Traversée de la Carélie hors des sentiers battus

Crédit : Artem Zagorodnov

Crédit : Artem Zagorodnov

24 février 2013. Toutes les visions romantiques que j’avais de cette aventure en tout terrain sont en train de s’évaporer. Ça va être dur et confus, mais aussi sale et même carrément chaotique.

24 février, dans une station-service Lukoil, quelque part en Carélie

La nuit dernière, j’ai commencé à être obsédé par le fait de savoir comment quelqu’un pouvait parcourir 16.000 kilomètres en deux semaines et quel niveau d’hygiène personnel et de propreté je pouvais espérer. Alors, j’ai commencé à en parler avec Nikolaï et Ivan, les deux employés de la Trust, avec qui j’ai le plaisir de partager une Toyota Land Cruiser.

Artem Zagorodnov : Vous roulez vraiment 16.000 kilomètres pendant ces deux semaines ?

Trust : On en parcourt sûrement plus que ça.

A.Z. : Et donc, vous roulez sans faire d’arrêt ?

Trust : C’est ça oui, un gars dort à l’arrière et l’autre conduit.

A.Z : Est-ce que je peux vous poser une autre question un peu bête ? Est-ce que je vais pouvoir prendre une douche dans les deux semaines à venir ?

Trust : Si tu as de la chance, tu auras le temps à ce complexe sportif où nous resterons quelques heures à Ekaterinbourg (probablement dans une semaine). Tu peux aussi te rouler dans la neige tout nu jusqu’à ce qu’elle fonde sur toi. C’est une sorte de douche, non ?

A.Z. : Je pourrais aussi acheter une bouteille de vodka et m’en frictionner, à la dure.

Trust : Oui, c’est ça l’idée !

Toutes les visions romantiques que j’avais de cette aventure en tout terrain sont en train de s’évaporer. Ça va être dur et confus, mais aussi sale et même carrément chaotique.

Si rouler de Mourmansk à Vladivostok peut sembler long, souvenez-vous que nous ne roulons pas sur les routes principales en ligne droite comme j’en ai fait l’expérience aujourd’hui. Nous faisons des zigzags, rebroussons chemin, explorons des territoires inconnus et atterrissons au hasard sur des îles au milieu de la Carélie, tout cela dans l’espoir de grappiller quelques points.

Nous sommes partis tôt le matin après avoir décidé de retourner 320 kilomètres en arrière au nord vers Mourmansk pour atteindre une cible de l’Expédition (les organisateurs suivent tous les véhicules par GPS et donnent des points à ceux qui atteignent les cibles). Au cas où les organisateurs manqueraient quelque chose, il est demandé à toutes les équipes de se prendre en photo à toutes les destinations qu’ils atteignent et qui valent des points afin de prouver qu’ils étaient bien là.

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Je vous explique : nos cibles sont divisées en deux catégories : des lieux temporaires (lieux à atteindre pendant une certaine fenêtre horaire) et des lieux permanents (lieux qui peuvent être atteints à tout moment tant que l’étape de la course est terminée dans le temps imparti).

Nous avons passé presque toute la journée à traverser la république de Carélie, une région russe étroitement liée au pays voisin, la Finlande. Lorsque Lénine a accordé l’indépendance à la Finlande après la dissolution de l’Empire russe, certains Finlandais ont revendiqué la Carélie, mais Lénine n’a pas cédé. Les tensions se sont accrues immédiatement avant la deuxième guerre mondiale lorsque l’Union soviétique a annexé certains territoires de la Finlande dans une courte, mais meurtrière guerre.

Ce qui est intéressant, c’est que la Carélie est aussi comparée au Minnesota parce que c’est le « pays des lacs » en Russie ; elle en abrite plus de 10.000. La région est bien connue des chasseurs, des pêcheurs et même des amoureux de la nature. Elle est facilement accessible en une nuit par train de Moscou et le voyage est encore plus court de Saint-Pétersbourg.

Nous avons fait deux grandes découvertes aujourd’hui :

1. Les routes en Carélie sont en mauvais état.

2. Notre voiture fonctionne mal sur les routes en mauvais état ce qui pourrait compromettre notre avancée.

Alors que nous essayions d’atteindre une cible loin de la route principale, nous avons atterri dans un étroit chemin serpentant à travers la forêt et entouré de lacs gelés de tous les côtés. Soudain, Nikolaï a perdu le contrôle du véhicule qui roulait alors à moins d’une soixantaine de centimètres du bord de la route et a glissé dans un tas de neige.

Nous étions bloqués… Nous avons dû accrocher des cordes à la voiture et utiliser l’autre Land Cruiser pour la dégager. Nous avons passé les deux heures suivantes à rouler sur cette petite route déviant toutes les cinq minutes et passant une autre demi-heure à dégager la voiture. Cela impliquait un dispositif hi-tech qui consistait à attacher une corde à un arbre tout proche et, en utilisant un appareil spécial, libérer la voiture.

Finalement, nous nous sommes rendu compte que nous n’atteindrons jamais la cible. Nous devions faire demi-tour et retourner sur la route principale après avoir perdu une journée complète. Après avoir contourné Saint-Pétersbourg, nous roulons maintenant vers Novgorod, la destination finale de cette première étape

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