L’art russe d’aujourd’hui en force au Grand Palais

Série « Quel monde magnifique », Piotr Lovigin, °Clair Galerie. Crédit photo :

Série « Quel monde magnifique », Piotr Lovigin, °Clair Galerie. Crédit photo :

La Russie est le pays invité du rendez-vous de l’art moderne contemporain « Art Paris Art Fair », ouvert à tous les publics (du 28 mars au 1er avril). Coup d’œil sur la participation russe.

Une dizaine de galeries venues de Moscou, Saint-Pétersbourg, Rostov-sur-le-Don et Vladivostok occuperont une plateforme centrale, tandis que de nombreuses galeries européennes présenteront leurs artistes russes. La sélection permet ainsi de se familiariser avec l’art russe des années 1930 à nos jours. 

Si l’on découvre dans ce domaine quelques étoiles de la scène actuelle et de jeunes talents prometteurs, la sélection demeure consensuelle et ravira tant les amateurs d’art figuratif que les nostalgiques de l’art abstrait des années 1930. De nombreuses œuvres vendues moins de 5 000 € devraient même permettre à certains amateurs de commencer une collection...

L’art politique fait toujours recette 

Andrey Molodkin, qui vit aujourd’hui à Paris, fait partie des artistes qui, tout en exploitant les liens entre l’art et la politique, ont su trouver leur propre voix. Ses sculptures à travers lesquelles coule du pétrole mettent en accusation la politique de mondialisation actuelle, dénonçant les guerres provoquées par la soif de l’or noir.

Evgeniy Fiks, établi à New York depuis 1994, adopte une approche d’historien et mélange les techniques pour explorer les liens du communisme en URSS et aux États-Unis avec l’art, et notamment le cinéma, dans une intéressante série, « Song of Russia ».

Y a pas photo !

La photographie russe est magnifiquement représentée avec à la fois des maîtres établis tels que Boris Savelev, Nikolay Bakharev ou l’inévitable Oleg Kulik, de nouvelles valeurs sûres comme Anastasia Khoroshilova (qu’Ernst Hilger a déjà présentée dans une exposition collective au Palais de Tokyo ainsi que lors de la dernière Biennale de Venise), et de nombreux photographes émergents déjà très remarqués.

Le galeriste Vincent Sator présente ainsi quelques œuvres d’Alexeï Vassiliev. Dans sa sublime série « Dés-apparitions », des personnages se dissolvent dans le flou de la pellicule jusqu’à ce que l’on ne distingue plus que des silhouettes aux lueurs rembrandtiennes, révélant soudain leur essence.

La dernière série « Mountains & Waters » du trentenaire Alexandre Gronsky (chez Grinberg) se révèle exceptionnelle et a déjà valu le prix Photo-Levallois 2011 à son auteur. Réalisés dans les mégalopoles chinoises, ces grands dyptiques explorent le paysage chinois contemporain tout en le liant à la tradition shan shui où le paysage est conçu comme une métaphore d’un voyage humain, entre la forme et le néant.


Sans titre, série « Montagnes et fleuves », alexandre Gronsky de la galérie Grinberg. Crédit photo : Service de presse.

Autre trentenaire (31 ans), Petr Lovigin s’appuie lui aussi sur le genre du paysage pour créer un univers poétique et décalé.

La mise en scène attire toujours autant les photographes russes, et le chemin commence à être bien rôdé, depuis les clichés d’adolescentes surréalistes « comme chez Erwin Olaf » de Katerina Belkina aux nombreuses reconstructions bibliques d’Arsen Savadov et The Fourth Height en passant par l’extraordinaire Raouf Mamedov.

Mais ce n’est que dans les bas-reliefs et sculptures d’Andrey Blokhin et Georgiy Kuznetsov, du collectif Recycle, que le thème de la religion dépasse enfin la simple reconstitution des tableaux bibliques ; on y découvre ainsi une inhabituelle cène vue de derrière ou une rosace illustrant la vie d’Homer… Simpson. Leur œuvre monumentale Façade décorera l’entrée du Grand Palais pendant la durée de la foire.

La relève

Si nombre de galeries russes ont misé sur des œuvres figuratives réputées plus grand public, celles de Rostov-sur-le-Don et de Vladivostok reflètent le renouveau de la création russe d’aujourd’hui. La 16th Line Gallery (Rostov), l’un des rares espaces dédiés à l’art contemporain dans le sud du pays, promeut des artistes locaux originaux, tels le Sito Art Group, Belka & Strelka du courant fluxus, ou Alexandre Selivanov, venu de la musique expérimentale à la peinture. L

a galerie Arka de Vladivostok mise sur l’œuvre de la plasticienne et mathématicienne Olga Kisseleva. L’économie et la sociologie y retrouvent l’art dans quelques installations fascinantes sur le theme du temps, tandis que des natures mortes à première vue inoffensives déploient le panorama de notre vie. Devant ces artistes libérés d’un héritage historique souvent handicapant, on voit la relève en marche...

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