditionnel du parc Gorki. Pour l’instant, à Moscou, le vélo est considéré comme un loisir. Il est interdit dans le métro, mais cette année nous avons un accord avec le transport du périphérique. Il y aura des places spéciales pour les vélos. Nous développons également le thème des pistes cyclables.

De la mentalité russe

Beaucoup d’experts étrangers affirment qu’il faut faire du centre de Moscou une zone piétonne. Or, il faut comprendre que dans la Russie post-soviétique, l’automobile est symbole de liberté. En URSS, acheter une voiture était du domaine du rêve. Aujourd’hui, c’est accessible. Si aux Etats-Unis la quantité de voitures achetées est en baisse, en Russie elle ne cesse de grimper. Faire un tour de périph est un loisir chez nous. C’est une question de mentalité.

Du championnat du monde de football en 2018

D’ici cette date, le stade Loujniki sera reconstruit et le Spartak rénové. Dépasserons-nous l’Europe ? Au niveau des dépenses, sûrement. La contenance des stades va correspondre aux norme de la FIFA et de l’UEFA : Le stade de la cérémonie d’inauguration :  80 000 places, les autres, plus de 50 000 places.

Paru sur le site de Moskovskie Novosti le 5 avril 2013.

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